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CHAPITRE II

Philippe- Auguste et le roi d'Angleterre Henri II. — Fragilité de la domination angevine. — Légendes sur l'origine desPlantagenets. — Amitié de Philippe et des fils du roi anglais. — Guerre de 1187, siège de Ghâteauroux. — Philippe-Auguste et Bertrand de Born. — Préparatifs pour la croisade : dîme saladine. — L'ormeau de Gisors. — Bataille de Mantes, prise du Mans et de Tours par Philippe-Auguste. — Derniers moments d'Henri II (1187-1189).

Le roi d'Angleterre Henri II et ses fils, Henri Court- Mantel, Geoffroi de Bretagne et Richard d'Aquitaine, se trouvaient les plus grands ennemis de Philippe- Auguste, parce qu'ils étaient les plus puissants seigneurs de France. C'est contre eux qu'il fallait diriger maintenant les forces naissantes de cette jeune et vigoureuse royauté capétienne. Aussi verrons-nous Philippe toujours à l'affût, toujours prêt à profiter de la mort ou de l'absence d'un prince angevin, pour élever des prétentions sur une des nombreuses seigneuries qui constituent le vaste domaine des Plantagenets. Pendant les quarante-trois ans que dura son règne, il ne laissa jamais passer deux printemps sans guerroyer contre les rois d'Angleterre ou leurs barons. Ce fut la grande affaire de toute sa vie. Il oubliait tout, et la croisade, et les lettres du pape, et les avertissements des légats pontificaux, pour ravager le Vexin Normand ou l'Anjou, pour mettre la main sur les châteaux du Poitou ou du Berry. Par deux fois, les vassaux qui composaient son armée

furent obligés de lui rappeler les traités de paix qu'il avait signés avant de partir pour la croisade et lui refusèrent le secours de leurs armes. Toutes ses pensées, tous ses actes étaient dirigés contre ces redoutables vassaux, coupables de posséder en France trois fois plus d'hommes et de territoires que le roi de France leur suzerain.

Il ne faut point se tromper, en effet; sur le caractère de cette longue lutte, poursuivie par Philippe- Auguste, avec une activité infatigable, jusqu'aux derniers jours de sa vie. Ce n'est pas une guerre nationale, comme le deviendra plus tard la guerre de Cent Ans : il ne s'agit pas de rancunes et de haines entre le peuple anglais et le peuple français ; c'est une lutte toute féodale. Henri II et ses fils sont des princes normands ou angevins ; ils passent la majeure partie de leur vie en France ; ils ne paraissent en Angleterre que lorsqu'ils y sont appelés par les révoltes des barons anglais, des Gallois, ou des Irlandais; ils vivent entourés surtout de chevaliers normands, angevins et aquitains; ils se font ensevelir non pas à Londres ou dans un monastère anglais, mais à Rouen ou dans l'abbaye de Fontevrault en Anjou. Leur capitale, c'est la grande cité de Rouen. Philippe-Auguste combat en eux des vassaux trop puissants, à qui obéissent tout l'ouest et une grande partie du midi de la France, nullement des rois d'Angleterre. Le but qu'il poursuit et qu'il finira par atteindre, c'est de leur enlever toutes leurs possessions françaises et de les confiner dans les îles brumeuses de leur royaume anglo-normand. Il a obtenu plein succès; mais s'il est parvenu à donner une telle extension au domaine de la couronne, s'il a pu fonder la puissance territoriale et matérielle de la rôvauté

française aux dépens des Plantagenets, reconnaissons qu'il a été singulièrement aidé dans sa tâche par des circonstances favorables et des chances inespérées, qu'il a su, il est vrai, mettre fort habilement à profit.

Cette domination des Plantagenets en France était fragile par bien des côtés. Les Angevins et les Normands leur étaient fidèlement attachés. Mais les Bretons et les Aquitains, avides d'indépendance, ne les aimaient pas et se montraient toujours prêts à secouer le joug. Les barons de l'Aquitaine, surtout ceux du Poitou, se révoltaient continuellement, animés par les fougueux chants de guerre du troubadour limousin Bertrand de Born. Non pas que ce poète belliqueux ait jamais eu, sur la patrie aquitanique et sur la politique à suivre pour la défendre contre les agressions venues du Nord, les idées raisonnées et profondes que lui a prêtées notre grand historien Augustin Thierry. Les velléités guerrières du troubadour limousin s'expliquent suffisamment par le besoin naturel d'indépendance personnelle, la passion de guerroyer, particulière au moyen âge, le désir d'échapper à des obligations trop lourdes, celui d'accroître sa puissance et sa fortune, les ressentiments individuels, etc. Mais cependant on ne peut nier que le sentiment d'une patrie méridionale, restreinte aux pays de Langue d'Oc, fut pour quelque chose dans les rébellions incessantes des seigneurs du Limousin et du Poitou. Non seulement ce sentiment est attesté par les apostrophes prophétiques à l'Aquitaine qui sont attribuées au chroniqueur Richard de Poitiers : mais il y a eu, en Wt, < des mouvements communs d'indépendance * e t des alliances conclues par les barons poitevins,

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réunis en corps, avec les ennemis des Plantagenets. Il en était ainsi de la Bretagne, où les mêmes sentiments produisaient des manifestations analogues. Lai tactique de Philippe- Auguste devait être et fut en effet de donner la main aux révoltés ; de favoriser tantôt ouvertement, tantôt en secret, les tentatives d'insurrection des Aquitains et des Bretons.

Mais ce qui rendit aussi la tâche moins difficile pour le roi de France, ce furent les perpétuelles discordes de la famille Angevine. Henri II vit ses quatre fils révoltés contre lui, tantôt l'un après l'autre, tantôt tous ensemble : et ses quatre fils se combattirent entre eux bien des fois. Une fatalité s'était attachée à cette malheureuse maison : l'esprit de division et de haine s'y trouvait en permanence. Aussi les gens du moyen âge, à la vue de ces éternelles luttes intestines, donnaient carrière à leur imagination par des légendes. On répétait partout que Geoffroi d'Anjou, le père d'Henri II, avait eu pour aïeule, ou pour bisaïeule, une certaine comtesse que son mari avait épousée pour sa seule beauté. Cette comtesse allait rarement à l'église, fait extraordinaire au moyen âge ; et, quand elle assistait à la messe, elle y restait tout au plus jusqu'à la moitié du sacrifice. Le comte son mari s'en aperçut, et un jour il la fit demeurer de force dans le saint lieu, gardée par des hommes d'armes. Alors cette femme, jetant le manteau par lequel on la tenait, s'envola à la vue de tout le monde, par la fenêtre de l'église, et, depuis, ne reparut plus. Cette légende se répandit tellement, que Henri II et ses fils finirent peut-être par y croire. « Est-il étonnant, disait Richard Cœur de Lion devenu roi, que nous ayons été si rarement d'accord dans notre famille! Nous sommes venus 'du diable, il

faudra bien que nous retournions au diable. » En 1183, Geoffroi, comte de Bretagne, faisait la guerre à son père et soutenait les Aquitains révoltés. Des messagers du vieux roi vinrent le presser de terminer une querelle qui ne profitait qu'aux ennemis de sa maison. Parmi eux se trouvait un prêtre normand qui, une croix à la main, suppliait Geoffroi d'épargner le sang chrétien et de ne point faire comme Absalon. « Tu veux donc, reprit le comte, que je me dépouille de mon droit de naissance? — Non certes, monseigneur, je ne désire nullement votre dommage. — Tu n'entends point ce que je veux dire, répliqua Geoffroi : tu ignores donc qu'il est dans la destinée de notre famille que nous nous détestions les uns les autres? »

Telle était la croyance populaire : Augustin Thierry nous donne l'explication historique. « Il en était, dit-il, de la vaste portion de la Gaule réunie alors sous le pouvoir de Henri II comme il en avait été de la Gaule entière au temps de l'empereur frank Lodewig, vulgairement appelé Louis le Pieux ou le Débonnaire. Les populations qui habitaient au sud de la Loire ne voulaient pas plus être associées à celles qui vivaient au nord de ce fleuve et aux habitants de l'Angleterre, que les Gaulois et les Italiens de l'empire de Karl le Grand n'avaient voulu demeurer unis aux Germains sous le sceptre d'un roi germain. La rébellion des fils de Henri II, coïncidant avec ces répugnances nationales et s'y associant, comme autrefois celle des enfants de Louis le Débonnaire, ne pouvait manquer de reproduire, quoique sur un théâtre moins vaste, les scènes graves qui signalèrent les discordes de la famille des Césars franks. Une fois l'épée tirée entre le père et le fils, il ne devait plus

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être permis à. aucun d'eux de la remettre à volonté dans le fourreau ; car, entre les deux partis rivaux dans cette guerre domestique, il y avait des nations, des intérêts populaires incapables de fléchir au gré des retours de l'indulgence paternelle ou du repentir filial. »

Philippe-Auguste ne pouvait que profiter de ces divisions. Placé au milieu de ces luttes de famille, il se servit des fils contre le père, du frère contre le frère, du neveu contre l'oncle. Il défendit Richard contre Henri II, Jean-Sans-Terre contre Richard, Arthur contre Jean-Sans-Terre. Sans ces discordes domestiques, peut-être la puissante monarchie des Plantagenets aurait-elle anéanti la royauté française, dont elle menaçait et resserrait de tous côtés l'étroite domination. Cependant, tant que vécut Henri II, Philippe ne tira pas grand bénéfice d'une situation si avantageuse. Le vieux roi anglais était un terrible adversaire. Un chroniqueur nous a laissé son portrait. « C'était un homme robuste, d'une taille moyenne, à la poitrine carrée, d'un embonpoint marqué . Il avait les cheveux roux et la face enflammée. Ses yeux pers, injectés de sang, lui donnaient un air menaçant. Il était sobre, et cherchait à dompter son embonpoint par la fatigue. En temps de paix, dès le point du jour, il partait à cheval pour la chasse, et lorsqu'il rentrait le soir, il s'asseyait rarement, soit avant, soit après le repas, obligeant aussi toute sa cour à se tenir debout. 11 parlait bien et était instruit, qualité remarquable pour l'époque. * Son activité et son énergie lui avaient facilement donné la supériorité sur le père de Philippe-Auguste. Quand la mort de Louis VII eut fait tomber le royaume capétien aux mains d'un jeune homme, incapable, croyait*on, de

résister au redoutable roi anglais, il était à craindre que ce dernier n'abusât d'une minorité orageuse pour porter un coup terrible à la maison de France. Au contraire, Henri II se montre à l'égard du roi Philippe d'une modération et d'une bienveillance singulières : il aplanit pour lui les premières difficultés du règne; il le réconcilie avec sa mère et ses oncles; il s'interpose, comme médiateur, entre lui et le comte de Flandre. C'est un ami, un tuteur, presque un père.

Une pareille conduite s'accordait peu avec la politique antérieure du roi anglais. Était-il dévoré par le chagrin que lui causaient les révoltes de ses fils et dégoûté de l'ambition? ou ménageait-il simplement le Capétien pour l'empêcher de s'allier aux rebelles et pouvoir ainsi, plus à son aise, venir à bout des insurrections ? A coup sûr, on ne voit pas que Philippe- Auguste se soit montré directement hostile au roi d'Angleterre, jusqu'en 1187. Ce n'est pas que les barons aquitains n'eussent essayé, à plusieurs reprises, de faire entrer le roi de France dans leur coalition. Bertrand de Bornl'y invite souvent : « Quant au roi Philippe, dit-il dans le sirvente 4 de 1 181, nous verrons bien si c'est l'exemple de son père ou celui de Charlemagne qu'il voudra suivre. » 11 lui reproche en 4183 de ne se décider jamais : « Il élame sa conduite, bien mieux vaudrait qu'il la dorât. » Cependant, à partir de 1185, le roi de France commence à témoigner aux fils de Henri II une amitié dont il

1. Survente est le nom donné, d'après l'étymologie (servir), à un chant provençal composé pour le service d'un seigneur; mais, dans une acception moins générale, il désigne ce genre de poème où les troubadours du midi de la France exprimaient, souvent sous la forme la plus mordante et la plus offensante, leurs passions et surtout leurs haines personnelles.

n'avait jamais donné de preuves jusqu'alors. L'aine, Henri Gourt-Mantel, était mort en 1183 : son frère, le comte de Bretagne, Geoffroi, devenu l'héritier présomptif de la monarchie, se met à son tour à revendiquer d'avance une partie de la succession paternelle. Il réclame le comté d'Anjou, probablement sur le conseil de Philippe-Auguste. Gomme on pouvait s'y attendre, Henri II refusa énergiquement. Geoffroi se rend alors à Paris. Était-ce dans Tunique dessein de s'y livrer aux divertissements de cour? Il est permis de croire le contraire. Mais un événement imprévu arrête ces projets belliqueux. Le comte de Bretagne, renversé dans un tournois, est foulé aux pieds des chevaux et retiré, grièvement blessé, de la lice. « Le roi Philippe, qui le chérissait d'une vive tendresse, n'en fut pas plutôt informé qu'il convoqua tous les médecins de Paris et leur ordonna d'employer tous leurs soins et toutes les ressources de leur science pour sauver la vie du comte. Mais, peu de jours après, malgré tous les efforts des médecins, le prince entra dans la voie de toute chair 4 . Les bourgeois de Paris et les chevaliers gardèrent son corps avec honneur et respect dans l'église de Notre-Dame jusqu'à l'arrivée dû roi; et pendant ce temps les chanoines et les clercs de cette église célébraient avec la plus grande dévotion son service funèbre. Le lendemain, le roi, accompagné du comte Thibaut, sénéchal de France, vint à Paris, fit embaumer le corps, qui fut ensuite déposé dans un cercueil de plomb et enseveli dans cette même église, devant le maître-autel, par Maurice, évêque de Paris, en présence des abbés,

1. Expression empruntée au style ecclésiastique et très usitée parmi les chroniqueurs du moyen âge pour désigner la mort.

des religieux, et de tout le clergé de la ville. Philippe fonda ensuite, à ses frais, dans l'église de Paris, quatre prébendes sacerdotales, destinées à quatre prêtres qui y devaient perpétuellement célébrer la messe pour le défunt. »

En rendant de tels honneurs au fils de l'ennemi séculaire de la France, Philippe-Auguste témoignaitil simplement de l'amitié désintéressée qu'il avait portée au feu comte de Bretagne? On pourrait peutêtre en douter, quand on voit le roi de France, aussitôt après la mort de Geofîroi, réclamer le gouvernement de la Bretagne, comme tuteur naturel de l'héritière Constance. Comprenant que cette revendication a peu de chance de succès auprès d'Henri II, il se tourne bientôt d'un autre côté. Richard, comte de Poitiers, est devenu le successeur désigné du roi anglais. Philippe-Auguste transporte à Richard l'affection qu'il avait montrée pour Geoffroi. Leur amitié va bientôt jusqu'à la tendresse. «Chaque jour, dit un contemporain, ils mangeaient à la même table et au même plat et, la nuit, ils couchaient dans le même lit. * De pareilles démonstrations n'étaient pas faites pour rassurer Henri II. 11 ordonne à son fils de quitter la France et de venir le retrouver. Richard répond < qu'il va venir», mais ne se hâte point. Au contraire, passant par Chinon, château fort où l'on gardait un des trésors d'Henri II, il n'hésite pas à mettre la main sur l'argent paternel et, de là, se retire en Poitou, pour y réparer ses forteresses et gagner à sa cause les barons du pays.

Tout annonçait la guerre : elle éclata vers le milieu de 1187. Quelle en fut au juste la cause? Les chroniqueurs ne sont pas d'accord sur ce point. Suivant les uns, Philippe réclamait l'hommage du comté

de Poitou. € Le comte de Poitiers était tenu, sans aucun intermédiaire, de prêter hommage lige et de jurer fidélité à Philippe, de se lier à lui par serment comme à son seigneur et de lui fournir le service que le droit féodal exige des vassaux. Mais son père lui défendit d'en rien faire; il ne voulut, pour aucune raison, lui permettre de se soumettre au roi. Le cœur invincible de Philippe se souleva à cette idée. Ne pouvant supporter qu'on, lui déniât ainsi les droits qui étaient siens, jugeant qu'il était souverainement indigne que le descendant d'une race si illustre essuyât de pareils refus pour des droits légitimement acquis, il prépara ses armes, dans la pensée qu'il ne pouvait maintenant, sans honte, recourir encore aux négociations. » En second lieu, Philippe demandait qu'on lui rendît la dot de sa sœur Marguerite, veuve d'Henri Court-Mantel, dot qui se composait du château de Gisors et d'autres places fortes du Vexin. « En effet il avait été stipulé, à l'époque du mariage, que Henri le jeune devait posséder cette dot pendant sa vie et la transmettre après lui à ses héritiers, si la reine lui en donnait. Mais dans le cas où Marguerite ne laisserait point d'enfant, à la mort de son mari la dot devait retourner sans contestation au roi de France. Le roi d'Angleterre avait été cité plusieurs fois à ce sujet, mais il avait toujours eu l'adresse d'imaginer quelque empêchement pour différer de comparaître devant la cour du roi. Mais Philippe ne fut pas dupe des détours et des finesses du roi d'Angleterre; il voyait bien que les délais dont il prenait toujours prétexte pourraient porter préjudice aux intérêts de sa maison, et résolut d'entrer dans la seigneurie de son vassal à main armée. » C'est ainsi que les historiens français expliquent

la prise d'armes de Philippe-Auguste en 4487. Mais les Anglais allèguent une raison différente. Suivant eux, la question de la dot de Marguerite avait été depuis longtemps réglée à l'amiable entre les deux rois, notamment dans les conférences de Gisors qui mirent fin à la guerre de Flandre. Si le roi de France se décida à entrer en lutte ouverte avec Henri II, c'est qu'il voulait protéger Raymond de Saint-Gilles, comte de Toulouse, contre les agressions des Plantagenets, qui Tannée précédente avaient envahi le Languedoc. En effet, c'était là une question capitale pour la royauté capétienne. Déjà, sous le règne de Louis VII, on avait vu le comte de Toulouse obligé de venir à Limoges prêter hommage au roi d'Angleterre, dérogation flagrante au droit féodal, fait humiliant pour le roi de France, qui était le vrai et l'unique suzerain du comté de Toulouse. A plusieurs reprises les hommes d'armes du comte de Poitiers avaient ravagé et entamé les États du comte de Saint-Gilles. Laisser un fief aussi important tomber sous la domination d'une maison qui possédait déjà le tiers du territoire français, c*eût été préparer la ruine et l'anéantissement de la royauté d'Hugues Gapet. Philippe-Auguste comprit le danger et commença les hostilités.

En 4487, il se jette sur le Berri, s'empare de Graçai, d'Issoudun, et met le siège devant Châteauroux. « Défendue par des tours et des remparts très élevés, comme par des fossés profonds, la ville semblait inexpugnable et pouvait braver tout ennemi, car elle était puissante par ses armes et fière de sa nombreuse bourgeoisie. » Mais le roi de France ne redoute point les obstacles : « Ni le nombre des soldats, ni la situation inaccessible du lieu, ni les traits

qui tombent comme la grêle du haut des murailles, ni la nouvelle que le roi des Anglais accourt en toute hâte ne peuvent intimider Philippe et l'empêcher de presser, jour et nuit, les ennemis qu'il assiège. Il fait dresser des poutres et former une toiture, afin que, couverts par ses machines, les mineurs puissent saper les fondements des tours. Les pierriers, les béliers, les batistes 4 et les arcs donnent sans interruption. Au plus fort du siège, on apprend l'arrivée de Richard Cœur-de-Lion et de Henri II lui-même, suivis de nombreuses bannières. Leur premier acte est d'adresser un défi au roi de France : « Ou bien tu nous laisseras intact notre patrimoine, écrivent-il à Philippe- Auguste, et t'en iras promptement avec tes Français dans le pays qui t'appartient, ou bien tu verras quelle est notre valeur à la guerre. Point d'alternative ; il faut absolument combattre ou se retirer ; que les coureurs, les valets de l'armée et les torches incendiaires soient mis de côté; qu'un seul jour mette fin à ces querelles déjà trop longues ; que la fortune et nos bras décident enfin de l'injustice et du droit. » Philippe relève le défi ; on s'apprête des deux côtés à l'action; une bataille décisive est imminente. Tout à coup le bruit se répand qu'un accord est intervenu entre les deux rois. Une paix imprévue est signée. De ses conquêtes, Philippe garde le château d'Issoudun, et des peines sévères sont prononcées contre quiconque osera enfreindre le traité.

D'où venait cette entente subite et comment s'expliquer que le vieux roi d'Angleterre et le roi de France lui-même aient cédé aussi aisément? Le pieux

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