INTRODUCTION
Il est, en histoire, un asse^; grand nombre d'énigmes, problèmes étranges, parfois trou-blants, restés sans solution, et qui doit)ent à Tobscurité même qui les entoure d'at)oir de tous temps piqué la curiosité et retenu Tat-tention. Morts suspectes, naissances mysté-rieuses, associations secrètes, crimes suppo*ses, passés sous silence ou traités de façon hâtit)e par l'histoire officielle que préoccupent de plus t)astes desseins, toutes ces choses obscures, ignorées des contemporains ou murmurées par eux, sont det)enues asse; t)ite la proie de la chronique et du roman. Elles n'apparaissent plus que dénaturées par la ^^ légende, déformées par l'ignorance ou grossies par les passions politiques. Notre époque curieuse d'inconnu mais soucieuse de vérité.
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ne saurait se satisfaire de la légende. Il nous a paru qu'on ferait œuvre utile en étudiant ces ENIGMES DE L'HISTOIRE d'apris les méthodes de la critique moderne.
Leur importance historique est du reste diverse. Les unes piquent surtout la curiosité : les étudier c'est seulement ajouter quelque chose b la connaissance d'un milieu ou d'un moment, sans qu'il semble importer essentiellement h l'histoire générale. — Il est assuré en effet que rétablir la généalogie exacte des LÉOTiAHD, Coiffeurs de la îieine Marie-Anloinelîe, et faire connaître la place qu'ils occupèrent h la Cour, c'est apporter une contribution de détail à l'étude du xviii* siècle. Encore est-il curieux de pénétrer avec eux dans l'intérieur de la Maison de la Reine, utile de connaître les relations de Marie-Antoinette avec son entourage et tels événements considérables auxquels ces minces serviteurs furent mêlés.
Ainsi en va-t-il encore du PAJ(C-AVX- CEKFS. La littérature révolutionnaire y a vu « le gouffre de l'affreux déficit, » la ruine de la fortune de la France, les romanciers un prétexte à imaginer et à peindre des tableaux suggestifs, sans que nul sut encore il y a quel-
ques années cette chose essentielle» que cette sorte de sérail où Ton offrait des t^ierges à la lubricité d'un monarque n'a jamais existé. Il n'est pas indifférent à qui Deut connaître la psychologie de Louis XV et l'Histoire de savoir jusqu'où allait l'immoralité du Roi.
Pour quelques-*unes de ces Enigmes la question qui se pose est plus haute. Il est tel problème qui peut intéresser toute une époque et pour citer une question qui sera traitée dans la Collection» il est assuré» par exemple» qu'une étude sur LES PHILADELPHES, cette société secrète dont l'existence était mise en doute il y a quelques années encore» éclai*rera d'un jour nout^eau l'état d'esprit de l'armée impériale.
Enfin» et pour prendre un dernier exemple»
considérons VAFFAIKE CHIAPPim. On sait quelle prétention éleva Maria-Stella Chiappini. Baptisée comme fille d'un geôlier italien» elle voulut établir par témoignages et faire admettre par un tribunal» qu'elle était en réalité née du duc de Chartres (plus .tard Philippe-Egalité) et de la duchesse» voyageant en Italie. On lui aurait substitué un jeune garçon né le même jour de la femme de Chiappini :
ce fils Chiappini ne serait autre que Louis-
Philippe par la suite Roi des Français. D'Or^ léans ou Monsieur Chiappini ? La famille d'Orléans ayant dès longtemps oublié la royauté philippiste et populaire pour ne se réclamer que de la légitimité, c'est une question dynastique qui se pose. On soup-çonnait déjà Philippe--Égalité d'être le fils d'un cocher, il est particulièrement utile, pour les royalistes de droit dioin, de savoir si Louis-'Philippe est celui d'un geôlier ita-* lien.
L'AFFAIRE CHIAPPINI a, peut-on dire, occupé l'histoire et défrayé la presse depuis 'i83o, date de la première édition des mémoi*res où Maria-^Stella racontait sa oie et exposait ses prétentions. Tous les biographes de Louis-Philippe Michaud, Castille, Nettement, Gâteau de Vantibault, Guenot, Montrey, Billaut de Gérainoille , Louis Blanc, etc. rencontrant la question Chiappini, ou n'ont pas osé l'aborder et l'étudier avec franchise, ou s'en sont fait une arme contre la famille d'Orléans, en polémistes qui se donnant figures d'historiens.
Comme d'autre part les mémoires de Maria Stella ont été réédités trois fois traduits en allemand en italien contrefaits, accommo-
dés en brochures de propagande politique (i), on peut dire que le problème Chiappini n'a jamais cessé de retenir l'attention publique. Il y a quelques t)ingt--cinq ans une série d'articles parus dans l'Indépendanl de Bou^ logne (oct. i883), surtout une brochure publiée par M. Perrot de la Rochemontoise (2) sous un titre à scandale : J^on il n'y a plus de Maison d'Orléans {xSS/^)^ et dont beaucoup de journaux s'occupèrent lui donnèrent un regain d'actualité. Plus récemment une longue étude sur la question paraissait dans la France signée de M. de Saiint-Félix (sept. i885) la J^alion lui consacrait un supplément en 1886, nombre d'articles étaient insérés dans la Légilimilé (1884, 1888, 1889) dans le I^^uei/JVafiona/ dans VAvanl^garde de VOuesl et dans la Sentinelle Française (1892--1893). Diverses brochures :
Les d'Orléans d'après nature (Lyon i885) — Philippe VU prétendant au trône de France fils d'un geôlier (Paris 1886) — Orléans ou
1 . C. P. LudvDÎg Philipp Kbnîg der Fran^osen ist nîcht der Sohn des Hor^ogs Joseph Philipp von Orléans (Berne, Jenni fils, 1847). '^ ^ Variétés historiques sur le fils de Loren3o Chiappini, u fEpernay 1848).
2. Ce pseudonyme cachait M. Perrot, de Tours et Tabbé U Baillif.
Cbiappini (Paris 1895), qui tous reproduisaient avec des commentaires sans intir^ts quelques fragments des i^imoires de Maria- Stella, montrèrent asse; que l'Affaire Chiappini préoccupait une certaine opinion. En 1889 un groupe de légitimistes lyonnais montèrent à leur frais un drame historique en 4 actes et 6 tableaux Maria-^lella ou le dernier des d'Orléans, d'un auteur inconnu Maurice Neoers (Mademoiselle Marie Vernet). Ce drame, interdit par la censure, n'eût au théâtre de la Renaissance qu'une seule représentation, privée, mais toute la presse parisienne en rendit compte. Ce fut en termes séoères. Il est orai que l'auteur s'était borné à découper en tableaux les Mémoires de Maria-Stella, à imaginer une intrigue amoureuse, puérile, que le drame était écrit en une langue fâcheuse (1). De tels reproches n'étaient pas pour Stre sensibles h Mademoiselle Vernet. Ce qu'elle aoait souhaité c'était mener du bruit autour de la question
1. H. A. Schmid héritier des manuscrits de nademoUetle Vcmet et K. Gaum]) ont bien voulu nous communiquer le texte non seulement de ce drame, mais encore tous les papiers concernant l'affaire Chiappint venus en leur possession. NouB tenons h les e
Chiappini, attaquer la famille d'Orléans pour qui elle professait une haine t)igoureu8e. C'est dans le même esprit qu'elle aoait écrit une manière de parodie de En revenant de la revue^ qui triomphait alors et qu'elle se fit la collaboratrice active et passionnée de M.
Paul Dumont quand il entreprit d'élever le monument historique qui devait tout ensemble établir les droits de Maria-Stella au titre de princesse d'Orléans et prouver la hon«teuse naissance de Louis-^Philippe.
D'Orléans ou Chiappini? Secret diplomù'^ lique de Modigliana. Recherches historiques par Paul Dumont (Assen H. Born, 1890)4 Sous le pseudonyme de Paul Dumont se dis-* simulait modestement M. Duquesne^ frère de Madame Adalbert Naundorff et on devine dans quel dessein ces prétendues recherches historiques avaient été faites. Les écri-' vains orléanistes avaient de bonnes raisons de douter que Naundorff fut Louis XVII, n'était--il pas de bonne guerre que le parti Naundorffiste s'efforça d'établir que Louis-^ Philippe étant né d'un geôlier italien les pré-^ tentions de la Maison d'Orléans à la couronne de France étaient ridicules. Il n'existe que peu de livres où se montre, plus que dans celui de
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M. Paul Oumont, une ignorance complète d'une époque et d'un sujet, plus de confusion, un aussi grand luxe d'hypothèses, de suppositions destinées à obscurcir les choses les plus claires et les mieux connues. M. Dumont qui n'a pu trouver dans la Gazette de France ce que chacun y peut lire, a par contre lu dans tous mémoires ce qui n'y était point. Un exemple montre asse; la valeur historique d'un tel livre. L'auteur consacre un long chapitre, qu'il juge capital, a établir que Louis Philippe ne fut pas baptisé. On devine le commentaire : l'Église s'est refusée à la comédie qui consistait à baptiser sous un faux nom un enfant qui l'avait été déjà, en Italie. Pourquoi M. Dumont n'a-t-il pas eût la bannale pensée d'avoir recours aux registres de bapt&me de l'Église royale [de Versailles, il eût trouvé à la date du 12 mai 178S un acte de baptême en excellente forme, acte que Louis XVI et Marie-Antoinette ont signé comme parrain et marraine, et après eux, comme témoins, tous les princes de la Maison de France.
Qu'un tel livre puisse déterminer des opinions, it le faut croire puisqu'il ne se passe point d'années ou l'Affaire Chiappîni ne don-
ne matière à quelque écrit. Il nous parait qu'après avoir lu les pages qui suivent TÉnig-me aura vécu (i).
1. Un travail ttalien sur le même sujet du D*" Vecchi annoncé dans la préfiace du Vta330 délia duchessa de Chartres paru en içot n*a pas encore paru.
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CHAWTRE PREMIER
LA COUR DE FRANCE EN tjÔÇ. — LOUIS XV ET M*« DU BARRY. — W. LE DUC DE CHOISEUL. — MESDAMES. — LE DAUPHIN ET MARIE-ANTOINETTE.
L'histoire de la cour de France pendant Tannée 1769^ qui est celle du mariage du duc de Chartres, est particulièrement curieuse :
c'est une date décisive, celle de Tinstallation à Versailles de M"^ du Barry.
La liaison de Louis XV et de sa maîtresse date de quelques mois à peine. On n'a tooulu V tDoir d'abord qu'une fantaisie royale, on a cru que c< la du Barry », tout comme et la Morphise d, n'occuperait le roi que quelques semaines, peùt-'étre quelques mois. Dès que le bruit s'accrédite que ce n'est point là une
amourette, mais une passion, et qui peut avoir des lendemains, la coterie Choiseul, dont le projet itait de donner une maitresse au roi pour garder le pouvoir, s'insurge, déchaîne la meute de ses chansonniers et de ses libellistes à gage. Coup sur coup on apprend que n la du Barry u habite, au château de Versailles, l'ancien logement de Lebel valet de chambre du roi, qu'elle va &tre présentée à la cour, &tre « maîtresse déclarée u. Les courtisans devinent, à l'attitude intransigeante de M. de Choiseul, que derrière l'élue nouvelle toute une cabale se forme, que la cour va devenir, plus qu'à l'ordinaire encore, un terrain singulièrement difficile et glissant.
N'était un accident, d'ailleurs sans gravité, arrivé au roi à la chasse, c'est en février que la présentation aurait lieu ; en mars, on est tout occupé par les préparatifs du mariage Chartres-Penthièvre, on attend donc aoril.
Le 11, sous la conduite de M"" de Béam, la « comtesse du Barry », comtesse d'hier, est
présentée au rôi, puis, suiipant Tusage tDâ faire sa cour à la famille royale. Quelques jours plus tard elle soupe à Bellet)ue) dans le château amoureusement bâti par la marquise de Pompadour, en compagnie du roi du prince de Soubise, du duc de Gontaut, de MM. de Choiseul et de Saint--Florentin. Le choix du logis n'est pas un hasard, c'est un cadre tDoulu pour une présentation intime, faite par le roi à ceux auxquels il est attaché, à qui il entend marquer que M*"* du Barry succède à M'^'de Pompadour : Louis X Va désiré placer sous leur patronage la favorite nouvelle. Le duc de Choiseul est le seul qui garde une réserve impertinente. Il devient assuré que la lutte ne saurait tarder entre le ministre et la maîtresse ; tout aussitôt, à la cour, les partis se dessinent.
Dans la famille royale M. de Choiseul compte des ennemis irréductibles. Il y a quatre ans que le premier Dauphin est mort, deux ans que la Dauphine a emporté dans la tombe Vespoir de gouverner Louis XV. Mais leur
parti) qui est celui des dét^ôts» n*a pas désarmé et ne pardonne point à Choiseul l'expulsion des jésuite^. Il a, au reste, un appui assuré auprès de Mesdames, auprès de Madame Adélaïde surtout. L'ainée des filles du roi, dont les trente-huit ans s'adornent de moustaches ) a des idées nettes et le goÛt de l'autorité. Sous sa forte i^olonté, Madame Victoire, dont Tapathie ne s'éveille guère qu'à rapproche des repas, s'incline, et Madame Sophie, qui est, à trente-six ans^ demeurée aussi timide et plus inquiète qu'une enfant, tremble, « n'osant que des re^ gards de côté, à la façon des lièvres d. Pour Madame Louise toute au désir d'entrer au Carmel, elle n'a que des pensées de piété et ne s'intéresse qu'aux seules pratiques religieuses.
Du Disant de Louis XV» jaloux d'autorité et qui a de tout temps tenu le premier Dauphin et sa famille éloignés des affaires, ce parti est de peu de poids : il pourrait devenir redoutable. C'est en effet celui auquel^ par
les soins de M. de la Vauguyon son gou\>er«* neur, se rattache le nouveau Dauphin. Ce dernier n'est pour Theure qu'un asse; faible appui ; d'intelligence courte» de culture médiocre et adonné à de grossières occupations» le futur LfOuis XVI n^a point de iiolonté propre et reste sous l'autorité de sa tante Adélaïde. Il convient de le mettre sous une influence nouvelle et c'est à quoi travaille depuis plusieurs mois M. de Chotseul. Le mariage autrichien décidé» il semble bien qu'il ait réussi.
Uattitude hostile du ministre envers la favorite ne cache pas seulement du dépit»
elle est le fait d'un immense orgueil. Choiseul tient qu'il est l'homme» supérieur et néces*saire» auquel Louis XVdevra» en dépit qu'en ait « la du Barry »» conserver le gouvernement.
Il a centralisé entre ses mains» ou celles de ses proches» les ministères» peuplé l'adminis-* tration de clients dévoués» il occupe toutes les allées du pouvoir. Le roi ne sait-il pas quelles sont les attaches puissantes de
M. de Choiseul au Parlement et que l'influence de son ministre a décidé les corps judiciaires h ne pas rompre trop délibérément en oisiire avec la royauté I Louis XV n'est-il pas assuré que la diplomatie de M. de Choiseul est seule capable d'assurer la paix I
C'est au moins ce dont M. de Choiseul se persuade, qui vient de terminer heureusement une double négociation : l'alliance autrichienne et le mariage du Dauphin. Le ministre a douIu, par une alliance opportune, arriter la prospérité croissante de la Russie et limiter les ambitions anglaises : probUme difficile, pour lequel il a fourni une solution, au moins provisoire. Mais c'est du mariage surtout qu'il compte tirer sa force.
Si l'on songe aux soixante ans du roi, h divers accidents qui peuvent faire tenir que l'amour lui sera fatal, Choiseul n*a-t-il pas le droit de considérer l'avenir avec sérénité : ne va-t-il disposer de la nouvelle Dauphine et par elle du Dauphin 1
C'est le 17 mai, un mois à peine après
rinstaUationdeM"''du Barryà Versailles, que commencent les fêtes du mariage autrichien.
L'affluence a été extrême, et tous, courtisans ou bourgeois de Paris, ont fait à Marie- Antoinette un accueil enthousiaste. Le i5, aux abords de la Muette, le 16, après la bénédic*^ tton dans la chapelle de Versailles, cet enthousiasme touche au délire. Il semble que chacun soit séduit par le charme de cette Dauphine de quatorje ans, si mince et si blonde, au teint éclatant, dont les yeux rieurs font oublier le port de tête un peu hautain, et sur leS: lè\>res de qui un sourire efface alors la moue autrichienne.
En Marie-Antoinette, émue par les accla*mations qui depuis Strasbourg lui font cortège, Torguetl d'être la future reine se mêle à la joie d'être Dauphine de France. Elle sait, sa mère le lui ayant souvent répété, que son mariage est l'œuvre de Choiseul, qu'elle lui
devra sa couronne, elle tient à le marquer au ministre dès son arrivée.
N'est*-ce pas pour M. de Choiseul, une
assurance prochaine de victoire ? Il peut, 8emble*-tHl, envisager d'un œil tranquille rétonnante fortune de Madame du Barry.
Après sa présentation la favorite de la veille a été élevée au rang de maîtresse déclarée, c'est désormais un personnage considérable, officiel. Durant qu'on bfttltLou^^ veciennes, qu'on achève à Versailles, au eoeur même des petits appartements du roi, le logis qu'elle occupera bientôt, elle devient une puissance qu'on sollicite et à laquelle on fait la cour. Le temps est déjà loin où elle n'avait pour toute compagnie que la maréchale de Mirepoix, M*"* de Flavacourt ou la comtesse de Valentinois, dont la cassette royale soldait les complaisances. Elle a maintenant un parti, les Barisiens^ gens de pensée et de tendances diverses, mais que rapproche une haine pareille de M. de Choiseul. Étrange parti, en effet, dans lequel on voit des ambitieux de pouvoir, le duc d'Aiguillon et le vieux maré^ chai de Richelieu, des absolutistes comme Maupeou ou Terray, des Jésuites de toute
robe, assoeier leur effort à celui du t»leux parti français mis en révolte par ralliancc autrichienne : parti de la mattresse, auquel Mesdames, filles de France, rigoristes et pieuses, ne ménagent point, en sous<-main, leurs complaisances et leur appui. Car, il est aisé de démiler le Jeu subtil de Madame Adélaïde. Elle a de grands desseins, le ferme propos d'être un jour auprès de son ne\)eu le Dauphin une Egérie toute puissante, elle ne pardonne à Choiseul ni Texpulsion des Jésuites ni l'alliance autrichienne. C'est son entourage, sinon eUe*-méme qui donne déjà à Marie-Antoinette ce double surnom « d'Étrangère » et ce d'Autrichienne m, qui de)i»iendra, bien aiiant la Révolution, une arme terrible contre la reine.
Dès l'arriioée de Marie-Antoinette, Mesdames ont tout mis en œuvre pour l'accaparer d'abord, pour ruiner ensuite son crédit dans l'esprit du roi, en qui naissait une tendresse pour cette Jolie Dauphine. La tftche était facile. Marie-Antoinette élevée dans la sim-
plicité de la cour de Vienne, ignorante des traditions et de l'étiquette, grande enfant rieuse, passionnée de plaisirs et de jeux, se sentait isolie en cette cour pompeuse, malgré les aois de M. de Mercy, ambassadeur d'Autriche et son mentor. «Nesoye; d'aucun parti », lui icrîwait l'impératrice sa mère, tf ne témoigne; k Madame du Barry nul éloignement. u Cela était aisé à dire, mais comment ne point obéir à la grosse uoix de Madame Adélaïde, comment résister h ses brusqueries, quand on est si seule et qu'on ignore tout des gens et des choses I Peut-^tre si elle eût trouvé quelque appui autour d'elle, eut-^lle pu résister. Mais M. le Dauphin, courtois à l'ordinaire, n'est point un mari, n'a pour elle qu'une amabilité ennuyée et distraite; le comte de Provence, bouffi de mauvaise graisse, à demi impotent à quinze ans, gourmé et jouant au politique, est trop mauvais plaisant pour qu'on s'ouvre à lui. Quant au comte d'Artois qui, à douje ans, est déjà d'allure cavalière et d'un entrain charmant,
s'il ne se lasse point d'imaginer des jeux nou\)eaux, si nul ne sait mieux que lui orga<nîser des courses à ânes^ s'il est du dernier plaisant quand, dans le bosquet de rOrangerie il salue d'un ironique ce Bonjour grand-papa 1 » le buste de Louis XIV, il a cette habitude de ne ménager rien, ni personne, et coutume de traiter les choses graves par des pirouettes.
Pour être heureuse cela est si simple : il suffit de plaire à Madame Adélaïde, d'être, à l'endroit de la fa\)orite, non point impolie certes, mais souverainement distante et hautainement réservée. Peut-être convient-il encore de flatter la passion de Madame Victoire pour les fleurs, après quoi on a tout loisir d'être jeune, d'aimer, malgré Madame de Noailles et l'étiquette, le mouvement et le bruit, de jouer à la maman avec les sœurs du Dauphin, dont l'aînée Clotilde est caressante et douce, dont la plus jeune Elisabeth est à six ans d'humeur un peu sauvage, mais si jolie, de se plaire aux bals, aux jeux, et aux moqueries de M. d'Artois.
Que le roi en montre quelque humeur et que celanefiissepas leJeudeM.deChoUeul, oodà qui n'importe gukre. N'ont-ils point asse; d'affaire avec les parlements sans importuner la Dauphine I
Au orai, pris entre les attaques du parti dioAt et l'opposition parlementaire dont Louis XV, aoec une remarquable intelligence politique, nz laisse pas d'apercevoir le but lointain, M, de Choiseul est condamna.
L^ coterie d'Aiguillon, atiec ou sans l'aide mftme de Madame du Barry, n'aura que peu de peine h obtenir du roi la lettre de cachet qui exilera h Chanteloup, en décembre 1770, U puissant ministre.
Sans doute la Dauphine en a-t-elte quelque r^ret, mais que faire 1 Tout au plus se confier à une amie. Car la Dauphine a une amie. Elle a retrouva aux bals de Madame de Noailles, qui alternent aoec les siens, la princesse de Lamballe, dont la mélancolique douceur l'avait frappée quand elle la oit pour la première fois b Compiigne, ta veille de
son mariage. Entre cette i>eu\>e de dtx*-neuf ans» à qui le malheur donne des grftces tou*chantes» et la jeune Dauphine» s'est vite nouée une de ces amitiés de jeunes filles où il entre» avec mille puérilités» un sentiment très fort et qui souvent résiste aux années. Si différents que fussent leur t>ie et leur avenir »elle8 avaient des tristesses un peu pareilles» elles étaient isolées Tune et l'autre» privées d'affection caressante et si Madame de Lamballe n'avait»
en quelques mois d'union avec un mari de santé ruinée et mort de débauche» connu du mariage que des écœurements» Marie-Antoinette n'en avait rien appris. Car M. le Dau«« phin» s'il était veneur intrépide et serrurier expert» ne témoignait de son affection à la pauvre Dauphine qu'en lui baisant la main* Monsieur de Provence l'en plaisantait» usant de citations tirées des Latins ; M. d'Artois en prenait prétexte pour lui faire la cour^ quand il y songeait» encore cela pritait*-il a rire.