CHAPITRE II
Philippe de Champaigne peintre de Marie de Médicis, de Louis XIII et de Richelieu.
C'est en 1628 que Philippe de Champaigne devint le successeur de Nicolas Duchesne, peintre de la reine. Il se remit au travail avec une nouvelle ardeur, et la décoration du Luxembourg se poursuivit sans interruption sous la conduite d'un maitre si habile. Elle e'tait fort avancée en i63 1 , lorsque les événements politiques contraignirent Marie de Médicis à quitter et son palais de prédilection et même la terre de France. La reine exilée avait fait don du Luxembourg à son fils Gaston d'Orléans, frère de Louis XIII; aussi les travaux d'embellissement se continuèrent-ils, mais avec moins de suite, jusqu'en 1 63 5 . Bientôt même la situation de Philippe de Champaigne changea complètement. Lorsqu'il fit baptiser son fils Claude à la paroisse Saint-Sulpice, le 5 février 1634, il P1^ sur l'acte de baptême le titre de: « Peintre de la Reine »; trois ans plus tard, le 29 octobre i63/, il faisait également baptiser, à Saint-Sulpice, sa seconde fille, Françoise, et il s'intitulait alors : « Peintre du Roi ». Sans doute il conservait encore le logement que Marie de Médicis lui avait assuré au Luxembourg, mais la nature de ses fonctions avait changé. Le parcimonieux Louis XIII n'était pas homme à faire de grandes dépenses pour embellir la résidence de son frère.
C'est le moment de se demander ce qu'ont pu devenir les peintures décoratives, panneaux, plafonds, etc., exécutées au Luxembourg par Philippe de Champaigne et par ses collaborateurs il y a deux siècles et demi. Mais de tous les palais élevés à Paris par des rois ou par des reines, aucun peut-être n'a subi plus de transformations intérieures. On sait en effet quelles furent ses destinées: il appartint d'abord à Gaston
LES CHAMPAIGNE i3 d'Orléans, puis à M"« de Montpensier, la Grande Mademoiselle, puis à d'autres membres de la famille royale, et en dernier lieu à Monsieur, frère de Louis XVI. Pendant la Terreur, il fut transformé en prison, et parmi ses hôtes d'alors figurèrent Danton et Camille Desmoulins. Le Luxembourg devint ensuite le palais des cinq Directeurs, le palais des Consuls, le palais du Sénat sous le premier Empire, la Chambre des Pairs de 1814 à i83o, et enfin le palais du Sénat sous le second Empire et sous la République.
Ces destinations différentes amenèrent des transformations successives, de véritables bouleversements, au milieu desquels disparut complètement la distribution primitive avec sa décoration toute spéciale. Ainsi, pour ne citer que cet exemple, la galerie occidentale où se trouvaient les grandes compositions de Rubens fit place à un escalier monumental. Les toiles du maître sont au Louvre, mais les peintures murales ne pouvaient pas être transportées, et il est infiniment probable que l'œuvre collective de Rubens, de Fouquières, de Nicolas Duchesne, de Philippe de Champaigne et de plusieurs autres artistes de grand talent a été mutilée, anéantie même par le marteau des maçons, ou à tout le moins enfouie sous des couches de plâtre ou de chaux. La France s'est toujours crue trop riche en œuvres d'art, et l'on ne saurait imaginer la quantité de belles choses qui ont disparu de la sorte, sans compter ce que les révolutions ont détruit.
Au reste, la décoration du Luxembourg n'avait pas été achevée au xvnc siècle. L'exil de Marie de Médicis ralentit la marche des travaux, et la grande galerie de l'Est, celle qui de nos jours a constitué le Musée de peinture contemporaine, n'a jamais reçu les immenses compositions qui devaient rappeler les « Merveilles du règne de Louis XIII ».
Le peintre officiel de la Reine aurait sans doute été chargé d'écrire sur la toile l'histoire de son fils, et il aurait eu à retracer des scènes grandioses, telles que le siège de La Rochelle; force lui fut de se contenter de travaux plus modestes. Mais il avait le talent, il avait la célébrité; les commandes affluèrent, et ces années vraiment fécondes ont été bien remplies. Non loin du Luxembourg, à l'entrée du faubourg Saint- Jacques, s'élevait alors le couvent des Carmélites, celui que nous connaissons encore par les prédications de Bossuet et par le séjour de M1Ie de La Vallière, devenue sœur Louise de la Miséricorde. Marie de Médicis ayant doté richement ce monastère, les quarante religieuses qui