AVIS AU LECTEUR
Philippe II et don Carlos, tel est le titre sous lequel deux historiens bien connus, MM. Gachard et Charles de MoUy se sont occupés du drame sanglant qui se joua en Espagne, entre le père et le fils. L'un et Tautre, à des points de vue différents, ont raconté la naissance triste, l'éducation abandonnée du jeune Prince, ses illusions déçues, ses fiancées devenant les femmes de son père, son mariage traité d'impossible; l'un et l'autre ont donné, avec des couleurs différentes, le portrait du fils de l'inflexible monarque espagnol, aigri par la douleur physique, ulcéré par la douleur morale,
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emporté par la fougue d'une nature ardente et trahi dans ses affections les plus chères, se jetant, tête baissée, dans les bras de ceux que son père considérait comme les ennemis mortels de la monarchie espagnole et de la foi catholique, dont il s'était fait la représentation incarnée. Gachard et de Moiiy ont parallèlement dépeint le caractère de Philippe II, comme père, comme roi d'Espagne, comme monarque rêvant la monarchie universelle, tant par des conquêtes que par des mariages, cherchant à réunir sous un même sceptre l'Espagne, le Portugal, l'Italie, les Pays-Bas, l'Angleterre par son mariage avec la reine Elisabeth, la France par une alliance matrimoniale qui lui assurerait l'influence des Guise. L'un et l'autre nous ont fait pénétrer dans l'âme de roi : l'un, pour foncer la couleur de ses sombres projets, nous montrer sa politique astucieuse et condamner le père dénaturé qui avait calculé le sacrifice de son fils ; l'autre, pour atténuer et adoucir par des raisons de conservation pieuse, ce que la mort du Prince inspirait d'horreur. L'un et l'autre s'appuient, en tout et pour tout, sur des données historiques; les témoignages accusent dans celui-là, dans celui-ci, ils atténuent le sentiment de répulsion qui se soulève dans le cœur de l'homme, à la vue du sang-froid paternel de ce monarque signant la sentence de mort de son fils.