L'IDÉE RELIGIEUSE FONDAMENTALE
d'abord avoir perdu leur force vitale et d'autres natures dans lesquelles la vie nouvelle peut pénétrer avant que l'ancienne soit entièrement épuisée, — et le contraste qui existe entre une évolution qui exige un effort conscient (alors même que cet effort ne conduit pas directement au but) et une évolution qui s'effectue toujours involontairement.
Accidentellement, James, outre cette théorie des types généraux, donne aussi des indications sur sa propre foi, purement individuelle. Pendant un long état d'épuisement nerveux, il eut recours au mouvement de la cure spirituelle et il croit qu'elle l'a aidé à se remettre, ce qui cependant ne l'empêche pas de conserver vis-à-vis d'elle son attitude de critique. S'il dit que la mystique ne fait que donner sous une forme extrême ce que contient toute expérience religieuse, il ajoute que personnellement les états mystiques lui sont inconnus. 11 caractérise sa foi en disant que, sans pouvoir se rallier au christianisme ordinaire ou au théisme spéculatif, il est convaincu que par les états dans lesquels l'homme se sent en union très intime avec l'être le plus élevé qu'il connaisse, une nouvelle force arrive dans le monde et de nouveaux points de départ sont donnés ; à ce titre, sa foi est supranaturelle et elle admet des actions divines à l'intérieur du domaine de l'expérience naturelle. Il ajoute qu'il sait fort bien que l'opinion régnante dans les milieux académiques est dans un sens tout opposé. — La foi en l'immortalité est pour lui d'importance secondaire (bien qu'il ait essayé de montrer dans un écrit spécial qu'on ne saurait la réfuter). 11 dit à ce sujet : Pourvu que « dans toute l'éternité » on ait soin de nos idéaux, je ne vois pas pourquoi nous ne devrions pas consentir à les confier à d'autres mains qu'aux nôtres.
d) Vidée religieuse fondamentale.
Bien que la religion ait son fondement, suivant James, dans la vie sentimentale et dans ses expériences, et bien qu'elle revête des formes extrêmement diverses, il y a pourtant Une idée fondamentale ou une hypothèse qui lui sert constamment de base. Cette hypothèse est que l'on peut atteindre un état
WILLIAM JAMES
d'harmonie, d'unité et de paix, dût-on môme n'y parvenir qu'à travers des combats et des crises, et que l'on arrive à ce but grâce à un courant d'énergie supplémentaire qui provient d'un ordre des choses plus étendu et qui, psychologiquement, se manifeste en nous dans la nature inconsciente. Notre façon personnelle d'interpréter ce qui se passe ici n'est pas l'essentiel ; il s'y ajoutera toujours des amplifications et des compléments purement individuels {over-beliefs). Le principal, c'est que, pour la conscience religieuse, la tragédie, si souvent qu'elle soit présente au cours de la vie, soit toujours seulement provisoire et partielle. Les derniers mots de l'existence ne sont pas naufrage et dissolution. Toute religion, par suite, part, en définitive, d'une hypothèse cosmique. En revanche, la conservation de la religion ne dépend pas du tout d'une croyance dogmatique spéciale. Si l'on identifie la religion avec une conception animiste du monde, ou bien si on la fait dépendre d'une conception de ce genre, alors, et naturellement, son temps sera passé quand disparaîtra l'animisme; et de même, si on en fait une magie ou un fétichisme. James pense que la dispute à laquelle on se livre ici peut facilement devenir une dispute purement verbale. Ce qui est pour lui péremptoire, c'est que les expériences intérieures, sur lesquelles la religion est essentiellement construite, sont les plus concrètes et les plus immédiates que nous ayons. En comparaison de ces expériences, toutes celles que nous pouvons avoir sur les rapports extérieurs du monde ont un caractère abstrait et général. Il n'y a aucune raison d'admettre que le temps doive être passé d'expériences de ce genre, même si l'on devait rompre les liens qui les rattachent à des éléments avec lesquels elles ont été jusqu'ici portées à se confondre.
e> Remarques sur la philosophie religieuse de James.
L'étude de l'œuvre de James, parue un an après mon propre essai de philosophie religieuse, a été pour moi d'un grand intérêt, non seulement parce qu'il y a longtemps que je n'avais pas lu un livre qui m'apprît, au même degré que l'ouvrage du philosophe américain, à voir la vie et les hommes avec des yeux nouveaux et reposés, mais aussi parce que cet ouvrage