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PSYCUÛLOGIE

Ardigo prit en mains avec ardeur la cause de l'autonomie de la psychologie en tant que science expérimentale, et il fut aidé en cela autant par son talent de description et d'analyse psychologique que par sa connaissance des sciences physiques. Ses goûts et ses aptitudes psychologiques suivent deux directions. D une part il cherche à trouver une liaison de la vie psychique plus grande que ne semble la montrer une observation provisoire; il tache de porter la continuité dans les états conscients aussi bien qu'entre ces états et les états inconscients. D'autre part il cherche à faire voir des nuances et des variétés plus fines que n'en connaît l'observation ordinaire; c'est ainsi qu'il soutient que les états psychiques qui semblent uniformes se composent en réalité de mouvements rythmiques. Quelques-uns de ses élèves les plus distingués, comme le physiologiste GiulioFano et le criminaliste Enrico Ferri, ont surtout insisté, dans le livre d'or dédié au vieux philosophe, sur ces particularités de son enseignement. Ce sont là les deux directions que suit et doit suivre toute recherche; mais Ardigô — comme le montre sa théorie de llndislinto et des Dislinti et de leur rapport réciproque — sut particulièrement les bien voir et chercha à les réunir.

Ses œuvres maîtresses en psychologie sont : La psicologia corne scienza positiva (1870) et l'ouvrage qu'il désigne luimôme comme son testament philosophique : Luniià délia coscienza (1898).

La psychologie a pour tâche, selon Ardigo, d'étudier nos états internes, dont la caractéristique commune est exprimée par le concept de l'âme. Le fait duquel part la psychologie est subjectif, mais il faut l'examiner d'une manière objective, physiologique. Ce double aspect nous montre la différence qui existe entre les phénomènes psychiques et tous les autres phénomènes. Or de quelque grande importance que soient pour la

psychologie les recherches physiologiques, la physiologie cependant ne peut jamais remplacer la psychologie. Les choses sont de telle sorte que les phénomènes psychiques et les phénomènes physiologiques sont des manifestations d'une seule et même « substance », la substance psychophysique, ou comme Ardigô le dit plus volontiers, la réalité psychophysique (realtà psicoflsica). Bans ses derniers ouvrages (où il expose sa théorie générale de l'évolution), la réalité psychophysique ne lait qu'un avec V[ndislinclo^\ Il existe une totalité naturelle qui précède toutes les diversités que nous désignons comme âme et comme matière et leur sert de base. Le concept de l'/ndistincto exprime ici comme partout l'unité et la solidarité. Le matérialisme aussi bien que le spiritualisme repose sur de simples abstractions. Considérée physiologiquement, l'opération mentale est liée à des processus physico-chimiques. Considéré psychologiquement, l'élément matériel, tout aussi bien que lélément psychique, ne nous est donné qu'à titre de sensation et de représentation ; nous ne connaissons le mouvement, comme la pensée, qu'en qualité d'actes psychiques. Au lieu de demander comment la matière peut se convertir en âme, il serait plus exact de demander comment nos représentations plus indistinctes à l'origine arrivent peu à peu à se différencier de telle sorte que les unes nous apparaissent comme des manifestations d'un moi, les autres comme des manifestations d'un non-moi. La conception populaire, matérialiste provient suivant Ardigô de ce qu'on ne s'aperçoit pas que nous devons à des fonctions psychiques des qualités telles que l'étendue et le mouvement, tout aussi bien que la couleur et l'odeur et tout ce qu'on appelle des qualités secondes.

L'idée de la réalité psychophysique ne fournit cependant aucune explication, et là-dessus Ardigô insiste fortement. Elle n'a pas d'autre valeur que d'affirmer une synthèse que nous sommes portés à résoudre dans nos abstractions. Il la compare à l'idée de la gravitation qui, elle non plus, ne donne pas d'explication. C'est l'affaire de l'avenir de trouver une explication réelle. Le positiviste n'est pas pressé d'arriver à la conclusion. Nous ne pouvons pas dépasser un concept provisoire. Quanta la nature intime du rapport, nous sommes incapables

ROBERTO ARDIGO

de la déterminer. Mais celte énigme n'est pas, pour Ardigô, le seul problème. Comment une pensée peut-elle être l'équivalent d'un mouvement? ce n'est pas là pour lui une plus grande énigme que celle-ci : comment une bille de billard peut-elle par un choc en mettre une autre en mouvement? Partout dans la nature nous ne connaissons les rapports de simultanéité et de succession qu'au moyen de l'expérience, et non au moyen d'une vision qui plongerait dans l'essence intime des termes. — En faisant cette remarque Ardig6 perd de vue pourtant le iait que la science vise à substituer, partout où cela est possible, une liaison de membres homogènes à la liaison extérieure des divers phénomènes et qu'il atteint ainsi un degré supérieur de continuité. Plus est grande la résistance que rencontre cette tendance et plus il faut qualifier d'énigmatique le phénomène auquel nous nous heurtons.

Dans son testament philosophique, son livre sur V Unité de la conscience, Ardigè manifeste son admiration pour le pressentiment génial dont Kant fait preuve dans sa théorie de l'unité de la conscience. Sans doute Kant a eu le tort d'admettre une trop grande opposition entre la matière et la forme de la connaissance, mais il a saisi l'idée scientifique fondamentale de la psychologie. 11 se produit, suivant Ardigb, dans la vie de la conscience, un processus ininterrompu de composition et de synthèse, auquel toutes les dispositions innées et acquises et tous les éléments nouveaux coopèrent en un certain sens. Du commencement à la fin, il y a une solidarité de toutes les fonctions psychologiques, une tendance permanente de ces fonctions à se fondre dans un seul tout. Celte tendance à la « confluence mentale » (confluenza mentale) sert entre autres choses de fondement à l'association des représentations. On ne la découvre souvent qu'en portant les regards sur les points de départ ou les intermédiaires inconscients, et c'est surtout pour ce motif que l'aide de la physiologie est indispensable à la psychologie. L'unité, qui est la marque de la vie consciente, ne peut être expliquée comme un simple produit de la collaboration d'éléments multiples, car nous ne découvrons ces éléments que par une distinction qui suppose toujours une totalité antérieure. En général c'est l'observation de la vie consciente

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