‹ Philippe le BelChapitre 166 sur 242 · LIVRE QUATRIÈME. CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME. CHAPITRE III

Il s'agissait d'abord de donner à celte assemblée connaissance d'un récent arrêt du parlement, qui avait déclaré confisqués, au profit du domaine royal, les biens du comte de Flandre, contre lequel Philippe était obligé de continuer la guerre; ensuite, de solliciter des représentants du royaume les subsides nécessaires pour les frais de cette guerre nouvelle, et pour la réalisation du mariage projeté entre le fils du roi d'Angleterre et la fille du roi de France. En présence des nobles et des prélats, siégeant sur une vaste estrade, et de quelques députés des bonnes villes, spécialement convoqués, la séance s'ouvrit par un discours du surintendant des finances, Enguerrand de Marigny. qui fit immédiatement appel au dévouement des fidèles sujets du roi et mit en relief, pour motiver cet appel contre lequel on avait déjà sourdement protesté, les actes de déloyauté et de félonie commis par les comtes de Flandre depuis Philippe-Auguste jusqu'à Philippe le Bel, la nécessité de pourvoir aux guerres provoquées par ces trahisons, et enfin les avantages qui résulteraient pour la France, d'une union prochaine entre la fille du roi et l'héritier présomptif du trône d'Angleterre. Il fit, en terminant, appel direct aux représentants des bonnes villes, et les mit en demeure de déclarer s'ils étaient prêts à venir en aide à leur prince dans des circonstances si solennelles. Alors un agent du roi se leva, comme délégué de la bourgeoisie, et, portant la parole au nom de ceux dont il se prétendait mandataire, déclara solennellement que les bourgeois de?; villes étaient prêts à venir en aide au souverain, autant qu'ils le pourraient, et, au besoin même, à marcher à l'ennemi pour punir les traîtres et les félons.

La réponse au discours du surintendant des finances était digne du discours lui-même; mais elle n'était malheureusement pas l'expression des sentiments de ceux au nom de qui elle avait été faite. Les députés du tiers-état ne s'unirent que d'une manière passive au vote des deux premiers ordres, ou plutôt ils ne Yotèrent réellement pas, et l'on se contenta de la déclaration faite en leur nom par l'oiBcier du roi, qui avait reçu d'avance sur ce point les instructions de son souverain. L'empressement du tiers-état à voter les subsides qu'on lui demandait fui tellement fictif en cette circonstance, que,4)eu de temps après la réunion du 1"' août 1314, lorsqu'il s'est agi de lever les tailles imposées à la suite de cette réunion, des insurrections formidables éclatèrent dans toutes les provinces, et les bourgeois des villes en étaient les chefs principaux.

Quelques mois après cette troisième convocation d'états généraux, Philippe le Bel mourut et emporta dans la tombe, avec la charge de bien des fautes insuffisamment expiées, l'honneur d'avoir compris, le premier, la nécessité de poser au moins le principe de l'émancipation politique de la classe la plus nombreuse et, par conséquent, la plus capable de soutenir, à un moment donné, le prince qui aurait l'habileté de lui demander son appui. Sans doute, cette émancipation politique du tiers-état n'était encore qu'à sa naissance, au moment où nous venons de la rencontrer; sans doute ceux qui devaient en profiter ne comprenaient encore que d'une manière incomplète et les devoirs qu'ils avaient à remplir et les droits qu'ils pouvaient revendiquer; sans doute, le roi qui venait de leur donner, en quelque sorte, un rang dans l'Étal et un rôle dans le gouvernement, n'eut recours que dans

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