‹ Philippe-Egalité et M. Chiappini: histoire d'une substitutionChapitre 10 sur 12 · SES RÉCLAMATIONS. — SES DERNIÈRES ANNÉES ET SA MORT · texte numérisé non relu

SES RÉCLAMATIONS. — SES DERNIÈRES ANNÉES ET SA MORT

Que reste-t-il donc de la thèse de Marîa- Stella ? C*est ce qu'il faut examiner. Il est démontré qu'elle n'était pas la fille du duc et de la duchesse de Chartres, on doit aussi tenir pour certain qu'elle n'était pas née des époux Chiappini : les témoignages reçus par le tribunal de Faen^a, la lettre du \)ieux geôlier, le bruit public même l'ont établi. De qui donc était-elle la fille ?

Il y a eu troc, et le père de Maria-Stella,

effrayé par le scandale d'abord, puis, bien que grand seigneur, menacé d'arrestation, s'est enfui de Modigliana pour se réfugier, comme en un lieu in\)iolable, au cou\)ent de Saint-Bernard à Brisighella. Sur\)eillé par les sbires qui s'étaient aperçus qu'a\)ec le temps, et plus assuré de l'impunité, il se hasardait jusqu'à se promener hors de l'enceinte du cout)ent, il fut surpris un jour sur le pont du Rio de Monticello et conduit sous escorte aux prisons de Rauenne. Que l'hôte des Bernardins de Brisighella et le père de Maria-Stella soient un seul et même personnage c'est ce dont on ne peut douter car les témoignages abondent. Jean-Marie Valla, Joseph Quer- 3;ani, coiffeur du cou\)ent, Joseph Tondint, Lodoioichettt qui l'a conduit à Rat)enne, en témoignent formellement et le fait est si constant qu'à aucun moment à Brisighella ni à Modigliana, localités très t>oisines et en relations continuelles de \)oisinage, il ne s'est éle\)é de doute à cet égard. Aussi bien est-ce l'opinion de Maria-Stella elle-même. Ce

grand seigneur c]uel est-*!!? Un dossier trou\)é dans les Archives de Brisighella l'établit (t). Ce dossier contient en effet un certain nombre de lettres, écrites par le \)ice légat de Ra\)enne au gou\)erneur Niccolo Perelli, qui montrent que l'étranger arrêté en 1773 au cout^ent de Saint-Bernard, conduit à Ra\)enne et de là à la prison de Fort Urbain, par ordre et à la disposition du Saint-Office, n'était autre que le comte Charles Battaglini.

On n'a sur lui d'ailleurs que d'asse; brefs renseignements. Il appartenait à la tr^s noble famille Battaglini, de Rimini, se prénommait Charles-Alexandre et était fils du comte Ludo\)ic-Bernard. Il quitta Rimini, de bonne heure pour Rauenne où il t)écut quelques années. Sur la fin de sa \)ie, en 1796, il fit une donation entière et irrévocable de ses biens à son frère le comte Gaétan-Gaspard

I. Ce dossier a été dépouillé pour la première fois en i83o par l'historien italien Antonio Metelli qui en a tiré quelques pièces pour son long travail sur Brisighella et le Va d'Amone.

Battagtini. Ce dernier détail permet d'affirmer qu'il n'a\)ait pas d'enfant et laisse supposer qu'il ne fut point marié. Il ne serait donc pas impossible que la femme qui l'accompagnait à Brisighella et y mit Maria- Stella au monde fut une maitresse qui souhaitait cacher et grossesse et naissance, mais ce n'est là qu'une hypothèse, \)raisemblable certes mais qu'il con\>ient de ne produire qu'a\>ec résert^e : l'histoire ne saurait en effet s'arrêter à des hypothèses.

Ce qui demeure établi, c'est que Maria- Stella était fille non du duc et de la duchesse de Chartres mais du comte Charles Battaglini et d'une femme demeurée inconnue. Et ainsi s'explique cette phrase de la lettre du \)ieux Chiappini à lady Nevoborough : \)ous êtes dans une situation supérieure à celle à laquelle t)Ous donnait droit \)otre naissance.

Est-il posssible qu'ayant relu souvent ces lignes et les ayant méditées Maria-Stella ait pu se croire la fille du duc d'Orléans, le

prince français le plus \)oisin du trône ? Cela seul autoriserait à douter de la sincérité de ses réclamations obstinées. On ne croit plus à sa bonne foi^ quand on a lu les mémoires rédigés sur sa demande par di\>ers avocats à

la cour de Paris. L*un de ces mémoires, que nous a\>ons sous les yeux, écrit par Hennequin dans cette langue claire et élégante qui lui a\>ait \>alu au barreau et au Parlement une placé zxvoxiZy lui représente a\>ec netteté la \>anité de ses prétentions. Outre qu'il est imoraisemblable que la pensée put \)enir au duc et à la duchesse de Chartres, en 1773, quatre ans après leur mariage, alors qu'ils étaient Tun et l'autre pleins de santé et de \>ie de se procurer un enfant au prix d'un crime, il était interdit aux premiers princes du sang de quitter la France sans l'autorisation royale, impossible qu'une disparition de quelques jours même passa inapperçue, impossible à la duchesse de dissimuler une grossesse puis d'en simuler une autre alors que l'étiquette l'obligeait à accoucher presque publiquement.

A cette certitude morale il était possible d'ajouter une certitude de fait : la duchesse de Chartres n'a pas quitté Paris en at^ril 1773 : nou$ ra\)ons établi. Lady Nevoboroujgh si elle eut désiré le sa\)oir n'eut pas laissé que de l'établir a\)ant nous.

On peut tenir qu'elle n'a point cherché à en a\)oir de preu\>es et que les aigrefins qui l'en-touraient et dé\5orèrent sa fortune jugeaient plus expédient et plus profitable de flatter sa manie. Ils la déterminèrent en i83o à in-troduire une requête de\)ant le tribunal de i*"* instance de la Seine ce tendant à rendre exécutoire en France le jugement rendu par la curie épiscopale de Faen^a (État de Toscane) le 24 mai 1824 ». Le duc d'Orléans son-gea d'abord à dénoncer le fait à Charles X et à la Chambre des Pairs ; son conseil lui représenta que c'était donner de l'importance à une demande ridicule, et le duc se borna à faire tenir au tribunal un mémoire de Dupin, établissant l'impossibilité d'admettre les prétentions de la baronne de Sternberg. Le 16

juin le tribunal déclara la dame non rece\)able dans sa demande w pour ces motifs qu'un jugement tel que celui de Faenja pour être exécutoire demandait à être examiné et jugé par un tribunal plus régulier et qu'elle ne justifiait au reste ni de la descendance ni du domicile du comte et de la comtesse de Join\>ille. Et la condamnait aux dépens ».

Dès longtemps Madame de Sternberg donnait quelques signes de dérangement mental.

Il semble que la révolution de i83o, qui mettait sur le trône son ennemi, ait pro- \)oqué che^ elle la plus terrible émotion.

Dans une lettre au comte P0550 di Borgho écrite le 27 juillet, elle demande un passeport au nom de Madame Ungern, pour Dieppe d'où elle passera en Angleterre car elle tient ses jours pour menacés.

Madame de Sternberg voyagea, vécut quelque temps en Italie puis se fixa à Nice (alors au territoire sarde), rue de France, près du Palais Marie-Christine. Le gouvernement de Louis-Philippe, qui avait trouvé un certain nombre d'exemplaires des mémoires de Maria-

Stella dans les palais royaux aurait chargé le général Trogoff de poursuivre la destruction de ce li\)re, puis, suivant un bruit qui vaudrait d*ètre confirmé, aurait demandé et obtenu du gouvernement sarde l'expulsion de Madame de Sternberg.

On a le droit d'en douter. Mariai-Stella vint en effet quelques années plus tard s'établir à Paris et ne fut point inquiétée. Elle eût pourtant donné le droit à un gouvernement moins débonnaire de l'expulser. Elle habitait alors au coin des rues Cambon et de Rivoli, Hôtel de Bath, un re5-de^chaussée, dont elle garnissait les fenêtres de portraits, de gravures, de miniatures, de caricatures représentant tous les membres de la famille d'Orléans. Elle ne se bornait pas à une protestation aussi platonique, elle adressait à une foule de gens d'étranges billets remplis de grossières insultes à l'adresse de Louis-Philippe et qu'elle signait de Joinville ou même Marie-Etoile d'Orléans. A demi folle, au témoignage d'Alexandre Dumas qui la vit alors, elle ve-^

eut plus de cinq ans sans sortir, redoutant à ce qu'elle assurait d'être arrêtée. On rapporte que, chaque jour, elle montait jusqu'au cinquième étage de la maison où elle s'était ménagée une chambre, dont la fenêtre toujours ouverte donnait sur le jardin des Tuileries.

Les oiseaux, auxquels elle distribuait du pain à profusion, avaient pris l'habitude d'envahir la chambre et d'y picorer à Taise. Ils faisaient à sa vue mille petits cris joyeux dont elle se réjouissait fort, car n'ayant pu s'asseoir auprès du trône, sa fortune bien amoindrie, privée de ses fils, sans amis, elle trouvait une consolation à aimer les hôtes indiscrets et piaillards mais point farouches et vite familiers que sont les moineaux parisiens.

Elle mourut à l'Hôtel de Bath, le 28 décembre 1843 et fut inhumée le 3i au cimetière Montmartre.

Quelque temps avant sa mort, c'était au lendemain de l'ouverture des Chambres, malgré sa faiblesse qui était extrême, elle tint à s'ir^-

former du discours du roi, et Marier-Etoile d'Orléans, a\>ec une familiarité qui ne désar-mait pas, ordonna simplement : ce Passez-moi le journal, que je lise le discours de ce brig£ind là ))•

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