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REMARQUES SUR LA PHILOSOPHIE RELIGIEUSE DE JAMES

précieuse pour lui peut être la vie physique elle-même dans sa conservation et dans son développement, mais aussi des biens idéaux. Son sentiment total au sujet de la vie est toujours déterminé par l'aspect sous lequel le ciel des valeurs lui apparaît, assombri ou serein. En partant de ce point de vue, je suis arrivé à mon hypothèse que la conservation de la valeur est l'idée religieuse fondamentale ou l'axiome religieux. James insiste sur le sentiment d'unité intérieure et sur l'expérience de l'afflux d'énergie interne, sans remarquer suffisamment comment cette unité et cette augmentation de l'énergie ont cette importance pour l'homme de supprimer la discordance entre la valeur et la réalité. Je ne crois pourtant pas que James doive être en désaccord avec moi au sujet de mon hypothèse. Comme je l'ai déjà mentionné plus haut, il est d'avis que la religion se fonde, avant toutes choses, sur l'expérience subjective, mais qu'elle s'appuie, plus ou moins consciemment, sur la supposition que ce qu'il y a de tragique dans le monde ne peut être que partiel et transitoire, et que les derniers mots de l'existence ne peuvent pas être naufrage et dissolution. La conscience religieuse doit donc, conformément à sa nature, supposer quelque chose des rapports cosmiques, de la nature la plus intime de l'existence. C'est ici le point où la religion a toujours été portée à se transformer en métaphysique, comme inversement la métaphysique, sans en avoir toujours nettement conscience, est partie, dans ses constructions, de suppositions rehgieuses. Suivant James, toutes les fois que l'on essaie de formuler de façon précise et concrète ces suppositions dernières, on tombe dans 1' « over-belief », c'est-à-dire qu'on passe du domaine de la pensée et de l'expérience dans celui de l'imagination et du mysticisme. Le « supranaturalisme » de James en est un exemple frappant. Il n'a pas le droit de dire autre chose des commencements nouveaux qu'il admet, sinon qu'on ne peut pas, pour le moment, en indiquer la cause ; il n'y a donc pas de motif, suivant sa propre conception, pour leur atlribuer une cause « surnaturelle ».

Il y a encore un autre point essentiel sur lequel je suis d'accord avec James, je veux parler de la grande importance qu'il attribue aux variétés individuelles au point de vue de

et '•■.

WILLIAM JAMES

Texpérience religieuse et de la foi religieuse. Sa magistrale description du contraste existant entre les âmes saines et les âmes malades dans la façon de concevoir le monde, est un puissant appui en faveur de ce que j'appelle le principe de personnalité. Ce contraste en effet correspond à celui que j'ai mis en relief entre les natures expansives et les natures discordantes {Religionsphilosophie | 36-37, cf. | 94). Mais James a donné tant de force et tant de clarté à son analyse que la question de savoir si des personnalités différentes peuvent réellement avoir « la même » religion se présente avec une nécessité plus grande encore qu'auparavant.

NOTES

1. p. 5. Celte peur du matérialisme peut entraîner des conséquences graves, car Wundt, pour garantir son indépendance à la psychologie, cherche tout naturellement à limiter les « éléments » au plus petit nombre possible, puisque ce n'est que pour les éléments, etnon pour leur synthèse, qu'est nécessaire un corrélatif physiologique. Il trouve inquiétant, par exemple, que j'appelle la nouvelle propriété que reçoit une sensation, quand elle est reconnue, une qualité (la « qualité du déjà vu »), car il croit qu'ainsi je serai poussé à remplacer une explication psychologique par une explication physiologique. Il trouve en cela un signe du temps : « Ce penseur ne doit pas être rangé parmi les principaux représentants de la psychologie matérialiste. Mais c'est précisément ce qui me parait bien marquer l'envahissement de la littérature actuelle par des essais d'explication physiologiques, hypothétiques et psychologiquement inféconds, de voir que même des psychologues aussi... libres de prévention que Hôffding ne puissent pas s'en abstenir complètement. » {Philos. Studien, X, p. 61). A cela je réponds qu'à propos de tout fait psychique, j'estime qu'on doit se demander s'il est possible d'en trouver une explication physiologique : et cela, aussi bien pour des synthèses et des comparaisons que pour les éléments et les qualités séparés. Mais en vertu de l'hypothèse de l'identité, que Wundt lui-même a l'habitude d'affirmer, une explication physiologique n'exclut pas l'explication psychologique; tout phénomène, en tant que possible, doit être éclairé sous ces deux côtés. Je conçois psychologiquement la reconnaissance immédiate, par analogie avec l'association par ressemblance et avec la comparaison, comme un cas limite de ces actes, c'est-à-dire comme la forme la plus élémentaire sous laquelle le rapport de ressemblance se fait valoir dans la conscience. L'explication psychologique que Wundt donne, efface la différence qu'il y a entre les faits psychiques les plus élémentaires et les plus complexes, puisqu'il admet que des représentations libres participent même aux cas les plus simples de la reconnaissance. — Wundt garde dans la discussion de la loi de Weber la même position que dans les cas de reconnaissance immédiate, puisqu'il distingue entre les sensations mêmes et leur « comparaison » (Physiologische Psychologie, o« éd. I, p. 541). C'est une grande question de savoir si cette distinction est soutenable pour ce qui concerne les faits les plus élémentaires de sensation. — Sur Wundt je renvoie surtout aux livres suivants : Edmond Kônig, « W. Wundt. Sa philosophie et sa psychologie ». Stuttgart 1901 (Frommans « Klassiker der philosophie »). Allan Vannérus, « Vid studiet af Wundts psykologi » (Stockholm 1896). J'ai utilisé aussi une dissertation inédite sur Wundt jen tant que psychologue de mon jeune ami Aug. Bjarnason, mag. art.

2. P. 14. Cf. p. ex. Wundt, System der Psychologie (!'• éd.) p. 533 : « Comme le développement de l'énergie mentale ne consiste que dans le perfectionnement qualitatif des conformations organiques, la déterminalion quantitative de la masse des énergies physico-chimiques reste, par

NOTES

conséquent, absolument intacte... Ainsi tout le progrès de l'évolution organique n'augmente pas plus la quantité des forces physiques que la quantité de la matière. Mais les forces physiques et leurs substrats ont démesurément augmenté de valeur par le développement de la vie organique. Il est certain que les déterminations de valeurs ne sont devenues possibles en général, et en môme temps nécessaires, que par l'apparition d'actes volontaires ayant un but et des représentations et des sentiments qui s'y lient ». — Cf. aussi Physiol.Psychol, 5» édit. lll, p. 781.

3. P. 14. Le concept actuel de l'àme a été surtout mis en valeur par Fichte, mais il est déjà contenu dans le concept que donne Kant de la conscience comme synthèse. Ce concept a été soutenu on Danemark par F.-C. Sibbcrn et par moi. (Voyez notamment mon arlicle. Sur la reconnaissance^ l'association et iactivilé psychique. Vierleljahrsschr. fur wiss. Philos. XIV, p. 311-315).

4. P. 17. Wundl croit que, dans mon article cité ci-dessus (note 3). j'ai mal compris (p. 103) ce qu'il a dit sur l'aperceplion dans la 3» édition do sa « Physiologische Psychologie», si je conclus, du fait que la distinction qui existe entre l'association et l'aperception repose sur une abstraction, qu'il ne les considérait pas comme des processus distincts; cela signilie seulement « qu'en fait elles se présentent toujours ensemble » (« Philos. Sludien » Vil, p. 229 sq). Mais dans la 4» édition de sa « Physiologische Psychologie », parue ultérieurement, il est dit (II, p. 447) des synthèses les plus simples de représentations : « Ces processus, par l'absence complète d'influence de la volonté sur leur mode de production, se distinguent très nettement des synthèses aperceptives de représentations que nous devrons expliquer dans la suite », et encore (p. 479) : « L'association se borne à amener les représentations dans les synthèses oQ, en vertu de leur nature propre, elles s'ordonnent sans l'influence d'aucune activité interne volontaire ». Si Wundt admet continuellement en outre, même dans la 5* édition de son grand ouvrage psychologique, qu'il existe dans le cerveau un centre spécial d'aperception, il semble bien résulter de cela que l'aperception et rassociation n'ont pas besoin de se présenter toujours ensemble. — D'après Wundt, nous aurions une conscience immédiate de l'activité qui se manifeste dans l'aperception, grâce à un « sentiment d'activité » qui est commun à toute aperception {Physiol. Psychol., 4» éd. H, p. 266, 270, 279). En d'autres endroits (p. ex. « Philos. Studien » X. p. 109) il dépeint l'aperception, ou en général l'activité volontaire, comme un objet dintuition immédiate (Cf. également Physiol. Psychol., 4» éd. II, p. 560 : « Le concept de l'activité ne provient tout d'abord que de nos propres actes volontaires, et c'est d'eux seulement qu'on l'a transporté à des objets extérieurs en mouvement »). Dans ses exposés antérieurs, Wundt reliait étroitement la conscience de l'activité avec la sensation immédiate de l'innervation, que plus tard il a rejetée. — Sur les difficultés qui sont liées à toute espèce de conscience de l'activité, Wundt, chose étrange, ne dit rien nulle part. Cf. sur cette question ma Psychologie VII, B. 4 et mon article. « Sur la reconnaissance » dans la « Vierteljahrsschr. f. wissensch. Philos. XIV, p. 272-310.

5. P. 19. Cf. l'article de Wundt Sur la définition de la psychologie (Philos. Studien XII) p. 517. Friedrich Paulsen. Introduction à la philosophie. Berlin, 1892, p. 116-132 (Psychologie intellectualiste et psychologie volontariste) .

6. P. 19. Dans mon traité de psychologie je m'efforçais déjà dans la ir« édition (1882) de montrer une activité psychique dans la perception sensible, l'association des représentations, le plaisir et la peine, comme aussi dans ce qu'on appelle spécialement le vouloir, et je trouvais dans la volonté la nature la plus vraie et la plus intime de la vie psychique (IV, 7»).

NOTES

Si je pouvais maintenant le remanier à fond j'en ferais aussi, dans la forme H'pxnosition une psychologie de la volonté.

7 'P « on trouvera des passages caractéristiques de Wundt concernanl la métaphysique dans les P/»/o.. Slud^en Xl.I. p. 80, 428, duction à la philosophie », p. 348-iJ52.

8. P. 27. Le développement q"^ '«^^undl de ce point se trouve d^^^^^

^^l'niCpr^rrriiJi/^^f^^

9. P. 30. Cf. sur toute cette question ma Psychologie .11 10-11^ R^gro^ .kiUsopHe ... 6. ^^;'-^fd1u';trti^^

.induction. Le -PP"^f« ' f^ "«^fit^^tK'^^^^^^^^^^^^^ taLis que la rondre^xeet^uspo-^^^^^^^^

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regardée comme 1 .nd.ce f""«i^„«^"^'','^Xe totalité est interprétée par la ^iTr^slnSn dunèTul^ de sesTar (ou d'un seul côté), et .'analogie doit toujours ici demeurer incomplète.

10 P 3i. Cf. maRe%i<"isp/ii7osopM«§80-9i;129.

Il' P 32. Par . hétérogénéité des fins » ^undt entend ce que appeUe ,ed placement objectif des valeurs (voïf ..■"""X^J^ent' ub^ctUd^s admettre que le déplacement f/„ "\^^^. '^ f^S„e cho^i de plus valeurs) «",^.«««.'7°";;,.^;;^ ,^e „ estÎas toujournécessaire, puisque que dans 1 mten on^ rsUerésuUat de .'action et que d'autre part d'autres

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moUfs. - Sous une («^«^^P^.^^^'f ,^5^^ ^^^ Mill. Dans l'histoire

"72." P. 34. Cf. mes -arq-yritiques s^^^^^^^^^^^^^^

morphose des fins ») et dans mon Ethik VIII, 4 , XIli, 4. 4^ P 39 Pour l'histoire de la philosophie italienne avant Ardigô je rcn-

Vunità délia coscenza, p. *'";"/Vnes ne me paraissent pas tout à fait .•opuscule La f?\Z"ZHànepoT^^ZZ distinrione . se prod..ise. précises, car si 1 on admet ?"e, pou. ^u présentes des

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NOTES

vrai dire, de la théorie d'Ardigô, s'il donne tout Indistinto comme limite et 8 il déclare relative la distinction entre indistinto et distinto.

15. P. 45. Quando il pensiero perdi di vista l'infinito, fissandosi nel distmto finito, esso infinito lo assiste inosservato, e coslituisse la stessa forza della logica del suo discorso. Formaz. nat., p. 136 (« Opère filos. » II).

16. P. 46. Ardigô se rend fort bien compte que la valeur ne dépend pas de la ressemblance de la pensée avec l'objet pensé, mais de la nature mterne de la pensée [La psicologia corne scienza positiva, p 228 « Opère filos. » I). Mais cela n'explique pas la valeur. En un autre endroit (voyez L unxta della coscienza, p. 441, « Opère filos. » VII) il appelle la vérité une propriété de la pensée (una qualità del pensiero). Mais si la pensée est un phénomène au même titre que les autres phénomènes, qu'est-ce que cette quahté de la pensée a donc affaire avec ces derniers? — Il se présente ici chez Ardigô un certain dogmatisme.

17. P. 47. Dans une édition postérieure de sa Psicologia (1882) Ardîtrô fait suivre son exposé de la « réalité psychophysique » de la note suivante : « Questa espressione, sostanza psicofisica, non è altro che l'Indistmto naturale précédente e sottostante ai due fenomeni distinti del mondo della psiche et di quella della materia » (p. 387). - Le concept de llndistmto fut introduit pour la première fois dans l'opuscule La formazione naturale (1877).

18 P. 51. Ardigô polémique ici spécialement contre Mamiani Vovez 1 opuscule La religione di T. Mamiani dans les « Opère Clos. » Tome II."

19 P 52. William James a naguère exprimé chaudement son attachement absolu à la vieille école anglaise et déclaré qu'il bàlit sur son territoire (voir ci-dessus IV. t). Mais cet attachement ne porte que sur certains pnncipes généraux, qui sont actuellement reconnus par la plupart des philosophes et qui d'ailleurs se présentent chez James môme avec dps modifications qui ne peuvent pas découler des principes de la vieille écolo anglaise.

20. P. 55. Outre les écrits indiqués, Bradlcy a aussi fait paraître toute une série d articles dans la revue Mind. J'ai utilisé quelques-uns de ces travaux pour l'exposé que l'on va lire.

21. P. 63. Bradley est nettement contre le volontarisme. Il résulte de tout son point de vue qu'il ne peut pas trouver une solution à ses énigmes en faisant appel à la volonté. « Ce que nous connaissons comme volonté suppose un rapport et un processus, en même temps quun désaccord inconcevable d éléments. Il en est de môme de l'énergie on de l'activité ou d'autres choses de même genre » [Appearance and Reality, p. 483). Bradley part ici de ce point que 1 idée sur laquelle nous fondons notre conception du monde nnî In! ^^,f ?^VT^ ?^ ?che^^e et ne pas conduire, par suite, à des questions nouvelles. Il fait, ainsi que Goethe, du « phénomène originaire » un quelque chose qui n a pas besoin d'explication (Cf. mes Philosophische Problème, p. 68 sq.). Que la volonté soit une idée qui soulève de nouvelles questions. Bradley a. sans nul doute, raison de l'affirmer. Schopenhauer, le père du volontarisme du xix- siècle, a négligé cela. Mais n'en est-il pas de même de tous l£s concepts desquels on essaie de montrer qu'ils mènent à une conclusion définitive? Cela n'est-il pas vrai, avant toutes choses, du concept de 1 expérience que Bradley veut prendre pour fondement? - Je fais abstraction ici du côté purement psychologique de la chose. Bradley n'a pas publie jusqu'ici sa psychologie. Par ses articles du « Mind » {On active attention, 1902 - The définition of will, 1902-1903) on peut voir cependant. que sa psychologie a principalement un caractère intellectualiste.

Contre Janies Ward, qui critique Bradley du point de vue du volontalisme, A.-E. Taylor, un penseur ami de Bradley. remarque qu'il faut bien

NOTES

se rendre à l'évidence et voir que l'activité ne peut pas servir d'expression pour le très haut ou l'absolu, puisque l'activité suppose toujours une résistance (« Mind », 1900, p. 258. Cf. ma « Religionsphilosophie » §§ 18, 22). Cette objection ne laisse à coup sûr qu'une échappatoire, celle à laquelle ont si souvent recours les philosophes théistes et qui consiste à regarder la divinité comme limitée, ainsi que le fait, p. ex., Rashdall dans son article Personality human and divine (dans Personal Idealism). Le problème du mal a notamment conduit plusieurs penseurs à ce résultat. On voit alors évidemment, de la manière la plus nette, comment les problèmes se représentent constamment. Suivant Rashdall « l'absolu » n'est pas Dieu, mais « une société, qui comprend Dieu et tous les esprits ». — 11 ne sert manifestement de rien de faire passer les problèmes et leur discussion dans le domaine de la mythologie.

22 P 69 Je suis redevable de quelques traits de mon analyse de Taine à Boutmy (Taine, Renan, Schérer, Paris, 1900) et à l'éloge de Taine fait par Albert Sorel dans son discours de réception à l'Académie française (1895).

•^3 P 74. Charles Renouvier, Esquisse d'une classification systématique des doctrines philosophiques, Paris, 1886. II, p. 395. — Cf. du reste sur Renan G. Séailles, « Ernest Renan. Essai de biographie psychologique », Paris, 1 894. M'='«Darmestelter, La me d'E?'ne5^ilena7i, Paris, 1898. Ed. Platzhoff.

« Ernest Renan. Ein Lebensbild. » Leipzig. 1900.

2i P. 76. Cf. mon article sur la reconnaissance, V association et Vactivité psychique (« Vierteljahrsschrift fiir wissensch. Philos. XIV, p. 307 sq. Psychologie, VII B, 4).

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