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MARIO ROQUES MÉTHODES ÉTYMOLOGIQUES

liechercher l'étymologie d'un mot, c'est, nous dit M. Thomas, déterminer la forme primordiale qui explique « les formes successives ou coexistantes sous lesquelles ce mot se présente à toutes les époques et dans toutes les variétés de la langue à laquelle il appartient», puis «retrouver dans une autre langue, antérieure ou voisine, le point d'attache de cette forme primordiale^)». Pour mener à bien cette recherche, « la seule méthode qui convienne est la méthode historique » ; il faut « étudier comparativement et contradictoirement la succession historique des faits, des sons, des idées ^) ^k En d'autres termes, il nous faut connaître l'histoire, qui nous renseignera sur les sources possibles de notre vocabulaire, — les lois suivant lesquelles les sons, éléments du mot, se sont modifiés au cours des siècles dans le domaine auquel ce mot appartient, — les habitudes

^) Nouveaux essais de philologie française, p. 3, -) Ibid., p. 11.

suivant lesquelles le sens premier des mots s'altère, et les altérations que la forme a pu subir sous l'influence du sens.

Ce dénombrement laisse de côté l'activité propre à chaque langue, avec ses divers aspects, création de mots nouveaux par dérivation ou composition d'éléments anciens, création (ou modification) spontanée. L'on ne saurait négliger pourtant cette activité sans s'exposer à reconstituer dans des langues anciennes ou étrangères, comme ancêtres de nos formes françaises, des types qu'elles n'ont jamais possédés. Il n'y a pas à insister sur la composition et la dérivation, mais je regrette que M. Thomas n'ait pas fait une place aux créations spontanées, aux onomatopées. De tout temps on a créé, — ou recréé, ou remodelé, — et étendu par métaphore des formes imitatives, dont il serait vain d'aller chercher le point d'attache dans une langue antérieure ou voisine. Ces créations sont particulièrement fréquentes dans les noms d'animaux, — et nous en voyons naître ou renaître tous les jours, surtout dans le langage des enfants, — mais aussi dans d'autres domaines ; pour n'en citer qu'un exemple, nous avons assisté à la naissance de teuf-teuf, qui, souvent réduit à la forme plus légère teiif, a modifié son sens à la suite des progrès industriels et paraît doué, au moins dans quelques groupes sociaux, d'une force vitale assez intense.

La première tâche de l'étymologiste consistera à suivre dans la tradition écrite l'histoire du mot dont il recherche l'origine, à remonter de docu-

ment en document jusqu'à la forme la plus anciennement attestée; son travail pourra trouver là son terme, s'il lui arrive d'assister à l'introduction du mot dans la langue ; c'est une bonne fortune qui n'est pas rare pour un historien aussi avisé que M. Thomas. D'après nos dictionnaires, esclavage sert ou a servi à désigner un monopole commercial ; en remontant de proche en proche, de Littré au Dictionnaire du commerce de Savary des Bruslons (1723), de là à un mémoire de Colbert (1651), puis à un document de 1564, M. Thomas a constaté que, dans cet emploi, esclavage désignait un impôt supporté par nos nationaux commerçant en Angleterre et n'était qu'une forme altérée d'un plus ancien scavage, et ce dernier le nom même donné en anglais (archaïque) à cet impôt.

Cette recherche de la forme la plus ancienne n'est pas toujours possible faute de documents, surtout pour les mots dialectaux et les termes de métier. Quand elle est possible, elle est toujours utile, car elle dégage le problème étymologique de difficultés accessoires et des causes d'erreur provenant de modifications récentes ; mais le plus souvent eUe n'a pas d'autre résultat que de diminuer la distance entre le mot étudié et sa source, elle ne nous mène pas à celle-ci. Pour atteindre cette source, une deuxième étape est nécessaire: l'étude phonétique du mot nous montrera la direction à prendre. L'application scrupuleuse des lois phonétiques déjà établies nous permettra de déterminer pour chaque son les origines possibles,

et pour l'ensemble du mot la combinaison ou les combinaisons originelles possibles. Il ne nous restera plus comme troisième tâche qu'à retrouver, dans le trésor des vocabulaires où le nôtre a pu puiser, la forme phonétiquement correspondante et de sens analogue. Si cette analyse des sons nous laisse dans l'incertitude, nous aurons la ressource, — dont il est prudent d'user en tous les cas, — de comparer au mot étudié les mots équivalents des dialectes voisins : pour ces formes diverses, la série des formes originelles possibles ne sera pas identique, notre choix sera limité au possible commun. Ainsi ser. dans l'Ariège, cer en Normandie, désignent un « paquet de chanvre ou de lin non roui » : le son initial peut représenter dans un état plus ancien c ou 6*; mais le normand dit aussi cher, le picard a le dérivé chérion : ch ne peut ici provenir que de c; l'e de toutes ces formes peut être le représentant d'un e ou d'un i bref entravés : cela nous permet de remonter à une forme cerr- ou cirr- , et nous retrouverons cette combinaison dans le latin cirrus . . .

Quant aux rapprochements proposés par M. Thomas entre les formes romanes et ces formes originelles connues ou retrouvées, on est bien rarement tenté de s'inscrire en faux contre eux, tant ils sont d'ordinaire satisfaisants pour la forme et acceptables pour le sens.

Nous touchons là au point délicat de la méthode, les rapports de l'étude de la forme et de l'étude du sens dans la recherche étymologique.

M. Thomas a, à diverses reprises, affirmé son intransigeance sur ce principe : la sémantique doi être subordonnée à la phonétique ; les modifications phoniques obéissent à des lois certaines, dont la stricte application permet de passer du connu à l'inconnu ; il n'y a pas de lois sémantiques ; l'on peut expliquer des évolutions de sens constatées, mais non les reconstituer, si l'on n'a qu'un des extrêmes ; on ne doit pas négliger la sémantique, mais elle ne saurait être un guide sûr ; c'est la phonétique qui trace la route de l'étymologiste, la sémantique vient lui confirmer qu'il est dans le bon chemin^). De fait, s'il doit se résoudre à sacrifier l'une à l'autre, c'est d'ordinaire la sémantique que M. Thomas laisse au second plan. Ainsi la phonétique seule permet de lirer cer de cirrus; la sémantique n'y contredit pas nettement, mais ce n'est pas elle qui a conduit et elle ne pouvait pas conduire à cette conclusion, car de « toufTe de cheveux » , sens propre de cirrus, à « botte de chanvre » le chemin n'est pas direct. M. Thomas ne s'en préoccupe au reste pas beaucoup : entre ces deux sens extrêmes celui de « filasse » a pu servir d'intermédiaire, et cela suffit . . .

Les étymologies de M. Thomas paraissent d'autre part satisfaisantes pour le sens, comme pour la forme. Cependant, si l'histoire des sons y apparaît clairement, car elle en est la raison d'être, l'histoire des significations n'y est qu'ébau-

^) Mélanges, préface ; Nouveaux Essais, p. ^28.

chée et cette lacune déçoit, inquiète parfois'): il ne s'agit plus ici du principe de la recherche, mais de la conclusion ; ne devrait-elle pas porter également sur tous les points, sous peine d'être boiteuse? . . .

Une étymologie, dit M. Schuchardt, est l'histoire sommaire d'un mot, de sa forme, mais aussi de son sens, de ses emplois et de son extension. L'on ne peut isoler la forme du sens et l'on ne saurait étudier l'une sans l'autre. S'en tenir aux faits phonétiques, c'est réduire l'étymologie à un travail mécanique et vain, quelque ingéniosité qu'on y apporte. A quoi peut servir par exemple de reconstituer un type phonétique latin où Ton voudra voir la seule origine possible d'un mot français, quand nous ignorons d'où peut venir ce mot, par quelle voie il est passé, à quels accidents il a été exposé en chemin?

La sécurité qu'on croit trouver dans le principe de la rigueur des lois phonétiques est illusoire : ces lois empiriques sont notre œuvre, le résultat de nos constatations, de nos combinaisons premières ; il faut en faire toujours état dans nos recherches, mais nous ne devons pas oublier qu'elles ne sont ni complètes, ni parfaites, ni surtout supérieures aux faits ; et si cette notion de lois nécessaires signifie seulement qu'il n'y a pas, dans les transformations phoniques, de hasard, d'effet sans cause, on parlera aussi légitimement de lois en sémantique, car là non plus il n'y a pas de caprice. Au reste, on s'accorde

^) Cf. art. haien, feuillure, laus.

pour reconnaître des cas d'infraction, d'entrave, etc., d'exceptions en un mot aux lois phonétiques, et ceux-là même qui prêchent la stricte observance acceptent des rapprochements qui, d'après leurs lois, ne seraient pas irréprochables.

Appliquons ces lois : nous constaterons qu'une forme peut être l'aboutissant de plusieurs développements réguliers (et, en outre, nous pouvons ignorer des types anciens qui auraient abouti au même résultat par d'autres développements aussi parfaits). Il nous faudra choisir. Mais souvent notre arbitraire aura dû s'exercer déjà dans la détermination de ces possibles phonétiques : car nos lois, fondées sur les identifications les plus évidentes, n'expriment que des rapports assez simples, ne s'appliquent qu'à des groupes de sons élémentaires ; un mot est une combinaison phonique complexe, souvent rare, parfois unique en son genre; pour l'expliquer, nous devrons combiner des lois s'appliquant à des éléments plus simples. D'après quelle loi plus générale feronsnous cette combinaison? Quelle est la loi qui nous permettra d'expliquer analytiquement, son à son, le morvandeau guiérâme et d'y retrouver les deux métathèses '^clemare, "^^ cremMe, que M. Thomas a supposées pour remonter à cremascuhmi ?

Que l'analyse phonique soit possible et ses résultats non équivoques, l'application stricte des lois phonétiques reposera encore sur un double postulat. Ces lois valent pour tous les sons placés dans les mêmes conditions, sous réserve de mo-

difîcations accidentelles diverses, qu'on appellera, si l'on veut, analogiques. Toute utilisation de ces lois suppose donc et l'identité des conditions et l'absence d'accidents. L'identité des conditions n'existe pour les sons que dans les mots homonymes ; dans tous les autres cas, il n'y a que ressemblance et non identité, et une différence minime peut entraîner des développements phonétiques très divers ; mais, pour les mots euxmêmes, peut-on supposer l'identité des conditions? Tel mot est très employé et celui-ci fort rare, tel groupe social use de celui-là, qui est presque inconnu aux autres. Notons que, d'une période à l'autre, les rapports de ces mots peuvent changer : tel est aujourd'hui de la langue commune qui fut jadis un terme de métier ; tel autre, relégué dans quelque argot, fut autrefois d'un emploi général. Bien d'autres différences de conditions encore sont possibles^). Nous devons en conclure qu'il y a, à côté de la masse des mots placés dans les conditions les plus communes, des mots à développement isolé ou sporadique, irréguliers en ceci seulement qu'ils ne se laissent pas ramener aux lois moyennes. Quant aux accidents, le mécanisme linguistique est si complexe, si délicat, que les possibilités en sont infinies; que des croisements de mots aient pu, du latin au français, troubler les développements phonétiques, on ne le nie pas, mais là encore on veut ne

^) Cf. sur cette question des réflexions sommaires, mais lumineuses, de M. Thurneysen, Die Etymologie, Freiburg-i.-B., 1905.

voir que des faits accessoires. De quel droit cependant considérer a priori le mot dont on recherche l'orisjine comme étant le résultat d'un développement simple?

Si donc la recherche phonétique est nésessaire, elle ne saurait sutïire ; mais à ses incertitudes il y a des remèdes, et en première ligne l'étude du sens, accompagnant sur le même plan Félude de la forme. Elle ne nous permettra pas seulement de choisir entre les divers possibles phonétiques et d'expliquer les combinaisons complexes qui échappaient à notre analyse, elle suppléera à l'insutfisance de la phonétique devant les développements irrégulierS; elle nous mettra sur la trace des causes mêmes de ces irrégularités en nous indiquant les diverses possibilités d'emploi et d'extension d'un mot, elle nous montrera enfin quelles contaminations le sens de ce mot a pu l'amener à subir. Nous déterminerons les divers développements sémantiques possibles, comme les développements phonétiques et en même temps que ceux-ci ; la coïncidence de deux possibles sémanti(|ue et phonétique nous donnera la vérité que l'un n'atteindrait pas sûrement sans l'autre.

Pour chaque mot un nouveau travail s'impose donc : établir et préciser l'ensemble, « la masse >' des sens; cette précision, il serait inutile de la demander à des dictionnaires d'usage, souvent même à des recueils techniques : le plus sûr est de se reporter à l'objet dont nous étudions le nom et d'en examiner directement l'aspect et l'usage. Si les mots nous trompent, en etfet, les

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choses ne devraient pas nous tromper. Mais nous pouvons nous tromper sur leur compte : l'impression que nous recevrons d'un objet coïncide-t-elle avec celle qu'en avaient les créateurs du nom? Les moyens de contrôle ne nous feront pas défaut : nous pourrons confirmer ou rectifier notre impression par comparaison avec beaucoup d'autres, en examinant dans d'autres dialectes, d'autres langues, d'autres familles linguistiques, les dénominations de l'objet étudié. Si la « masse sémantique » ainsi constituée ne suffisait pas à rendre clair le développement de sens que nous voulons établir, elle pourrait utilement s'accroître de tous les mots de sens, non plus identique, mais analogue, dans les divers parlers.

Il est également nécessaire de constituer une « masse » des formes. Un mot est rarement isolé dans une langue : pour la forme, comme pour le sens, il a des proches et des aUiés, que l'on n'a pas le droit de négliger. Veut-on l'étymologie de caillou? on ne peut séparer ce mot de ses proches, chail, cayeu, etc. ; et, sauf à démontrer que ces mots sont historiquement indépendants, qu'il n'y a entre eux ni communauté d'origine, ni relation accidentelle, toute solution possible pour un seul risquerait d'être ruinée par les conclusions où mèneront les autres.

Dès lors la recherche étymologique doit prendre une orientation nouvelle, ne plus s'exercer sur un mot isolé dont nous chercherons de proche en proche la parenté ou d'un seul coup les origines lointaines, mais sur des groupes sémantiques et

phonétiques dont il nous faudra étudier globalement l'histoire ; c'est moins encore des mots que doit partir la recherche, que des objets, des notions, dont il faut examiner d'ensemble les dénominations ou les expressions dans certaines limites d'espace et de temps.

La conception de M. Schuchardt ne tend pas à modifier seulement les habitudes étymologiques, mais presque tout le travail linguistique, car cette méthode nouvelle demande des outils nouveaux : des vocabulaires d'abord, complets et précis, et pour tous les parlers, surtout des vocabulaires techniques, descriptifs ; une description ne valant jamais une représentation, il les faudra illustrés. Cela ne suffira pas encore. Le langage est un fait social (on l'oublie trop volontiers), et la linguistique est inséparable de l'histoire de la civilisation : c'est souvent dans des musées ethnographiques qu'elle trouvera des éclaircissements aux difficultés du vocabulaire ; ayons des musées régionaux, éléments du grand « musée roman » qui nous donnerait la clef de tant de problèmes de l'étymologie romane. Nous voulons réunir les diverses expressions d'une même notion à travers la Romania; des atlas linguistiques conçus comme celui de Gilliéron et Edmont, avec une carte pour chaque notion, nous les donneront^), et si les

^) Il me semble que les atlas linguistiques donneront autre chose encore : la possibilité d'une chronologie relative des mots et des formes sortira, je crois, d'une étude de leur répartition géographique; ci", là-dessus, et sur la nécessité de rendre compte de la répartition géographique

noms pouvaient y être accompagnés de figures, l'usage en serait plus fécond encore ; pour chaque métier, pour chaque aspect de l'activité humaine, des études d'onomastique grouperont les mots de sens analogues ou d'emplois voisins, par région d'abord ; puis, étendues à des groupes de parlers toujours plus larges, elles constitueront peu à peu les tables de synonymes qui nous sont nécessaires.

C'est un champ immense ouvert à l'enquête linguistique, et il faut souhaiter que l'appel de M. Schuchardt soit entendu de ceux même qui ne croiraient pas à toutes les promesses de sa méthode. Celle-ci me paraît d'ailleurs nécessaire comme méthode de solution définitive : l'étymologie d'un mot ne pourra être considérée comme décisive qu'autant qu'elle tiendra et rendra compte du développement de sens, des modifications de forme, des variations d'emploi et, j'ajouterai, de la répartition territoriale, et cela en accord avec ce que nous savons des procès phonétiques, sémantiques et sociaux apparentés. Je crois encore que cette méthode doit être la méthode de recherche dans les cas nombreux où nous ne pouvons pas, à travers les textes, suivre pas à pas les modifications de forme et de sens et constater des identités entre les mots romans et les types antérieurs, pour les termes techniques en parti-

des mots, Gilliéron et Mongin, Étude de géographie linguistique ■■ « Scier > dans la Gaule romane du Sud et de l'Est, Paris, Champion. 1905.

culier, plus exposés aux développements isolés et qui fréquemment doivent leur sens à des métaphores délicates à retrouver.

Faut-il donc renoncer à tout autre travail étymolo.^ique? On ne saurait arguer contre la méthode de M. Schuchardt de l'impuissance où nous sommes souvent de l'appliquer en l'ahsence des instruments nécessaires, ni des dangers de groupement arbitraire qu'elle pcîut présenter en des mains moins expertes que les siennes. Mais il n'est sans doute pas indispensable de faire appel à ce grand appareil de comparaisons dans des cas où une quasi-identité sémantique jointe à une quasi-identité phonétique impose le rapprochement de deux formes, par exemple pour rattacher le lyonnais écoisson « battage de grains » à exciissionem, comme le fait M. Thomas, et il V a encore à déterminer nombre de rapports de ce genre.

Mais il y a plus. La large et vivante recherche étymologique, telle que la conçoit M. Schuchardt, comporte, si l'on veut qu'elle aboutisse à des résultats certains, un menu travail de critique et de classement qui reste applicable à des groupes de mots restreints.

On se propose de grouper les mots analogues : il est cependant inutile de mêler mots anciens et créations ou emprunts récents, il serait fâcheux de se tenir à la forme moderne, si nous pouvons atteindre un état antérieur, et il est utile de faire l'histoire des mots dans la tradition écrite. — Les

possibles sémantiques seront combinés avec les possibles phonétiques; mais, pour déterminer sûrement ceux-ci, pour mettre des chaînes à notre fantaisie, pour nous avertir de rechercher si nous ne sommes pas en présence de contaminations ou de développements isolés, nous devons faire usage des lois phonétiques et d'abord travailler à les établir par un minutieux examen de petits groupes de mots. — Pour constituer des familles de formes, il est également légitime de commencer par des groupes dialectaux peu étendus. — Enfin, pour l'étude des sens, les meilleurs dictionnaires et l'examen même de l'objet ne rendront pas inutile une histoire critique de chaque forme. M. Schuchardt, rapprochant le français caillou du picard cailleu, de même sens, et du normand cayeii, qui signifie « moule », en tirait argument pour établir que le caillou doit son nom à la moule, parce qu'il a éveillé l'idée d'une moule fausse, morte ou pétrifiée. Vérification faite, on constate, par l'étude phonétique des variantes dialectales de cayeu et par l'examen d'un texte du XV® siècle, que le normand cayeu n'a avec caillou aucun rapport de forme, de sens ni d'origine : c'est simplement le nom du port de Cayeux (Somme) passé au produit qui en venait. La con.statation est de M. Thomas^), et cette recherche sur un mot isolé valait d'être faite, si elle nous empêche de fonder une vaste construction sur un sol incertain.

^) Romania, XXXIV, 287 sq.

S'il y a donc, entre M. SeluK'liardt et M. Ttionias, opposition de principes étymologiques, il n'en est pas moins nécessaire que, dans le détail du travail étymologique, leurs méthodes se rencontrent et se confondent souvent.

(Journal des Savants, 1905, p. 420 ss.)

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