‹ Philosophes contemporains [microform]Chapitre 13 sur 87 · LE PROBLÈME 1)K LA CONNAISSANCE · texte numérisé non relu

LE PROBLÈME 1)K LA CONNAISSANCE

l'âme de Wundt). Les constructions et les hypothèses que nous employons dans le domaine psychologique concernent soit le rapport réciproque des éléments psychiques qui agissent ensemble dans les processus internes, soit le rapport du moral au physique. — Bien que la physique ramène tous les changements à des changements de situation et de mouvement, clic ne nie pas, cependant, que les choses du monde aient des propriétés internes non exprimées par leurs relations extérieures; mais elle n'a pas à les étudier. Sans ces qualités internes, il serait impossible de comprendre comment la vie, surtout la vie psychique, a pu commencer dans le monde. Partout où une série d'événements se présente comme une totalité dans laquelle chaque membre occupe une place déterminée pour coopérer à un résultat décisif, on a le droit d'appliquer le concept de fin, même si l'on ne pense pas que la lin doive exister dans une représentation avant le résultat. La manière dont chaque membre pris à part se montre déterminé par son rapport à la totalité et par l'importance qu'il a pour elle autorise la conception biologique, sans cependant exclure en aucun point la conception purement mécanique. Ce n'est que par une conception de ce genre qu'on est en droit, selon Wundt, d'attribuer au concept de l'évolution une valeur qui s'étende au delà du domaine organique.

La connaissance rationnelle conduit au delà de l'expérience, car elle cherche un enchaînement sans limites, alors que dans l'expérience tout enchaînement est limité. Wundt prend le mot « raison » au sens étroit, comme la tendance à l'unité qui pousse à former des totalités sur la base du donné fragmentaire. La raison naît quand on commence à prendre conscience que l'activité intellectuelle va toujours plus avant en suivant sa loi propre, toute limitation de ce qui lui sert de soutien devant se laisser dépasser ou du moins concevoir comme dépassée. Alors surgit l'idée d'une totalité de toutes les relations de dépendance. Les idées de la raison sont fournies par la continuation du processus qui a conduit l'entendement à la formation de ses concepts. Mais tandis que l'entendement cherchait seulement à relier le donné d'une manière exempte de contradiction, la raison — en vertu des mêmes lois de la

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pensée qui dirigeaient l'entendement — cherche à mettre sur pieds un système bien enchaîné.

Cette tâche s'impose donc à Wundt avec la force d'une nécessité logique. L'empirisme et le scepticisme nieront en vain l'existence des problèmes qui se présentent ici. Wundt avoue qu'on n'est pas à même de réfuter par la démonstration logique les points de vue empiriques ou sceptiques ; mais il croit que ces points de vue sont réfutés par l'existence môme de la pensée, car il serait contradictoire en soi d'appliquer la pensée à la liaison réciproque de choses individuelles et de repousser cependant la tâche de mise en enchaînement réciproque des synthèses ainsi obtenues. Le principe de raison suffisante doit conduire toujours plus loin. L'importance scientifique de l'empirisme et du scepticisme tiendrait à ce qu'ils ont retenu la spéculation en de certaines limites et qu'ils l'ont empêchée de causer aucun trouble en se mêlant à la connaissance intellectuelle.

La connaissance rationnelle peut, selon Wundt, dépasser l'expérience ou devenir « transcendante » de deux manières. Elle peut continuer dans le même sens la formation des séries qui ont commencé dans l'expérience. C'est ce qui se produit dans la série des nombres, dans les dimensions de l'espace, dans la série du temps, dans les deux attributs de Spinoza (esprit et matière). Ici nous concevons comme une continuité indéfiniment prolongée, ce qui n'est jamais donné dans l'expérience que d'une façon fragmentaire. Wundt appelle cette manière de dépasser l'expérience la transcendance réelle. Mais la connaissance rationnelle peut aussi compléter l'expérience en admettant d'autres séries que celles qu'on rencontre dans l'expérience. Tandis que dans la transcendance réelle il ne s'agit que d'une infinité quantitative, on introduit ici un infini qualitatif en posant encore d'autres côtés et d'autres propriétés de l'être que ceux qui sont donnés. L'histoire de la philosophie nous en offre un exemple dans l'hypothèse de Spinoza que l'être possède un nombre infini d'attributs et non les deux seuls attributs que nous montre l'expérience (esprit et matière). Cette façon de dépasser l'expérience, Wundt la nomme la transcendance imaginaire ^ parce qu'elle admet de nouvelles

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Séries qualitatives de l'être, de même que les nombres imaginaires s'emploient comme expressions de directions nouvelles par rapport à la direction que désignait la série des nombres réels positifs ou négatifs — comme unités latérales, ainsi que les a appelés un mathématicien fameux. On a même le droit de forger une hypothèse de ce genre, à la condition qu'elle satisfasse au besoin d'unité de la raison et qu'elle ne porte aucune atteinte ^^kf science empirique.

Il n'y a que ces deux voies pour arriver, selon Wundt, à une conception philosophique générale. Toute métaphysique qui veut avoir quelque valeur, provient de la connaissance empi^ rique ou prolongée ou complétée. Ces deux voies nous mènent aussi du problème de la connaissance au problème de l'être.

4-. — Le problême de l'existence a) Métaphysique et empirisme,

La métaphysique commence déjà, à vrai dire, dans les sciences spéciales, en tant en effet que ces sciences établissent des principes définitifs ou des hypothèses définitives dont le contenu ne saurait être empiriquement démontré, mais qui sont cependant indispensables pour la liaison du contenu empirique. Peut-être ne peut-on pas même les construire complètement par analogie avec les objets donnés dans l'expérience Ces principes ou ces hypothèses rendent l'expérience concevable, mais sont eux-mêmes au delà de cette expérience Tel est, par exemple, le cas des hypothèses qui, dans les sciences physiques, portent sur la constitution et les propriétés fondamentales de la matière. Wundt tient à conserver pour des hvpothèses de ce genre l'expression de « métaphysique >>, afin qu'on ne les confonde pas avec les faits. Toute hypothèse définitive est métaphysique et toute métaphysique est hypothétique

Le motif de la métaphysique est le besoin de liaison par conséquent le besoin de comprendre le contenu empirique finalement le besoin d'une conception d'ensemble bien enchafnée. Chacun des domaines empiriques, par suite aussi chacune des sciences, a un certain penchant à se considérer lui-même

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