‹ Philosophes contemporainsChapitre 3 sur 78 · I. WILHELM WUNDT 1. — Évolution db sa philosophie · texte numérisé non relu

I. WILHELM WUNDT 1. — Évolution db sa philosophie

Wundt est un grand exemple de la puissance de travail extraordinaire des Allemands. Aucun philosophe actuel ne le surpasse en connaissances de tout genre, aucun ne présente à un plus haut point la faculté de faire rentrer son savoir multiple sous des points de vue généraux, aucun enfin ne s'efforce plus inlassablement d'apporter, aussi bien dans les détails que dans l'ensemble, de la précision et de la clarté. Il n'a ni la finesse, ni la profondeur de Lotze ; il se pose plus largement et plus solidement sur le terrain de la réalité et ne se hasarde pas aussi loin que Lotze dans la métaphysique. Parti du large ter* rain de l'expérience, il cherche à s'élever jusqu'au sommet de 1$ pensée, que la philosophie du romantisme croyait avoir escaladé, mais qui, pour Wundt, imbu sous ce rapport de l'esprit critique de Kant, n'est qu'un point très élevé de l'horizon, duquel nous nous servons pour nous orienter.

Wundt est né le 16 août 1832 dans les environs de Manheim. Il étudia la médecine et ce furent ses études physiologiques qui le poussèrent à la philosophie. Ses Beitrâge zur Théorie der Sinneswahrnehmung 1 (1859-62) étudient surtout l'influence des mouvements de l'œil sur la conception de l'espace. Au congrès scientifique de Spire, en 1861, il prononça un discours sur le temps physiologique, c'est-à-dire sur le temps nécessaire pour saisir et pour reproduire une impression sensible

i. Contributions à la théorie delà perception parles sens.

Dans les Vorlesungen ûber die Menschen-und Tierseele 1 (1863, 3 e éd. 1897), la méthode ethnologique est aussi appliquée à côté de la méthode expérimentale et physiologique. Après avoir été de longues années professeur extraordinaire de physiologie à Heidelherg, il succéda, en 1874, à Albert Lange comme professeur de philosophie inductive à Zûrich,mais il prit dès Tannée suivante une chaire de philosophie à Leipzig, où il exerce encore maintenant. La vie de Wundt, c'est la marche de ses études. Sa personnalité ne ressort pas beaucoup dans ses ouvrages ; mais ceux que la vie a mis en rapports avec lui en ont éprouvé la douce chaleur, la franche cordialité et le calme enthousiasme intellectuel.

Peu de temps avant son arrivée à Leipzig, Wundt publia (1874) sa Physiologische Psychologie (Psychologie physiologique), qui, au même rang que les « Éléments de psychophysique » de Fechner, est un chef-d'œuvre de psychologie expérimentale. Ce livre expose notamment les méthodes et les fondements physiologiques de la psychologie et ne traite en détail que les parties de la psychologie qui peuvent recevoir par ce moyen une explication particulière. La description et l'analyse sont reléguées dans l'ombre par l'expérimentation? — Wundt a donné plus tard un exposé de la psychologie d'un développement plus régulier dans son Grundrtss der Psychologie (Résumé de psychologie) (1896). — A Leipzig il monta un laboratoire de psychologie expérimentale, qui fut le premier établissement universitaire de ce genre, et commença la publication de la revue Philosophische Studien (Études philosophiques) (20 volumes de 1883 à 1903).

Quelle importance ont eue les études de psychologie expérimentale pour faire passer Wundt de la physiologie à la philosophie, il nous le dit lui-même d'une manière intéressante dans un article intitulé : De la causalité psychique et du principe du parallélisme psychophysique (Phil. Studien, 1894, p. 122-124). Elles le convainquirent de l'indépendance de la psychologie à l'égard de la physiologie et de la métaphysique, indépendance que l'École anglaise et Kant avaient déjà soutenue. « Si l'oa

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