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Bradley et la philosophie

Actuellement le penseur le plus important de l'Angleterre est sans aucun doute Francis-Herbert Bradley, né en 1846, qui est membre du Merton-College à Oxford. Pendant ses études il subit l'influence de Green ainsi que celle des écrits de Hegel et de Lotze. Son penchant pour la solitude et sa réserve augmentèrent de plus en plus à cause de son état maladif. C'est une nature spinozienne ; il ne lui manque que le coup

FRANCIS-HERBERT BRADLEY

BRâDLEY et LA^PIIILOSOPIIIE

d'œil réaliste de Spinoza pour les phénomènes psychologiques et sociaux. Avec une grande énergie de pensée il se plonge dans une seule idée qui met sa réflexion de plus en plus en mouvement et qui tantôt le rapproche du scepticisme, tantôt le conduit aux bords du mysticisme. Même de pénétrants critiques reconnaissent l'excitation entraînante de la pensée produite notamment par l'étude de son chef-d'œuvre. Cependant par endroits sa finesse souvent devient subtilité et dans ses analyses spéciales on sent presque toujours le manque de matériaux empiriques. Pour ce qui regarde la réflexion énergique et infatigable, il se place peut-être au premier rang parmi les penseurs contemporains, du moins quand il s'agit des problèmes des extrêmes limites. 11 est l'antithèse de Wundt. Tandis que ce dernier s'approche avec prudence des limites de la pensée, mais conclut un peu hâtivement et dogmatiquement, quand il est à la limite, Bradiey se hâte trop d'arriver à l'extrême limite, mais une fois arrivé, il procède avec une vigilante critique et examine les problèmes sur toutes leurs faces.

Les Elhical Sludies (1876) sont le premier écrit important de Bradiey. Il s'y attaque à l'atomisme de la philosophie anglaise. On ne peut pas, afflrme-t-il, décrire la conscience comme une simple collection d'éléments; car il serait impossible de comprendre comment une pareille collection pourrait prendre conscience d'elle-même {aware of itself). Stuart INIill lui-même (Bradiey ne l'a pas remarqué) avait posé ce problème dans une des dernières éditions de 1' « Examen de la philosophie de Sir William Hamilton ». Ce même problème amena Bradiey à étudier la philosophie allemande qui accentue surtout l'unité et la synthèse interne de la conscience. Il juge avec sévérité les doctrines anglaises, il en blâme l'étroitesse et le dogmatisme comme le manque de hardiesse, surtout en ce qui concerne le problème religieux. « Nous habitons une île, et notre manière de penser nationale prendra, si nous ne l'élargissons pas, un caractère insulaire. » — Ce jugement pèche lui-même par étroitesse ; Bradiey oublie que la philosophie critique fut déjà véritablement créée par Locke, et que la philosophie anglaise de l'expérience, en exigeant qu'on fît

voir l'origine des représentations, futune arme puissante contre

le dogmatisme.

Le penchant moral porte l'homme, selon Bradiey, à réaliser son moi sous la forme d'une totalité, d'un tout harmonieux et fermé. En effet l'essence du moi est d'être une totalité à la fois close et riche. De même, le penchant théorique nous porte à tenir l'existence pour un tout bien lié et clos [a consistent ivhole) . Si nous ne pouvons pas nous-mêmes devenir un tout, nous devons faire de nous une partie d'un tout plus vaste, de même que dans le cas où une totalité trop petite présente des contradictions, nous devons concevoir la pensée d'une totalité plus grande. 11 y a donc accord entre notre nature pratique et notre nature théorique. Nous possédons dans notre propre nature une mesure pour savoir ce qu'il faut appeler plus haut et plus bas : tout dépend du degré de la réalisation personnelle, par conséquent de l'harmonie et de l'indépendance qui se trouvent dans notre pensée et dans notre vie. L'homme ne pourrait pas éprouver la douleur de la contradiction s'il n'était pas lui-même un tout et s'il ne se doutait pas qu'il l'est. La contradiction provient d'une part du manque d'harmonie interne, d'autre part du manque d'accord avec les rapports

extérieurs.

La mesure de la perfection théorique et pratique, que Bradiey établit ici, nous donne la pensée fondamentale de toute sa philosophie. Cette pensée contient le germe de toute une conception de la vie et du monde, telle qu'il la développa plus tard (en 1893) dansson chef-d'œuvre «/lppeara?2ceant/i2ea///?/)), après avoir donné dans les « Principles of Logic » un exposé des principes de la connaissance ^^.

Bradiey déclare que son livre « Apparence et Réalité » est un traité métaphysique, et il explique ce qu'il entend par là en indiquant qu'il a voulu faire l'étude des principes qui sont le fond de la reconnaissance de la réalité comme le contraire de l'apparence ; il veut donner la mesure au moyen de laquelle il sera possible de distinguer entre des degrés supérieurs et des degrés inférieurs de la réalité. Ce n'est pas un systcme qu'il veut donner.

Bradiey se soumet à lui-même diverses objections contre

se

FRANClS-HEaBERT BRÂDLEY

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