LES AFFRANCHISSEMENTS
Si nous n'avions à étudier le règne et le caractère de Philippe le Bel qu'au point de vue des luttes qu'il crut devoir soutenir contre l'Église et contre la papauté, il nous faudrait renoncer à trouver, dans la personne de ce prince^ un seul côté sympathique. Tout, en effet, dans les hostilités et dans les rigueurs qu'il déploya contre Tautorité la plus respectable du monde, tend à faire considérer ce petit-fils de saint Louis comme un de ces despotes que leurs sujets encensent quelquefois, mais que l'histoire flétrira toujours. Heureusement, nous n'aurons plus qu'accidentellement à revenir sur ces tableaux sinistres, dont celui du supplice des Templiers est venu si tristement couronner la longue énumération. Si Philippe le Bel a trop souvent montré qu'il ne reculait devant aucun
obstacle pour atteindre le bat auquel son absolutisme le faisait sans cesse aspirer, il a prouvé, de lemps en temps, qu'au fond de son coeur il y avait encore place pour quelques sentiments de justice et d'hamanité. Pour rester dans la vérité historique, il faat sans doute admettre, en même temps, que la plupart des actes dont on peut lui faire honneur lui ont été inspirés par un intérêt personnel ou gouvernemental ; que ce qu'il a fait, par exemple, pour élever les uns n'avait d'autre but que d'abaisser les autres, et qu'en améliorant comme il l'a fait le sort des classes déshéritées, il n'a réellement songé qu'à s'en faire de puissants appuis dans ses luttes à outrance contre les nobles et les grands. Mais, en se bornant à constater les bons résultats de certaines mesures par lui prises en faveur de malheureux qui, sans lui, auraient longtemps encore peut-être langui dans l'attente d'un meilleur sort, on ne peut nier l'influence considérable de ce prince sur le développement et les progrès de notre société.
Pour se convaincre de cette influence, il suffit de remonter les siècles et de comparer seulement ce qu'était la condition des classes inférieures, d'abord après la chute de l'empire romain, puis pendant les trois siècles de la féodalité, avec ce que devint cette condition, lorsque le pouvoir royal commença à s'élever sur les ruines du régime des fiefs et surtout à dominer, comme l'a su faire Philippe le Bel, toutes les puissances qui lui portaient ombrage. Sans doute, on n'est pas immédiatement arrivé à ce grand résultat du mélange des races et de l'égalité des personnes, qui est le principal caractère de la société moderne; sans doute, avant de voir cette grande unité du peuple