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APPRÉCIATION ET CRITIQUE

et la réalité. Le suprême est présent à tous les échelons et chaque échelon a sa vérité ; il y a beaucoup de degrés et de stades, mais ils ne sont pas tous indispensables. Nous ne pouvons pas trouver une province du monde qui soit trop peu de chose pour (jue l'absolu n'y habite pas. — Il faut de préférence le qualifier de mystique; cela, il Test nettement lorsque sa pensée se repose et qu'il lutte contre le concept de temps et contre la valeur de l'activité. 11 passe ici à une intuition immobile, à un regard tranquille, à une considération sub specie aeterni. Il lui arrive ce qui est arrivé à Spinoza. Car la « substance » de Spinoza, c'est à proprement parler la mesure, considérée comme un être parfait, de la réalité, c'est le critérium de la réalité en tant qu'idéal existant.

Il ne m'est pas possible d'assurer que nous puissions aller au delà de la possibilité continuelle de processus nouveaux, d'une nouvelle activité. Pourquoi donc le suprême ne serait-il pas de se développer dans la durée, notamment quand on voit toujours l'impossibilité où l'on se trouve d'éliminer le concept de temps de notre connaissance de la réalité. De l'opposition constante de la pensée et de la réalité et de la constante nécessité d'un nouveau travail de pensée — pour les individus comme pour le genre — on pourrait peut-être à bon droit tirer cette conséquence « métaphysique » que l'être lui-même n'est pas parfait, n'est pas fini. Fini, il ne peut pas l'être en effet, si la pensée qui forme à coup sûr une part de l'être n'est pas finie. Cette conception nous conduit à une plus intime relation entre la pensée et la réalité que celle où Bradley s'est arrêté. Car si le temps et l'activité ne sont pas des formes qui appartiennent seulement aux phénomènes, à 1' « apparence », la pensée doit pouvoir, en raison même de sa tendance et de son travail, se sentir identique avec ce qu'il y a de plus profond dans l'être 21 . Mais je ne veux pas ici traiter davantage de ce que j'ai développé dans la partie de ma « Philosophie de la religion » relative à la théorie de la connaissance et dans mes « Problèmes philosophiques ».

En Angleterre même, Bradley a été critiqué tant à un point de vue empirique et critique (comme le fait James Ward dans le Mind 9 1894), qu'à un point de vue qui appuie sur le caractère

économique et technique de nos concepts fondamentaux et qui fait reposer sur le besoin personnel une façon idéaliste de concevoir le monde (c'est ce que fait le Personal Idealism, ouvrage publié par huit universitaires d'Oxford, Londres, 1902). Ce dernier courant croit être un prolongement du courant de pensée qui règne depuis trente ans à Oxford. La critique qu'il fait est extrêmement juste quand il combat la position négative de Bradley vis-à-vis de vérités qui ne sont valables que clans certaines conditions déterminées, et quand il affirme que nous pouvons avoir une connaissance valable, même si nous ne pouvons pas atteindre une intelligence complète de l'être. En revanche, il me semble que la critique anglaise n'a pas suffisamment reconnu la profondeur réelle et l'énergie de pensée des ouvrages de Bradley,

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