‹ Philippe le BelChapitre 241 sur 242 · LIVRE SIXIÈME. CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME. CHAPITRE II

Nous croyons pouvoir ajouter, sans crainte de blesser aucune susceptilité politique, que pendant les siècles qui virent briller ce nom sur le trône de France, il ne lui manqua aucune gloire, ni celle du triomphe, ni celle du martyre.

L'année suivante, le 31 janvier, Charles le Bel mourut à Tâge de trente-quatre ans, après six ans de règne, sans laisser d'héritiers directs. Alors s'éleva pour la seconde fois la question de succession entre les deux seuls prétendants possibles, Philippe de Valois, cousin germain des trois derniers rois, et le roi d'Angleterre, Edouard, fils d'Isabelle, leur sœur. Il y avait un précédent en faveur de Philippe, par l'admission du principe de la loi salique qui, excluant les femmes de la succession au trône, excluait par le même motif Edouard, dont le droit ne pouvait exister que du chef de sa mère.

Mais il y eut un motif plus grave et plus véritablement national , qui fit préférer Philippe; c'est la répulsion que tout français dut éprouver alors, comme il l'éprouverait dans tous les temps, pour un prince étranger venant s'asseoir sur le trône de France et imposant ses lois à tout un peuple si justement fier de sa nationalité.

Par l'avènement d'une branche collatérale, la race de Philippe le Bel était éteinte. Les trois filsde ce roi, qui eut tant d'influence sur nos destinées, étaient morts l'un après l'autre dans la force de l'âge, sans avoir laissé après eux un descendant direct capable de leur succéder. La Providence intervint-elle en cette occasion pour punir les fils des fautes de leur père?

La malédiction de Boniface YIII a-t-elle produit

complètement son effet? L'ajournement de Jacques de Molay s'est-il pleinement réalisé? 11 faut croire qu'en ce temps comme dans le nôtre, les fautes des souverains ne restaient pas impunies, et que celles de Philippe IV n'ont pas été étrangères aux malheurs de la France, pendant les nombreuses années qui ont suivi la mort de ce roi. Cependant ne soyons -pas envers lui d'une rigueur qui pourrait aller jusqu'à l'injustice. N'oublions pas le bien qu'il a fait, en nous souvenant trop des fautes qu'il a commises. S'il fut despote dans toute la force de l'expression, il avait peut-être quelque raison de ne pas se montrer aussi libéral que l'ont été quelques-uns de ses successeurs.

Bien que le despotisme soit toujours odieux en principe, peut-être est-il descas où il est au moins excusable, et peut-être Philippe le Bel s'est-il trouvé en face d'une situation exigeant de sa part la conduite qu'il a tenue. L'époque à laquelle il est monté sur le trône était une époque de transition et de lutte. D'un côté, c'était l'ancien régime qu'il fallait abattre; de l'autre, c'était une ère nouvelle qu'il fallait inaugurer.

Placé entre le moyeu âge qui touchait à son terme et le monde moderne dont il annonçait la venue, il fallait qu'il se montrât impitoyable contre le passé, en même temps que ferme et résolu dans la préparation de l'avenir. Obligé de détruire pour réédifier, il dut nécessairement froisser bien des existences, blesser bien des intérêts. Mais c'est le sort de ceux qui, comme lui, ont une mission, en quelque sorte, révolutionnaire, c'est-à-dire une mission de réforme et de réorganisation < Si ses contemporains ont souffert

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