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Le problème de la connaissance

Pour ce qui regarde la manière dont Wundt traite le problême de la connaissance, je m'en tiendrai principalement, dans cet exposé, à son Système de philosophie, dans lequel je

té

WILHF.T.M WUNDT

LE PROBLEME DE LAl CONNAISSANCE

crois que les points de vue les plus décisifs sont très clairement et très nettement mis en lumière.

a) Réalisme naïf et réalisme critique.

Déjà dans la connaissance ordinaire, non encore revêtue de la forme scientifique, se montrent clairement les plus importants processus intellectuels. La connaissance est soit descriptive, soit narrative ; elle a pour but soit de faire voir des propriétés, soit d'établir des faits. A la description, dans la pensée logique, correspond la démonstration de l'identité, à la narration, l'exposition d'un rapport logique de dépendance. La première fait ressortir ce qui est constant ou le statique, et la seconde ce qui est changeant ou le dynamique. La relation de dépendance se laisse voir avec une clarté parfaite dans le raisonnement, dans la manière de tirer une proposition d une autre. Aussi la pensée cherche-t-elle à ramener toutes les relations temporelles et spatiales à des relations de dépendance logique, pour les rendre analogues à la relation qu'il y a dans un raisonnement entre la conclusion et les prémisses. On ne se borne plus alors à la simple constatation de qualités, mais on varie ces qualités afin de trouver leur rapport de dépendance réciproque. C'est là une tendance naturelle, puisque la dépendance logique est la seule espèce de dépendance qui soit d'accord immédiatement avec les lois propres de la pensée ; la dépendance ici n'est pas extérieure ; la liberté et la nécessité de la pensée se trouvent immédiatement unies. C'est pour cette raison qu'on cherche à ramener tous les rapports de dépendance réelle à des rapports de dépendance logique. Cette tendance trouve son expression dans le principe que tout a sa raison d'être (le principe de raison), principe grâce auquel il s'établit entre nos divers actes de pensée, d'une manière très intime, une liaison réciproque.

La connaissance commence toujours par la croyance à la valeur réelle des représentations : c'est un réalisme naïf. On ne distingue pas encore entre la connaissance môme et ses objets ; une pareille distinction suppose une réflexion ultérieure. Les philosophes perdent trop souvent de vue que la réflexion caractérise toujours un stade postérieur, et jamais le

stade primitif. On a besoin de motifs suffisants pour renoncer à la réalité de ce qui est immédiatement donné. Des motifs de ce genre sont fournis notamment par l'opposition qui existe entre le variable et le constant. Seul, peut avoir une valeur, ce qui subsiste en dépit de tout changement, — et l'on n'arrive à découvrir ce fait que par un travail intellectuel, non par une conception immédiate. Quand le travail intellectuel forme des concepts susceptibles de dégager le contenu changeant de la conception immédiate, le réalisme naïf se change peu à peu en un réalisme critique. Ce réalisme n*est que la continuation du processus qui commence déjà dans le réalisme naïf, quand ce dernier distingue entre perception, souvenir et imagination. — Sur les rapports du réalisme naïf au réalisme critique, Wundt a écrit un article remarquable qu'on trouvera dans les volumes xii etxm des « Philosophische Studien ».

Dans la voie qui mène du réalisme naïf au réalisme critique, il faut distinguer trois stades : le stade de la perception, celui de la connaissance intellectuelle et celui de la connaissance rationnelle. Ces trois stades correspondent respectivement au point de vue de la vie pratique, à celui des sciences spéciales et à celui de la philosophie.

b) Perception, entendement, raison.

Dans la perception, l'espace et le temps se présentent comme deux formes, où vient se ranger le donné (comme une constante opposée aux qualités changeantes), et comme une expression du perpétuel travail de Tesprit. Les lois de l'espace et du temps peuvent être fixées d'une manière abstraite, et pour ce motif la pensée est naturellement portée à s'en tenir à elles et à considérer les qualités comme quelque chose de subjectif par comparaison avec elles.

La connaissance intellectuelle commence quand, pour trouver le permanent constant strictement requis, on s'éloigne de l'intuition immédiate et quand on la remplace par des mots et des symboles. Seul ce qui peut être déterminé d'une manière abstraite s'appelle ici objet. Nous tombons alors nécessairement dans le domaine des hypothèses ; mais ce sont des raisons

WILIIELM WUNDT

il!

logiques qui nous y contraignent, puisque la pensée travaille à trouver entre toutes les parties du contenu empirique un enchaînement non contradictoire. Tout se ramène ici aux lois de la pensée. Mais nous n'avons à aucun moment de pensée pure, pas plus que d'expérience pure. Par là se trouvent repousses en même temps Tapriorisme et rempirisme. — La connaissance intellectuelle agit aussi bien dans les mathématiques et dans les sciences physiques que dans la psychologie. — Le concept scientifique de la matière ou de la substance matérielle est un bon exemple. On forme ce concept en ramenant toutes les propriétés matérielles à des rapports spatiaux, à des mouvements et à des positions, et cette réduction trouve sa justification dans le fiiit que c'est seulement par elle qu'il est possible de dériver, d'une manière simple, et uniquement en vertu des lois propres de la pensée, une variation matérielle d'une autre. Les qualités empiriques ne servent dans les sciences naturelles que de moyens auxiliaires pour conclure a posteriori à des relations spatiales et temporelles des objets. La tâche d'une théorie de la matière n'est pas de développer des représentations semblables aux phénomènes des corps empiriques, ni même de former en général des représentations intuitives, mais au contraire de déterminer des concepts grâce auxquels on puisse dériver des phénomènes empiriques d'autres phénomènes antérieurement donnés. Ce que je dis du concept de la matière s'applique aussi à d'autres concepts tels quo ceux d'inertie et d'énergie. C'est toujours l'exigence de la liaison non contradictoire d'accord avec le principe de raison qui sert de base à la formation de ces concepts. — Dans le domaine psychologique il n'y a, d'après Wuiidt, aucune raison d'entreprendre une construction de concepts analogue à celles qui dans les sciences physiques mènent au concept de la ma tière. Ici, en effet, l'observation montre clairement que notre vouloir est ce que nous possédons en nous de plus constant et que ce vouloir est une activité toujours en action, un continuel devenir; il n'est donc pas possible, et nous n'avons du reste aucun motif, de former un concept qui corresponde à ce qu'est la situation spatiale pour le mode d'action des phénomènes matériels (cf. plus haut ce qui regarde le concept « actuel » de

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