LE PROBLÈME PSYCHOLOGIQUE
sique exige des équivalents physiques, ce qui excluerait la théorie ordinaire de l'action réciproque.
A plusieurs reprises Wundt a dû assurer qu'il demeurait constamment attaché à cette manière de voir, même quand il semblait se mettre en contradiction avec elle. Il déclare que lorsqu'il ne s'agit pas de questions de principe, il emploie la manière populaire de s'exprimer avec autant de droit qu'un disciple de Copernik dit que le soleil se lève et se couche. Je crois pourtant que la difficulté qu'on trouve ici chez Wundt ne provient pas uniquement de sa manière de s'exprimer. Il y a deux points , en effet, où il s'écarte explicitement du parallélisme. En premier lieu, il ne veut pas que la synthèse qui a lieu entre les éléments de conscience puisse être envisagée au point de vue physiologique ; seuls les éléments pris à part auraient des corrélatifs physiologiques, et non leurs synthèses. En second lieu, la valeur qui s'attache aux phénomènes psychiques n'aurait pas non plus de corrélatif de ce genre. — La première limitation du parallélisme repose sur une application illégitime de la dis* iinction qui existe entre forme et matière, entre synthèse et élément. Le concept d'élément ne désigne jamais qu'une approximation d'un donné pur et simple, et ce n'est donc que très grossièrement et d'une façon purement relative que l'on peut distinguer entre la synthèse et les éléments. En outre la synthèse est un donné de fait aussi bien que les éléments. La seconde limitation repose sur une distinction illégitime entre la valeur et la chose à laquelle elle est attachée. Le fait de sentir -qu'une chose a de la valeur est un fait psychique comme tout autre. Ou bien, si l'on veut, la valeur est un élément psychique ou une qualité psychique au même titre qu'une couleur ou un son musical. Il semble donc qu'il est inconséquent de souligner ces exceptions. Si Wundt les soutient si fortement, cela provient certainement du zèle qu'il apporte à conserver à la psychologie son indépendance. Autrefois, pense-t-il, cette indépendance était surtout menacée par des empiétements du côté spiritualiste ; mais de nos jours on a surtout à craindre des empiétements matérialistes.
Ce qui constitue une difficulté spéciale pour bien comprendre la théorie de Wundt, c'est que, tout en admettant que l'énergie
physique est constante dans le monde, il parle cependant d'un accroissement de l'énergie dans le domaine mental. Mais en lisant bien les principaux passages où il expose cette partie de sa doctrine, on voit pourtant que par accroissement de l'énergie mentale il entend soit l'apparition de nouvelles qualités psychiques, soit la survenance de valeurs nouvelles 8 . 11 me paraît être plus juste de parler ici d'une concentration et d'une organisation que d'un accroissement de l'énergie. Une valeur psychique suppose une concentration, mais non une augmentation de l'énergie en général. D'autre pari on ne peut précisément pas se passer du principe de la conservation de l'énergie psychique si l'on veut être à même de comprendre les états maladifs qui proviennent de la concentration partrelleett de I& scission de la conscience.
b) Le caractère spécial de la vie psychique.
A tous les degrés de la vie psychique et à travers toutes les formes qui l'expriment, se manifestent, d'après Wundt, des propriétés qui la font paraître comme l'antithèse de la vie physique matérielle, bien que cette dernière en soit le côté extérieur et perceptible par les sens. Dans ses divers traités Wundt fait, d'une façon quelque peu différente, l'énumération de ces caractères particuliers. Cependant les traits les plus importants sont toujours les trois dont nous allons parler.
a) Tout contenu psychique est un processus, une opération, en incessante réciprocité d'action avec d'autres processus et déterminé par des processus antérieurs. L'âme n'est pas Une « chose », une « substance », mais Tdtigkeit, activité. A ce concept de l'âme Wundt donne le nom d'actuel par opposition au concept substantiel de l'âme auquel demeurent attachés, chacun à sa manière, le spiritualisme et le matérialisme 3 . L'essence de l'âme se révèle à nous par la synthèse continue de tous les faits psychiques. Cette synthèse enlève toute possibilité de concevoir l'âme par analogie avec un atome matériel, ce à quoi est toujours enclin le spiritualisme. Dans tous les points où nous pouvons observer la vie psychique, nous trouvons toujours la continuité, à mesure que nos observations deviennent plus exactes. Nous avons donc le droit d'admettre que la
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continuité garde encore de la valeur au delà du domaine où l'observation psychologique est possible, tandis que l'inconscient ne nous sert que de concept auxiliaire.
p) Une autre particularité de la vie psychique est sa faculté de produire, par la synthèse d'éléments donnés, un contenu qualitativement nouveau. Cette particularité est désignée par l'idée de synthèse créatrice. Elle se manifeste dans toute perception sensible, mais avec plus de clarté dans la conception de l'espace, qui résulte de l'action combinée des sensations visuelles, tactiles et motrices, et dans le timbre des sons, qui est produit par l'action combinée des sons inférieurs et des sons supérieurs. On la découvrit tout d'abord dans les faits psychiques d'ordre élevé, dans la naissance des images, des concepts et des pensées. Mais c'est une particularité qui se manifeste aussi bien dans les faits psychiques les plus élémentaires que dans les plus élevés. De ce côté aussi se montre la continuité de la vie psychique.
Dans l'expression « synthèse créatrice » Wundt fait tout particulièrement ressortir le mot « créatrice ». Il n'appuie pas (comme nous l'avons déjà indiqué en passant) sur le problème ni sur la limite de l'intelligence qui y sont contenus. Ce qui survient de qualitativement nouveau — par exemple, lorsque la forme spatiale, conformément à la théorie génétique, est produite par la synthèse des sensations d'espèce différente, ou quand une idée générale se fait jour sur un fondement de motifs qu'elle enchaîne d'une façon tout à fait neuve — ce qualitativement nouveau, dis-je, n'est aucunement expliqué par cela seul qu'on le dit l'œuvre d'une synthèse créatrice. Ce terme peut fort bien servir pour une description, et il se prête bien à marquer ce qu'a de nouveau le produit par rapport aux facteurs ; mais il laisse derrière lui un grand problème et par suite on ne doit pas le faire servir à trancher une fois pour toutes le débat.
y) A la particularité que nous venons de signaler se relie très étroitement un troisième caractère de la vie psychique. Nulle part, d'après Wundt, l'activité psychique ne se manifeste plus clairement que par la manière dont un phénomène est décomposé, divisé en ses éléments composants par un processus
qu'on peut appeler une « analyse relative ». Cette décomposition n'a pas du tout lieu de telle manière que les parties se présentent ensuite comme des unités qui se suffisent en ellesmêmes, mais de telle manière que leur rapport au tout soit conservé et que ce soit môme en raison de leur place déterminée dans le tout qu'elles conservent leur valeur. Pour éclairer cela par un exemple, Wundt cite la manière dont nous sommes capables de faire ressortir dans tout le champ de notre vue (champ visuel) un point unique (le point regardé) en faisant tomber l'excitation correspondante à ce point sur la place de la rétine où la vision est la plus distincte. Wundt nomme aperception l'attention dissociative qui se manifeste (dans l'analyse relative. C'est au moyen de cette aperception que les parties d'un grand tableau nous apparaissent peu à peu sans perdre leur rapport avec l'ensemble. De même l'orateur voit sa pensée dans l'ensemble avant que soient énoncées les parties séparées et l'artiste aperçoit son œuvre comme un tout, avant que les parties différentes soient distinguées et exécutées. De la sorte on obtient une clarté et une netteté toujours plus grandes. '
c) Les éléments de la vie psychique.
C'est par l'étude de la perception sensible et de la représentation que Wundt porta son attention sur le côté actif de la vie consciente. Cette étude le conduisit au concept de Taperception, que j'ai déjà mentionné en passant comme un des plus difficiles de la philosophie de Wundt.
L/aperception n'est pas seulement une activité qui se manifeste dans le domaine des représentations; elle se manifeste aussi dans tout sentiment, le plaisir et la douleur étant détermir nés par le rapport du contenu de la représentation à l'acte psychique, et elle se manifeste dans ce qu'on nomme au sens strict le vouloir. Quand Wundt emploie comme exemple d'illustration la différence qui existe entre le champ de la vision (champ visuel) Qt le point que l'on fixe (point de vision), il faut cependant remarquer que, selon sa théorie, l'aperception n'a pas seulement pour fonction de distinguer, lorsque, par exemple, un point spécial est fixé dans tout un ensemble, mais aussi de