Théorie de l'évolution et théorie de la connaissance
Les traits essentiels qu'il avait trouvés dans l'évolution de la vie intellectuelle, Ardigô les retrouve dans toute l'évolution naturelle. L'évolution de la pensée est pour lui l'exemple d'une loi du monde. Dans l'ouvrage qui a pour titre La formazione naturale nel fatto del sistema solare (1877), il développe amplement cette loi par l'analyse de l'hypothèse bien connue de Kant et de Laplace, qu'il regarde comme le modèle d'une explication scientifique. A vrai dire cet ouvrage ne devait être qu'un chapitre particulier de l'œuvre qu'il avait formé le projet d'écrire sur l'évolution des représentations humaines.
Suivant l'hypothèse en question, l'état actuel du système solaire provient d'un processus de dissociation (distinzione), des parties plus petites ou des ensembles moindres s'étant formés dans la grande masse indistincte. Mais la totalité première n'a pas été supprimée de ce fait; la totalité — l'indistinct (Vindistinto) — continue encore d'exister, et ce n'est que grâce à ce fait que nous pouvons comprendre comment il peut y avoir une
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influence réciproque entre les parties séparées (les corps célestes) : aujourd'hui, comme avant leur séparation, ils font partie d'un même tout. La persistance de l'indistinction est la raison de la solidarité. — Si Ton demande comment des diversités ont pu sortir de l'indistinct, Ardigb répond qu'elles se trouvaient déjà contenues dans l'état initial en tant que possibilités ou à l'état latent (forza latente o virtuale) ; la forme spéciale n'aurait été atteinte que par un lent développement. Et il avoue que cette explication n'est qu'une conclusion tirée de l'expérience. Nous ne pouvons pas savoir à l'avance quelles formes spéciales ni quelles parties spéciales se développeront ou sortiront de l'état de confusion initiale ; il n'y a que l'observation et les expériences qui puissent le montrer. Ni les mathématiques, ni la métaphysique n'ont le pouvoir dç construire la nature. Et la raison en est que la totalité indistincte ne se spécialise pas « d'elle-même », mais a besoin de conditions externes que nous ne pouvons pas prévoir, et par conséquent « contingentes », pour recevoir ses formes et ses parties spéciales. Mais ce qui se développe ainsi peu à peu n'est pourtant que l'équivalent de ce qui se trouvait déjà coexister dans l'état indistinct. Le travail accompli par les causes antérieures est mis en réserve dans la substance de l'univers, et c'est là ce qui conditionne la possibilité d'effets futurs 14 . La continuité qu'il y a de cette manière entre l'indistinct et les parties constituées (distincti) est ce que nous exprimons par le mot de nature (La natura è la continuità di una cosa con tutti le altre. Form. nat. p. 205).
Ardigô voit bien cependant qu'il faut se demander en quoi consistent, à proprement parler, ces possibilités ou ces « forces latentes ». Pour lui la possibilité n'est qu'une réalité d'une autre nature que la réalité donnée, et elle consiste en une activité : L'essere è atlività (Uunità délia coscienza, p. 479). La continuité est une énergie continue. C'est pour cette raison que toute totalité indistincte, tout Indistinct, renvoie à un tout encore plus vaste duquel elle s'est détachée. La différence entre l'indistinct et le distinct, comme la différence entre la possibilité et la réalité, n'est donc jamais que relative. Il n'est pas possible ici d'arriver à un dernier terme. Nous nous