‹ Philosophes et comédiennesChapitre 46 sur 68 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

MAR1A>>'E, NICOLAS sur le mur.

On entend un air de cornemuse.

MARIANNE

C'est lui, en vérité. C'est que je l'aime, ce brave Nicolas! Cet air me va droit au cœur. Voyons si je me rappelle la chanson.

(Elle chante.)

J'ai vu sous le platane, Pieds nus, cheveux au vent,

Suzanne Qui s'en allait rêvant.

Amour, qui toujours veille, Etait venu joyeux,

La veille, Sourire dans ses yeux.

Jai vu sous le platane, Le coeur tout palpitant,

Suzanne Qui s'en allait chantant.

Chanson de tourterelle ; Un soldat inconnu,

Pour elle, l^e loin était venu. i

DE LA MAUUUISI'. 227

J'ai vu sous le plulane, (Son chagrin était grand)

Suzanne Qui s'en allait pleurant.

Le soldat infidèle Buvait en vert galant,

Loin d'elle, L'amour et le via blanc.

J'ai vu sous le platane Une fosse au printemps :

Suzanne

Y dormait pour longtemps.

Et lorsqu'après sa faute

Y revint le soldat,

Bien haute L'herbe montait déjà !

Madame s'éloigne, voilà là-bas monsieur qui vient. Ces époux du beau monde ont toujours l'air de jouer aux quatre coins. Encore, si Nicolas pouvait se mettre de la partie !

NICOLAS

Me voilà ; tends-moi les bras, j'ai à te parler.

MARIANNE

Ne peux-tu donc pas parler de dessus le mur!

NICOLAS

Nenni, car les choses de l'amour se disent avec les yeux.

MARIANNE

As-tu la vue courte?

NICOLAS

Oui.

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MARIANNE

Tant mieux , en ménage, les vues courtes sont les meilleures. — Va-t'en.

-MCOLAS.

Je reviendrai.

MARIANNE

Oui, quand il fera nuit.

NICOLAS

Envoie-moi un baiser, Marianne; envoie-moi donc un baiser! Ça court comme le feu.

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