CHAPITRE X
LE prince resta prisonnier dans son appartement, sans qu'il lui fût permis de voir, de recevoir personne, ni de correspondre avec d'autres personnes que celles qui étaient préposées à sa garde. Le 2 mars, le roi donna une instruction contresignée par Pedro del Hoyo et adressée au prince d'Eboli sur la manière dont Tlnfant devait être gardé. Dans cette instruction, il était amplement pourvu à la nourriture et au vêtement de don Carlos, et à la propreté de la chambre. Son ser\dce devait être fait par Ruy Gomez, don Francisco de Sandoval, comte de Lerme; don Francisco Manrique, frère du comte de Paredes ; don Rodrigo de Benavides, frère du comte de Santisteban, et par don Juan de Borgia, frère du duc de Gandie.
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L'historien Herrera ajoute à ces quatre gentilshommes : don Gonzalo Chacon, frère du comte de la Puebla de Montalvan, et don Rodrigo de Mendoza, frère du duc*de Tlnfantado. Cabrera dit tout le contraire ; il soutient que ces deux dernières personnes furent expressément exceptées de la faculté de pouvoir entrer dans Tappartement du prince. Il dut en être ainsi, puisque, dans la relation du narrateur italien, on parle des tendres adieux de don Carlos et de Mendoza.
Ces adieux laissent voir le cœur et la noblesse de don Carlos. Voici comment Gachard la raconte :
t Et don Rodrigo de Mendoza, mon ami, Sa Majesté me le retire aussi? • Oui, Monseigneur, répondit Ruy Gomez. Don Carlos lit venir Mendoza, et Tayant pris dans ses bras : • Don Rodrigo, lui dit-il, je regrette de ne vous avoir pas témoigné, par des actes, l'affection que je vous porte et que j'aurai toujours pour vous. Plaise à Dieu que je sois un jour en situation de vous en donner des marques. • Alors, le* yeux remplis de larmes, il Tétreignit de façon qu'on eut beaucoup de peine à l'en séparer. Il n'y avait que peu de mois que don Rodrigo de Mendoza était attaché à sa personne ; mais il avait reconnu dans ce jeune gentilhomme de la noblesse d'âme et de la courtoisie, une intelligence élevée, et il avait conçu une vive estime pour lui.
Dans le même temps qu'il reléguait son fils en une tour du palais, Philippe II licenciait sa maison et disposait des chevaux de son écurie. Une partie
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de ses officiers, ses gentilshommes de bouche, notamment, ainsi que Martin de Gaztelù, son secrétaire, passèrent au service du roi (i).
L'entrée de la chambre était aussi permise à l'officier chargé de veiller sur la chambre du prince, et qu'on nomme, en Espagne, par les mots : Montero de Espinosa, et du service ordinaire ; elle était également permise, dans les moments nécessaires, au médecin et au barbier.
L'instruction prescrivait que le duc de Lerme dormirait dans la chambre, que, s'il y avait quelque empêchement, ce serait un autre des gentilshommes nommés; que l'un d'eux veillerait constamment durant la nuit, et deux pendant le jour, de manière que si l'un avait à sortir pour un motif quelconque, il en restât un autre pour servir et entretenir le prince.
Ce dernier ne pouvait sortir de la pièce désignée, ni y apporter le moindre changement. La porte devait être toujours poussée, mais jamais fermée. Les gentilshommes ne devaient pas porter d'épée, ni avoir d'autres armes, par le respect dû au prince.
Dans la pièce précédant l'antichambre, il devait y avoir constamment six officiers de service; ils devaient, durant la nuit, occuper la place désignée, et, en outre, celle que leur indiquerait Ruy Gomez.
Dans le tambour de la porte donnant sur la cour, devaient se tenir, en sentinelle, deux hallebardiers
(i) Gachard, Don Carlos et Philippe II, p. 451.
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qui devaient seulement laisser passer ceux qui présenteraient un ordre de Ruy Gomez. Hors dudit tambour, il devait y avoir constamment une garde de dix hallebardiers, deux encore dans l'appartement de Ruy Gomez, et deux autres dans sa chambre à coucher.
Chacun des gentilshommes nommés pour garder le prince ne pouvait avoir qu'un serviteur inspirant toute confiance et assermenté, sous l'inspection immédiate de Ruy Gomez ; il donnait, en outre, à celui-ci, la faculté de prendre toutes les dispositions et précautions qu'il croirait convenables ; les gentilshommes et les officiers de service devaient le consulter en tout et pour tout.
Don Carlos devait être obéi dans tout ce qu'il commanderait, excepté pour recevoir des billets ou en porter hors de sa chambre, sans autorisation de Sa Majesté. Il ne pouvait non plus recevoir des visites, ni des lettres; on ne devait pas répondre à ses questions.
Dans l'appartement, on ne pouvait parler à voix basse; ceux qui étaient tous présents devaient entendre ce qu'on y disait, mais sans le révéler à personne, excepté au Roi.
Tous les jours, une messe serait dite dans l'oratoire du prince, par les aumôniers que le Roi désignerait. Don Carlos devait l'entendre de sa chambre, assisté de deux gentilshommes au moins.
On procurerait des rosaires, des bréviaires et des livres religieux, mais pas d'autres. Les officiers de
bouche lui serviraient le repas, découpé dans Tantichambre, d'où ils le passeraient aux gentilshommes pour le donner au prince.
Cette longue et minutieuse instruction fut transmise par Pedro de Hoyo aux gentilshommes nommés, qui promirent et jurèrent de la remplir en tous points. On en fit également la lecture et notification aux officiers Bartolome Negrete, Pedro Sali* nas, Evangelista Marahon, Sancho de Angulo, Hernando Ortiz, Diego Zorilla, Juan Sarabia de Mercado et Juan Corral, qui prêtèrent aussi serment de Tobserver.