PARIS
CHARPENTIER, LIRRAIRE -ÉDITEUR,
i7 — BLE DE LILLE — 17 M D C C C L 1
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Philosophes et comédiennes, — tous sont philosophes^ toutes sont comédiennes : — Socrate qui va étudier chez Aspasie , — et Aspasie qui cjonverne le monde sous le nom de Périclcs ; — Abeilard qui donne des leçons à Hélpise, — et Héloise qui lui dit tout bas : Ignorant! — Voltaire qui apprend la comédie à mademoiselle de Livrij — qui le lui rend bientôt. Tout homme qui n'est pas doublé d'une femme nest pas un homme. Un poète a dit : « Dieu commence l'artiste, et la femme l'achève. » Et ce poète a eu raison. Eve est le vrai livre oii étudie Adam. Dieu a donné la philosophie h l'homme, mais il
a enseigné la comédie à la femme. A un certain diapason, parmi ceux et parmi celles qui ont mordu au fruit amer de la science, parmi les privilégiés de l'esprit et de la beauté : les artistes, les penseurs^ les femmes à la mode, les gens de cour, — car il y a toujours une cour, — la plupart sont philosophes, la plupart sont comédiennes. Il n'ij a qu'à la Sorbonne et au Théâtre qu'il s'en rencontre peu.
Ami lecteur, ce livre est le carnaval de mon âme — et de la tienne si tu le veux lire; — et les noms de folie ou de sagesse, de deuil et de volupté qui vont et viennent en désordre dans ces pages comme dans les spirales d'une valse éperdue, — sont les masques et les déguisements de ma fantaisie. — Parfois même, confondant masques et déguisements dans un imbroglio, tu la verras traverser le récit ou le pocme, un pied dans la sandale austère du philosophe, l'autre dans la mule brodée de la comédienne. Mais sous la sombre draperie et sous le corsage au vent, tu sentiras battre le même cœur. Ces capricieuses mascarades sont des métempsgcoses transparentes qu'anime une seule âme, qui se cherche et se poursuit ellemême dans les fantômes riants ou tristes du passé.
L'air de cette ronde mélancolique, qui emporte la Gaussin dans les bras de Platon, est aussi bizarre que la chanson. La lyre y cdterne avec le tambour de basque,
la plainte avec la roulade, le rire avec le sanglot. Cependant les deux accents finissent toujours par se rencontrer et se confondre dans le cri d'un regret, d'une passion ou d'un enthousiasme, comme ces voix jumelles des duos de Mozart, dont l'une raille et dont l'autre pleure, mais qui montent ensemble l'échelle infinie de la gamme, et qui, arrivées à sa note extrême, s'entrelacent, s'étreignent, s'envolent et s' évanouissent dans le ciel de l'idéal.
A quoi bon ce livre ? C'est l'œuvre du temps perdu — le meilleur temps! — Qu'il soit pour toi, ami lecteur, le livre du temps perdu.
Qu'est-ce que cela prouve? — Rien, sinon qu'en ces jours oii l'on vit ventre à terre, sans souci de l'air qui passe, du ciel qui s'illumine, du monde invisible qui chante l'infini, il faut dorer — ne fut-ce qu'au procédé Buolz — l'échelle des passions qui monte de l'homme jusqu'à Dieu.
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