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PHILOSOPHIE RELIGIEUSE 13S

nécessaires au développement d'une conception de la vie élevée et idéale. Son titre est dirigé contre les tentatives qui ont été faites pour construire une religion de l'avenir, et à la (ois aussi contre Y « antireligion », car cet ouvrage affirme l'étroite relation du point de vue religieux avec le point de vue qui doit le détruire.

Le problème religieux se relie étroitement, selon Guyau, au problème moral et au problème esthétique. — Ces trois domaines se confondent à son avis avec le concept de la vie. Ces éléments se font jour tous les trois dans la vie personnelle et sociale concentrée, et c'est seulement de cette manière que chacun d'eux arrive à se faire valoir isolément. La religion commence évidemment sous la forme d'une physique mythologique ; mais les éléments intellectuels n'y sont cependant pas prépondérants. La base principale en est formée parles expériences de l'homme dans la société où il vit. Cette communauté de vie s'étend involontairement au delà de toute l'existence, de telle sorte que les dieux et les hommes ne forment qu'une seule grande société. La religion n'est pas seulement un anthropomorphisme, elle est aussi surtout un sociomorphisme. La diversité des religions repose notamment sur la diversité des types sociaux d'après lesquels on conçoit l'univers, comme une famille ou comme un royaume, — et dans ce dernier cas comme gouverné par un père ou par un tyran. — Le caractère social de la religion s'exprime de lafaçon la plus nette dans le culte au moyen duquel l'homme se trouve en relation avec les dieux. — Peu à peu le culte religieux ainsi que les représentations religieuses se subtilisent et s'idéalisent. Le culte intérieur tend à succéder au culte extérieur et la mystique chasse la mythologie. Le point le plus haut est atteint quand Dieu prend la forme de l'idéal moral personnifié. — Comme caractères essentiels de toute religion Guyau met en relief : l'explication mythologique de la nature, qui se continue dans les religions supérieures par la croyance aux miracles — uo système de dogmes considérés comme des vérités absolues —, et le culte considéré comme un système de pratiques ayant une efficacité surnaturelle. Partout où ces trois éléments ne ce rencontrent pas, Guyau ne veut pas qu'on parle de religion.

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La dissolution d'une religion ne se produit pas directement et ne provient pas du dehors : elle résulte au contraire de la disparition de ses conditions vitales internes. Cette disparition s'effectue lentement à mesure que se développent l'industrie, la science, l'individualisme et la morale indépendante. Parmi ces facteurs c'est sur la conviction autonome individuelle que Guyau insiste le plus : c'est surtout ce dernier facteur qui a valu à une religion la victoire sur une autre, c'est aussi lui qui finira par amener la dissolution graduelle de tout système dogmatique et par conséquent, en somme, la disparition de la religion. Ce processus de dissolution peut durer longtemps ; mais les idées agissent d'une façon ininterrompue et sans qu'on le remarque ; elles font du chemin, même si quelquefois — comme des soldats fatigués — elles dorment pendant leur marche.

Mais l'absence finale de religion, l'irréligion, n'est pas la même chose que l'antireligion, l'antithèse absolue de la religion. Elle doit, au contraire, devenir un degré supérieur de la religion et de la civilisation, ce qu'il y a de meilleur dans la vie religieuse gagnant en force et en extension après la ruine des dogmes. Ce qu'il y a d'éternel dans la religion est précisément la tendance qui Ta fait naître, — le désir d'arriver au delà du fait nu et de trouver une liaison plus grande. L'esprit humain est comme l'hirondelle : ses longues ailes ne se prêtent pas à un vol qui rase la terre, mais à un essor haut et téméraire dans l'air libre ; il s'agit seulement pour elle de pouvoir s'élever de terre, et cela lui est souvent difficile ; mais l'aspiration impérissable vers l'idéal remet toujours du vent sous les ailes de l'esprit. Cette aspiration deviendra plus forte qu'auparavant si elle se sépare de la religion. Seulement on sentira moins le besoin de trouver un langage déterminé pour exprimer les énigmes éternelles : elles parleront d'ellesmêmes. Les dernières hypothèses auront toujours la marque d'un caractère individuel. Il n'y a pas de religion qui soit capable d'exprimer tout ce que contient, dans son entière individualité, chaque personnalité prise à part, ou tout ce dont elle a besoin. Chacun doit se faire son propre dieu, sa propre bible. Des convictions diverses peuvent subsister côte à côte parmi les hommes tout aussi bien que des plantes diverses peuvent

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