‹ Philippe le BelChapitre 113 sur 242 · LIVRE TROISIÈME. CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME. CHAPITRE II

l'un par l'autre les deux pouvoirs rivaux, et de confier aux sénéchaux et aux inquisiteurs le soin de concourir simultanément aux exécutions des sentences de l'fnquisition. Il défendit en même temps aux exécuteurs de ces sentences d'obéir séparément à Tune ou à l'autre de ces autorités. Il voulut enfin que, dans toute circonstance où il y aurait lieu de sévir en matière d'hérésie, cela ne pût se faire qu'avec la concurrence d'un représentant de l'Inquisition et d'un représentant du pouvoir séculier, parce que, dit-il, avec un certain sentiment d'humanité dont il était quelquefois capable, < nous ne saurions souffrir que « la vie et la mort de nos sujets dépendent de la vot lonté et du caprice d'un seul homme, peut-être peu t instruit et aveuglé par la passion *. » Deux commissaires furent désignés pour procéder à une information sur la conduite tenue par les inquisiteurs dans l'Albigeois. L'arrivée de ces commissaires donna lieu à des manifestations de reconnaissance pour l'autorité royale, mais aussi à une recrudescence de récriminations violentes contre les juridictions ecclésiastiques.

L'évêque d'Albi, qui, on le sait, avait déployé un zèle excessif dans la répression des hérésies, fut l'objet d'attaques et môme de voies de fait auxquelles il ne répondit que par un calme admirable. Tandis que la multitude furieuse vomissait contre lui des outrages de toute sorte et des menaces de mort, il la traversait tête levée, gravement, lentement, et donnant sa bénédiction à ceux qui se pressaient pour lui barrer le chemin. Les inquisiteurs furent obligés de fuir, et le

* Vaissète, t. IV, Preuves, col. 118.

poavoir de l'Inquisition fut momentanément suspendu.

Au contraire, les délégués du pouvoir royal furent l'objet des ovations de la Toule, qui ne trouva rien de mieux, pour leur témoigner sa reconnaissance, que de substituer leurs images à celles de saint Dominique et de saint Pierre, qui figuraient à la porte principale du couvent des dominicains.

C'était pour Philippe le Bel le moment favorable de réconcilier avec le nord les habitants du midi de la France, qui, fatigués des rigueurs auxquelles ils avaient été soumis, soit par le pouvoir spirituel représenté par l'Inquisition, soit par le pouvoir temporel représenté par les exactions royales, commençaient à regretter le gouvernement libéral de leurs comtes et à rêver une indépendance malheureusement incompatible avec l'unité française. Philippe le Bel comprit qu'il ne devait laisser à aucun de ses sujets le soin de ramener à lui des populations un instant aveuglées : il se rendit en personne dans les principales villes du Languedoc, où il accorda des grâces, des privilèges, des faveurs de toute nature. Il adressa au peuple des paroles de bienveillance et d'encouragement. Il déclara qu'il n'était venu que pour améliorer le sort de chacun, rétablir la paix cruellement troublée et punir l'Inquisition des excès qu'elle avait commis. Enfin, il fit publier un décret frappant de peines beaucoup moins sévères que les précédentes les individus reconnus coupables de crimes contre la religion et la foi. Il fut encore, dans cette circonstance, secondé par le saint-siège, alors occupé par le pape Clément V. A la suite des plaintes réitérées des habitants d'AIbi contre les rigueurs de l'Inquisition,

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