‹ Philosophes contemporains [microform]Chapitre 27 sur 87 · PHENOMENE ET REALITE · texte numérisé non relu

PHENOMENE ET REALITE

Fessai qu'il entreprend ici. Peut-être croira-ton que cet essai est sans espoir. Mais on ne peut pas le savoir d'avance, à moins que ce nesoiten vertu môme d'une connaissance métaphysique, c'est-à-dire d'une'connaissance à laquelle doit être appliquée la mesure pour distinguer la réalité de l'apparence. Ou bien on est d'avis que le résultat serait sans valeur. Mais mémo si le résultat est imparfait, il aura pourtant sa valeur s'il sert à éclairer ce qu'est la réalité. Bien plus, môme si nous aboutissions au complet scepticisme, nous aurions atteint de cette manière un contrepoids utile contre les courants dogmatiques : contre l'orthodoxie théologique d'une part, et d'autre part contre le matérialisme vulgaire, qui sansccla se partagoraienlles esprits. Après avoir fait ces remarques, Bradley ajoute : « Il y a une autre raison qui, en ce qui me concerne, a peut-être le plus grand poids. Je crois que tous nous nous sentons plus ou moins attirés au delà du domaine des faits ordinaires. Chacun de nous à sa manière croit qu'il est en contact et en relations avec quelque chose qui réside au delà du monde visible. De façon différente nous trouvons tous quelque chose qui nous dépasse, qui à la fois nous élève et nous décourage, qui tour à tour nous punit et nous inspire. Pour certaines natures la tendance intellectuelle à comprendre l'existence est la voie la plus importante qui fasse éprouver la divinité. Ceux qui n'ont pas senti cela, quelle que soit leur manière de l'exprimer, ne sont guère préoccupés de métaphysique. Mais partout où il se présente avec force, ce sentiment est à lui-môme sa propre justification ». Pour faire mieux comprendre cette déclaration, qui nous permet de plonger un regard dans sa vie intérieure, et pour éviter les malentendus, Bradley ajoute : « J'ai été obligé de parler de la philosophie comme d'une satisfaction de ce qu'on pourrait appeler le côté mystique de notre nature, satisfaction que quelques individualités ne peuvent pas atteindre d'une autre manière. Il pourrait peut-être sembler qu'à mon avis les métaphysiciens seraient initiés à quelque chose qui serait bien trop haut pour que la grande masse put le posséder. Une pareille théorie reposerait pourtant sur une regrettable erreur, je veux dire sur la superstition qui fait voir dans l'entendement le côté le plus élevé de notre nature, et sur la fausse

conception que le travail intellectuel qui est appliqué à des objets plus élevés est pour ce motif même un travail supérieur. . . Aucune profession, aucune aspiration n'est un chemin privé qui mène à la divinité, et le chemin qui parla spéculation conduit au delà des vérités dernières n'est pas supérieur aux autres chemins. Il n'est pas dépêché que la philosophie puisse moins justifier que l'orgueil de l'esprit, quelque porté que soit le philosophe à cet orgueil ».

Par ces déclarations Bradley nous fournit des données qui peuvent nous servir non seulement à caractériser son propre personnage, mais aussi à comprendre ce qui est l'essence la plus intime de toute tendance philosophique qui travaille dans legrandcalme. Lebesoin profond de comprendre et l'expérience perpétuelle des limites de la pensée, la tension absolue de l'énergie de la pensée et le sentiment perpétuel que ce n'est pas nous qui pensons, mais qu' « en nous se joue la pensée » (es in uns denkf), le dévouement intensif de tout l'être à la vie intellectuelle comme si elle était la seule vie qui eût du prix et l'expérience continuelle qu'en nous se meut aussi une autre tendance vitale qui réclame impérieusement une satisfaction, voilà tout ce qu'on peut déduire des paroles du penseur anglais. Ce sont là des paroles qui doivent être prises en considération en raison du caractère machinal que semble vouloir revêtir le travail scientifique en de nombreux domaines.

Après avoir considéré l'attitude générale de Bradley par rapport à la philosophie, j'arrive maintenant aux idées fondamentales de son chef-d'œuvre que je vais tâcher de mettre en lumière.

Phénomène et réalité

Il s'agit d'une étude critique des représentations au moyen desquelles on a essayé de comprendre l'existence.

Des concepts tels que la « matière », l' a espace », le « temps », r « énergie », avec lesquels travaille la physique, se prêtent parfaitement bien à la détermination réciproque de phénomènes limités, mais ils conduisent à des contradictions quand ils doivent exprimer l'essence vraie des choses {des Daseins), Ce

FRANCIS-HERBERT BRADLEY

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