‹ Philosophes contemporainsChapitre 69 sur 78 · LES TTPES LE8 PLUS IMPORTANTS · texte numérisé non relu

LES TTPES LE8 PLUS IMPORTANTS

travail a donc tout naturellement pour but de ramener ces variétés à quelques types.

Il y a surtout un contraste qu'il met fortement en lumière, c'est celui qui existe entre les âmes saines et les âmes malades ou — pour nous servir d'une expression qu'il a empruntée à Francis Newmann — entre ceux qui n'ont eu qu'à naître et ceux qui ont eu besoin d'une renaissance (the once* born and the twice-born). Les âmes malades ont besoin d'une métamorphose, d'une crise, d'une conversion pour arriver à l'unité et à la paix, tandis qu'il y a des âmes bien portantes qui atteignent le but par développement et dévouement immédiats. La religion des sains, James l'appelle le naturalisme, et il désigne celle des malades du nom de salvationisme. Mais dans chacun de ces deux groupes peuvent se rencontrer des personnalités et des courants très différents.

La religiosité des âmes bien portantes est un enthousiasme qui s'arrête au côté brillant de l'existence et qui peut-être même en tientles côtés sombres pour des illusions. Même quand elles ont des yeux pour ce qui est gênant et obscur, ces âmes sont persuadées que l'on peut en venir à bout ; tant est grande leur confiance immédiate en l'énergie et l'harmonie internes qui régnent dans l'univers. Ce courant est plus manifeste dans l'hellénisme que dans le christianisme, dans le catholicisme que dans le protestantisme, dans les races latines que dans les races germaniques. Dans les temps modernes, on le rencontre chez Spinoza et chez Rousseau, ainsi que dans la conception libérale du christianisme, surtout dans l'unitarisme (Emerson, Parker). En Amérique, il forme un contraste frappant avec le méthodisme et le mouvement de renaissance (revival movement). Dans ces tout derniers temps, ce qu'on nomme le mouvement de la cure spirituelle [mind-curé) en est un exemple caractéristique. Cette cure guérit aussi bien l'âme que le corps en suggérant et en maintenant toujours cette idée que la douleur est une illusion et que dans la réalité tout est clair et splendide. Craintes et soucis sont bannis. Elle opère par suggestions et tout autant par auto-suggestions. En acclamant continuellement l'univers, on se confirme dans l'idée que l'univers mérite des acclamations.

L'âme malade est soumise à 4a douleur et à la désharmonie.. Le seuil de la conscience s'est abaissé une fois pour toutes pour des expériences de ce genre, tandis qu'au contraire il s'est élevé dans l'âme bien portante. Le monde paraît vide et vain ; on craint ce qu'apportera le cours de la vie ; l'âme se sent pécheresse et gâtée. Le sentiment du vide, le sentiment de la crainte et le sentiment du péché sont les trois formes principales de la maladie de l'âme. Le sentiment du vide prédomine chez Tolstoï; chez Bunyan c'est le sentiment de la crainte et lesentiment du péché. Il y a ici une désharmonie originaire du tempérament, qui requiert une seconde naissance. Même après l'avoir obtenue, les natures de cette sorte arriveront pourtant difficilement à avoir le sentiment débordant de Fa *ie, qui est l'apanage des bien portants.

Il y a naturellement dans le monde une multitude de formes intermédiaires entre ces deux types. Mais sous leurs formes extrêmes ils offrent un si grand contraste qu'ils peuvent difficilement se comprendre entre eux. Chacun d'eux veut considérer comme la seule exacte sa conception de la vie. Ainsi Wesley a soutenu que la conversion est la seule voie qui mène à la paix, tandis qu'Emerson a attribué à la nature qui n'a besoin que d'une naissance, une valeur plus grande qu'à celle qui est obligée de livrer aux démons, au fond d'elle-même, un rude combat. James est d'avis, pour sa part, que le$ expériences vitales sur lesquelles les deux fois nés pourraient s'appuyer sont plus profondes et plus complètes que celles du premier type. Aucun prophète ne pourrait porter aux hommes un message décisif, s'il ne disait des choses qui pour des hommes tels que Bunyan et Tolstoï pourraient sonner comme des réalités. Les religions les plus complètes devraient être celles qui connaîtraient et qui surmonteraient les éléments les plus ténébreux de la vie. A cela tient la supériorité du bouddhisme et du christianisme.

En comparaison de ce grand contraste, les autres contrastes qu'on peut montrer ne sont, d'après James, que de peu d'importance. Tels le contraste qui existe entre l'évolution à forme de bonds et l'évolution continue, — celui qui existe entre des natures dans lesque 1 ^* les éléments à surmonter doivent

Page 1