‹ Philippe et Jean Baptiste de ChampaigneChapitre 2 sur 30 · DÉPOSÉ. — TOUS DROITS DE REPRODUCTION ET DE TRADUCTION RÉSERVES · texte numérisé non relu

DÉPOSÉ. — TOUS DROITS DE REPRODUCTION ET DE TRADUCTION RÉSERVES

PHILIPPE & JEANHBAPTISTE

C'est pourtant comme si l'on se demandait s'il faut écrire et prononcer Espaigne, Bretaigne, tnontaignard, compaignon, etc. Les deux formes Champaigne et Champagne ont eu et ont encore leurs défenseurs convaincus; comme il arrive si souvent en ce bas monde, le vrai pourrait bien se rencontrer entre les extrémités opposées. On prononçait en réalité, à la manière de certains paysans d'aujourd'hui, Espaingne, Champ aingne; et le mot compagnon, dérivé de pain, a commencé par s'écrire compaingnon. Les actes publics dressés à différentes époques en présence de notre peintre, notamment ceux de la paroisse Saint-Gervais, portent Champagne, ou même Champa, et sans doute ces noms ont été écrits sous la dictée de l'une des personnes présentes, ou du moins d'après la façon dont on les entendait prononcer. Les signatures autographes qui subsistent sont toutes au nom de Champaigne ' ; ainsi se trouve tranchée la question en ce qui touche la manière d'écrire, et chacun reste libre de prononcer comme bon lui semble. Mais puisque l'on s'accorde à écrire et à prononcer Montaigne et non Montagne, il semble que l'on devrait s'accorder de même à écrire et à prononcer Champaigne ; c'est ce que nous ferons ici constamment.

Une seconde question préliminaire plus importante est celle de savoir si Philippe et Jean-Baptiste de Champaigne appartiennent à l'école flamande ou à l'école française. Tous deux sont nés à Bruxelles et ont appris de maîtres flamands les premiers éléments de leur art; mais tous deux ont quitté leur pays natal de fort bonne heure ; tous deux ont vécu en France, ont épousé des Françaises et sont morts à Paris. D'ailleurs il est trop clair que Philippe de Champaigne, devenu peintre de la reine mère, n'a pas imité la manière de son compatriote Rubens. L'auteur de la Cène et des Religieuses se rapproche infiniment plus de Poussin, de Lesueur ou de Le Brun; il n'appartient pas à la même école que l'auteur du Triomphe de Marie de Médicis. Il serait donc juste de ranger les deux Champaigne au nombre des peintres français, et si la ville de Bruxelles doit une statue à l'illustre Philippe et un buste à son neveu Jean-Baptiste, la ville de Paris pourrait bien leur ériger un monument plus modeste, un médaillon ou une simple plaque de marbre dans cette rue des Ecouffes où s'est écoulée leur vie presque tout entière.

i. V. Jal, Dictionnaire critique de biographie et d'histoire.

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