LE CARDINAL DE RICHELIEU
Par Philippe de Champaigne, d'après une e'preuve de la gravure de Morin, tirée de la collection de M. Henry Lacroix.
i6 LES ARTISTES CÉLÈBRES
l'occupaient ne négligèrent rien pour l'embellir. La chapelle était considérée comme une véritable merveille, avec des ornements de bronze doré, des bas-reliefs d'argent, des oeuvres d'art dues au ciseau de Sarrazin et au pinceau des plus habiles maîtres. Philippe de Champaigne fut chargé de peindre la voûte, et, si l'on en croit les historiens de la Ville de Paris, il déploya dans cette occasion toutes les ressources dont peut disposer la peinture, il fit un chef-d'œuvre. Un détail permettra de juger ce travail, aujourd'hui détruit. La voûte des Carmélites était peinte « en optique », ou comme nous dirions vulgairement en trompe-l'œil , et Champaigne avait réalisé ce tour de force d'y représenter un Christ dont la croix semblait être plantée verticalement. On ne s'en étonnera plus si l'on songe que comme le Poussin, et même de concert avec lui, il avait étudié les sciences auxiliaires de la peinture, la géométrie, l'anatomie, tout ce qui pouvait lui permettre d'arriver à la perfection
Les Carmélites de la rue Chapon s'adressèrent également, en i63i, au peintre qui secondait si bien les vues de leurs sœurs du faubourg Saint-Jacques, et Philippe de Champaigne dut en outre diriger les travaux de peinture que firent exécuter dans leur église les Religieuses du Calvaire, établies par Marie de Médicis dans l'enclos même du Luxembourg, rue de Vaugirard, vis-à-vis la rue des Fossoyeurs2. Comment put-il mener de front tant de travaux différents? Il est trop évident que Champaigne fit un peu comme Rubens. Ce dernier ne peignit au Luxembourg qu'une seule toile, celle où l'on voit la figure allégorique de la Vérité; toutes les autres furent exécutées sous sa direction, par un subalterne nommé Juste, qui avait la confiance du maître et qui la méritait. Philippe de Champaigne dut agir de même, mais nous ne connaissons pas les noms de ses collaborateurs. Peu importe d'ailleurs, puisque les deux couvents de Carmélites et le couvent des Filles du Calvaire ont été détruits de fond en comble, puisque toutes ces peintures ont malheureusement péri comme celles du Luxembourg.
1. Voici, d'après Guillet de Saint-Georges, historiographe de l'Acade'mie de peinture et contemporain de Champaigne, la nomenclature des sujets peints par lui aux Carmélites: la Nativité, la Circoncision, V Adoration des trois rois, la Présentation, la Résurrection de Lazare, l'Assomption. Ces deux dernières compositions avaien été exécutées par des auxiliaires, et simplement « retouchées » par le peintre qui en avait fourni le dessin.
2. Le Calvaire occupait l'emplacement qui sépare aujourd'hui le Petit-Luxembourg du nouveau Musée, en face de la rue Servandoni, appelée alors rue des Fossoyeurs. (Voir le plan de Gomboust.)
TRAIT DU COMTE D HARCOURT, PAR PHILIPPE DE CHAMPA1GNE D'après une épreuve de la gravure de Morin, tirée de la Collection de M. Bouillon.
VICTOR DE BOUTHILLIER, ARCHEVÊQUE DE TOURS, PAR PHILIPPE DE CHAMPAIGNE. D'après une épreuve delà gravure de Manteuil, tirée de la Collection de M. Bouillon.
En 1634, l'artiste devenu tout à fait célèbre dut faire sur Tordre du roi deux de ces grandes compositions historiques comme nos aïeux les aimaient tant. Il peignit, pour l'église Notre-Dame de Paris, un Vœu de Louis XIII qui est aujourd'hui au Musée de Caen, et son pinceau eut à retracer une Cérémonie de l'Ordre du Saint-Esprit. Cette dernière toile a même été faite par Philippe de Champaigne à trois exemplaires Deux des personnages qui figuraient sur le tableau primitif manifestèrent le désir d'en posséder chacun une copie, ou pour mieux dire une réédition faite par le peintre lui-même; Champaigne inaugura dès lors ce système de répétition qui permet aujourd'hui à trois ou quatre collectionneurs de posséder les originaux d'un même chef-d'œuvre.
Peintre de Marie de Médicis et de Louis XIII, il lui manquait un titre, celui de peintre de M. le Cardinal : Richelieu lui accorda cette satisfaction suprême en le faisant travailler à la décoration de ses différentes résidences, du Petit-Luxembourg, de Rueil, de Bois-le-Vicomte, de Richelieu et enfin de ce fastueux Palais-Cardinal qui était véritablement dès l'origine ce qu'il est devenu depuis, le Palais-Royal. On sait enfin que Champaigne fit plusieurs fois le portrait du tout-puissant ministre; tout le monde a vu au Louvre le grand tableau dans lequel il est représenté en robe rouge2.
Le château de Rueil n'existe plus, celui de Richelieu a été presque entièrement ruiné par la Révolution, le Palais-Royal enfin n'a pas été plus épargné que le Luxembourg; les peintures de Philippe de Champaigne avaient disparu dès la fin du règne de Louis XIV parce qu'il était nécessaire de faire un appartement à Ms1' le duc d'Anjou3. Cet acte de vandalisme est d'autant plus regrettable que l'une des galeries du palais, celle que Champaigne avait décorée par ordre de Richelieu, était, au dire des contemporains, une véritable merveille. Voici à ce sujet quelques détails empruntés au célèbre ouvrage de Sauvai : Histoire et recherches des antiquités de la Ville de Paris: « La plus superbe partie de ce beau lieu, dit Sauvai ', était la voûte, peinte et conduite par Champagne [sic); des