‹ Philippe II et Don Carlos devant PhistoireChapitre 21 sur 34 · PHILIPPE H · texte numérisé non relu

PHILIPPE H

pendant plus d'une année, sous ptétexte que don Carlos avait les fièvres quartes. Enfin, le 14 janvier 1562, l'empereur Ferdinand écrit à Philippe II : • Notre seigneur ayant bien voulu délivrer le sérénissime prince, mon cousin, de sa longue fièvre quarte, il est maintenant opportun de revenir à la question de son mariage avec l'infante Anne, ma petite-fille ; et il m'a semblé que je devais, moi, écrire à Martin de Guzman ce que Votre Altesse comprendra particulièrement... Certifiant à Votre Altesse que si je savais, moi, que pour le présent il y avait un autre mariage meilleur que celui-là pour le prince et pour le bien de nos maisons, je ne traiterais de celui-ci d'aucune manière, t (i)

Mais alors Philippe II lui fit répondre par son ambassadeur, le 19 janvier 1562 : t que malgré la guérison du prince, il ne voulait pas le marier jusqu'à ce qu'il fût bien rétabli. • A cela, l'empereur répond au comte de Luna, qui le communique à Philippe II, par sa dépêche du 19 janvier 1562 : t Je vous fais savoir que je m'émeus de cette réponse, parce qu'on m'écrit, de Flandres et d'Italie, qu'on traite de ce mariage, avec la sérénissime princesse de Portugal ; et que la négociation est si avancée, que l'on a envoyé à Rome pour les dispenses ; que le pape faisait des difiicultés de les accorder, parce que le lien de parenté lui paraissait trop étroit et que les motifs

(i) Lettre de l'empereur Ferdinand à Philippe II, 14 janvier 156a. Archives de Simancas. Est. leg. 651.

ET DON CARLOS y%

de les accorder n'étaient pas suffisants ; et j'agis ainsi, parce qu'il me semble que, si la princesse est une personne telle qu'on ne puisse rien exiger de plus en elle, je crois le mariage de ma petite-fille plus à propos et plus convenable pour le prince, à cause aussi de la conformité des âges... et parce que, avec «lie, on prend de ce côté un plus grand nombre de parents et d'amis, peu nécessaires à ce qu'il semble pour le présent, mais qu'il importe de confirmer pour l'avenir ; que ce grand nombre de parents et d*amis ne se prennent pas avec la princesse (de Portugal) ; que cette dernière à aussi dix ou onze ans de plus que le prince ; que c'est beaucoup que la femme soit ainsi plus âgée que le mari, parce que, à l'époque t)ù celui-ci deviendra homme, la femme aura atteint un certain nombre d'années, ce qui n'est pas un petit inconvénient ; qu'indépendamment du lien de parenté qui paraît si grand, il ne sait comment marier (le prince) avec une personne à qui on doit un respect de mère ; et quoique la princesse soit fort belle, je crois que l'infante ne laissera pas de contenter ceux qui la verront. Les causes, écrit-on, qui portent ou pourraient porter le roi à faire ce mariage sont, à ce que Ton dit, que le prince est jeune, et que la princesse est très capable ; et qu'elle pourrait l'aider à gouverner ; qu'en sa compagnie, le roi pourrait soit laisser le prince en Espagne, soit l'envoyer en Italie ou en Flandres ; et quoique ce mariage ait une certaine apparence de raison, je vous dis que le plus souvent ces unions entraînent de grands

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inconvénients auxquels on ne peut remédier que fort mal, tant en ce qui touche au gouvernement qu'en ce qui touche au contentement du prince . . • ^t que le roi est si sage qu'il comprendra tout mieux jue personne ne saurait le lui dire. Je ne veux pas traiter de ces particularités, mais lui proposer le mariage de ma petite fille et lui demander très affectueusement de tout bien regarder et bien considérer et de nous aviser de sa volonté. •

Le roi Philippe II répondit à cette dépêche, le lo mars 1552, en autorisant son ambassadeur, le comte de Luna, à dire à l'empereur qu'on n'avait pas demandé de dispense à Rome pour cette union ; que jamais cette idée n'avait occupé sa pensée. Et, le lendemain, Philippe II écrivait lui-même à l'empereur et lui disait : que le prince était retombé avec ses fièvres tierces, et que tout en l'ayant abandonné, elles l'avaient cependant laissé très faible.

Philippe II poursuivit toute cette négociation avec une duplicité incroyable. Pour son ambition et ses projets, il avait fixé les yeux sur Marie Stuart, /euve de François II, de France, et qui régnait alors en Ecosse. C'est, par cette reine, qu'il prétendait réaliser ses projets ultérieurs de domination sur l'Angleterre, et ses rêves de la monarchie universelle.

Elisabeth, sa femme, n'avait pas d'enfants, et par le mariage de don Carlos avec la reine d'Ecosse, il espérait pouvoir mettre ses plans à exécution, sans avoir recours à la force. Cette union avec Marie

Stuart était pour Philippe II, même par rapport à la France, d'une importance colossale, parce que les Guises, qui avaient tant de puissance dans le parti catholique, étaient les oncles de Marie Stuart.

En 1563, Philippe II chargea Pévêque Cuadra, son ambassadeur en Angleterre, de se mettre d'accord avec le secrétaire de Marie Stuart. C'est ce que fit cet ambassadeur, à qui le roi répondait le 15 juin 1563 : • J'ai compris le long entretien que vous avez eu avec Ledington, et ce qu'il vous a répondu sur le mariage de la reine d'Ecosse avec le prince, mon fils, et sur la manière dont vous lui avez répondu et dont vous vous êtes comporté avec lui ; ce qui m'a laissé, à moi, un grand contentement, parce que, dans cette affaire, vous avez agi très prudemment ; aussi, en voyant que, si ce mariage s'effectuait, il pourrait être le principe de remèdes qu'on apporterait aux choses de la religion dans ce royaume d'Angleterre, je suis résolu à admettre la conférence, t

Le 15 août 1563, Philippe II approuve la conduite de Cuadra, qui avait expédié un agent en Çcosse, pour qu'on lui envoyât de là un confident avec qui il pourrait traiter personnellement. L'envoyé s'entretint avec la reine d'Ecosse et avec son secrétaire Ledington. Pour se mettre d'accord avec l'évêque Cuadra, on avait préparé le départ du président du conseil, l'évêque Ross, qui tomba malade. A sa place, en envoya le secrétaire de la reine, Roulet, et, à son arrivée à Londres, il se trouva que Cuadra était mort, le 24 août. Avant d'expirer, il

avait eu la force de recevoir Luis de Paz, qui venait lui rendre ' compte de sa mission. Telle était la trempe de Tâme des hommes que Philippe II employait.

Roulet, comme Cuadra, avait commencé la négociation, sans consulter Philippe II. Il continua de traiter ce sujet, à Bruxelles, avec le célèbre cardinal Granvelle, gouverneur des Pays-Bas, qui exerçait une si grande influence sur Tesprit du roi d'Espagne, qui négocia le traité de paix de Cateau-Cambrésis et les fiançailles d'Elisabeth de Valois avec le prince don Carlos.

Le 12 octobre 1563, Philippe II écrivait au duc d'Albe pour lui demander son avis et ses conseils sur ce mariage. Le duc d'Albe lui répondit, le 2 1 du même mois : • qu'il faut avoir grandement égard à Tâge, à la personne et à l'habilité du prince, notre seigneur, pour le fruit qu'on pense retirer de cette affaire. • Et à la suite d'autres idées très logiques et fort diplomatiques, il ajoute : • Dans la fille de la reine des Romains, Votre Majesté donnera à Son Altesse une femme qu'on ne pourra dire, en aucun temps, qu'on i^e la lui a pas donnée fort convenable. •

Avant ces conseils et avec ces conseils, Philippe II avait pris une autre détermination. Marie Stuart, voyant le temps s'écouler, sans que le roi d'Espagne s'arrêtât à une décision, prépara son union avec Darnley, ce qui mit fin à toutes les combinaisons de Philippe II sur ce point.

En 1564, Maximilien, devenu empereur par la

mort de son père, dîsaît à Tambassadeur d'Espagne, le jour de sa prësentarion : t qu'il attendrait jusqu'à ce que le prince d'Espagne eût une santé meilleure, mais qu'il voulait être assuré d'ores et déjà pour ce moment, t C'est-à-dire vers la fin du mois de mars 1565.

M. de MoUy croit, sui^ce point, que Philippe II ne poussait pas l'affaire du mariage, parce que son fils était malade. En cela, il se trompe : Philippe II travaillait avec un assez grande activité, en Europe, au mariage de son fils avec Marie Stuart, union qui, nous l'avons déjà observé, se serait réalisée, si Cuadra n'était pas mort. C'était une tout autre idée qui l'occupait.

Or, le temps passait, Philippe II ne décidait rien. Don Carlos s'était rétabli ; on disait, à Vienne, que le prince désirait la princesse, quMl en avait un portrait, qu'elle lui était fort agréable. Tout cela donna lieu à ce que l'empereur Maximilien commençât à s'étonner des prétextes qu'on lui opposait pour la non réalisation du mariage.

Philippe II découvrit ce soupçon ; il envoya alors Vanegas, à Vienne, porter à la princesse Anne de magnifiques cadeaux de sa part. Mais, comme il n'envoyait pas autre chose que des cadeaux, sans la moindre parole pour donner l'assurance que le mariage se célébrerait plus tard, l'impératrice dit à Vanegas : • qu'elle redoutait les nouveautés qui pourraient s'offrir par la dilation. • L'empereur lui demanda d'effectuer le m^iage le plus prompte-

tement possible, et Timpératrice lui laissa entrevoir avec quelle ardeur elle le désirait.

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