SCÈNE YI
MARIANNE, M. DE VERMAND, NICOLAS sur le mur. LE MARQDIS, entrant.
Comme la Normandie est féconde en belles filles ! Trouvez-moi une marquise qui vaille cela. C'est qu'elle est très-jolie, décidément, ill saisit le bras de Marianne.)
MARIANNE
Ah ! vous m'avez fait peur, monsieur.
En vérité, j'étais bien loin de penser à te faire peur. A te voir et à t'entendre, on ne songe qu'à te faire — l'amour.
MARIANNE, avec dignité.
Vous me chantez tous les jours la même chanson; mais, comme on dit, c'est comme si vous chantiez. — Madame est dans le parc, monsieur.
DE LA MAl^iUlSE. 229
J'ciUeiuls bien : tu veux ni'envoyer promener avec elle.
MARIAN.NE
Madame a dit qu'elle y serait même pour vous.
Voyez comme ce siècle est mal fait : le maria^re n'est plus qu'un jeu, on a une femme pour l'amour — de Dieu , Il faut se résigner à faire comme tout le monde. (SViourdissantunpou.) Quelle jolie fille vous faites, Marianne! Qu'importe que ma femme soit au bout du parc, quand tu es ici î Ah! Marianne, quel regard diabolique, quelsycux! on dirait les portes de l'enfer. Ta bouche est un rosier : pour qui
donc toutes ces roses-là, friponne? (Il vcui embrasser le cou de Marianne, qui se retourne vivement.) Enfin, VOilà que je te fais tourner la tète ; la tête des femmes est faite pour tourner.
MARIANNE
Mais, monsieur, c'est plutôt la vôtre qui tourne.
On la perdrait à moins. Quelle bouche séditieuse! et quel joli collier de perles dans cette bouche! Si tu veux un collier, tu n'as qu'à dire un mot. (Apnn.) Cela va prendre bonne tournure, comme dans la Folle Journée. Mais moi, je ne serai pas joué comme le comte Almaviva.
(Il ressaisit le bras de Marianne.)
MARIA3\">E
Est-ce fini? Vous allez trop loin, monsieur. Si c'était madame, à la bonne heure, elle pourrait vous répondre; mais moi, je ne sais que vous dire, si ce n'est que vous me chiffonnez pour rien.
LE MARQUIS, à part.
Voyez-vous! depuis que nous avons exilé la vertu, la voilà qui court l'antichambre. Il n'y a plus rien de bon à faire en descendant. — Après tout, ma femme est plus belle que cette fille. (Haui.) Ainsi donc, Marianne, vous vous nichez dans votre vertu : robe légère est de saison.
MARIAJNISE.
C'est tout ce que j'ai, monsieur, j'y tiens. C'est peu de
chose, mais c'est bien porté. (Elle aperçoit Nicolas, qui lève la lête au-dessus du mur. KUe pousse un cri.) Ah!
Qu'y a-t-il donc, Marianne?
MARIANNE
C'est cet imbécile qui m'a fait peur.
(lîu valet de chambre vient présenter leMerciue de France au marquis.) LE MARQUIS, ouvrant le journal.
Ah! bien, une charade! Palsambleu, c'est une chose grave! Je m'en vais étudier cela, car il en sera question demain au château. Je passe à mon cabinet, (iis'eioigne gra-
venieni.)
SCÈXE YII.