ÉVOLUTION DE SA PHILOSOPHIE
me demandait, dit-il, en quoi a consisté et consiste encore pour moi la valeur psychologique de l'observation expérimentale, je répondrais qu'elle a produit en moi et de plus en plus confirmé une vue complètement neuve de la nature et de l'enchaînement des faits psychiques. Quand j'abordai pour la première fois les problèmes psychologiques, je partageais le préjugé commun, particulier aux physiologistes, que la formation des perceptions sensibles était tout simplement une œuvre des propriétés physiologiques de nos organes des sens. Ce fut d'abord sur les indications du sens de la vue (surtout pour ce qui concerne l'intuition spatiale) que j'appris à saisir cet acte de synthèse créatrice qui devint peu à peu mon guide pour acquérir une intelligence psychologique des fonctions supérieures de l'imagination et de l'entendement, ce pour quoi l'ancienne psychologie ne nous avait offert aucun secours. Quand je passai, dans la suite, à l'étude des relations temporelles du cours des représentations, j'eus une vision nouvelle du développement des fonctions de la volonté (et j'y fus amené par l'influence de la préparation et de l'effort sur la diminution du temps physiologique), du développement des fonctions extérieures sortant des fonctions intérieures, des fonctions complexes venant des simples, ef en même temps la vision de l'union étroite qui existe entre toutes les fonctions psychiques, que l'on sépare par des abstractions et par des noms artificiels, tels que représentation, sentiment, volonté, en un mot de Tindivisibilité et de l'homogénéité, profonde à tous ses degrés, de la vie mentale. »
Wundt était arrivé par cette voie au concept de la synthèse, que Kant avait trouvé par l'analyse des fonctions de l'entendement et de la manière de concevoir l'espace et le temps. Par « synthèse créatrice » il entend un assemblage et une combinaison dont le produit reçoit des propriétés qu'aucun des éléments ne possédait en soi. Wundt oublie bien souvent que ce concept ne donne aucune explication, quelque apte qu'il soit à décrire ce que les faits psychiques ont de particulier. 11 insiste surtout sur le rôle que joue l'activité dans la synthèse, ce qui le pousse peu à peu (dans les éditions ultérieures de sa Psychologie) à faire de la volonté le centre de la vie psychique»
8 WH4HELM WUNDT
Les études psychologiques ne Jurent pourtant pas Tunique voie par où Wundt fut Conduit des sciences de la nature à la philosophie. En sa qualité de savant, il remarqua que toute science de la nature s'appuie sur certaines suppositions. Et la question, par conséquent, devait se poser d'elle-même : comment ces hypothèses, qui sont pour nous le fondement de tout, sont-elles fondées elles-mêmes ? Cette question est le point de départ de la théorie de la connaissance. Wundt la traita dans son écrit die physikalischen Axiome und ihre Beziehung zum Kausalprinzip*, qui est un chapitre d'une philosophie des sciences de la nature (Erlangen, 4866). Il essayait de tirer les principes de la physique de cette loi que tout a sa raison, mais en s'appuyant aussi sur cette autre loi que tout ce qui se produit dans la nature se ramène à des mouvements. Cette seconde loi, il la prouvait, elle aussi, par cette raison que le mouvement est le changement le plus simple, puisqu'une chose qui se meut ne change que sa position par rapport à d'autres choses, sans perdre nécessairement pour ce motif aucune de ses propriétés. — Wundt ne s'est pas rendu compte, ici non plus, des difficultés que présente au point de vue de la théorie de la connaissance cette conception qui, en comparaison de sa théorie de la connaissance ultérieure, offre un caractère un peu dogmatique.
C'est donc par deux voies différentes que Wundt fut amené à la philosophie, et dans ses écrits postérieurs il a encore approfondi et étendu son concept de la philosophie.
Pour élucider le problème de la connaissance, il entreprit la rédaction de son grand ouvrage sur la logique (Logique, étude des principes de la connaissance et des méthodes de la recherche scientifique. 1880-83, 2 e édit. en 3 volumes 1893-95). Ce qui fait le grand mérite de cet ouvrage, c'est notamment l'abondance des matériaux tirés des sciences particulières que Wundt y met en œuvre. Il considère la science plutôt comme un fait historiquement donné dans la vie de l'esprit humain que comme une tendance dont il faudrait chercher la possibilité et la justification. Ce trait est caractéristique de toute la philosophie de
i. Les axiomes de la physique et leur rapport avec le principe causal.