SCÈNE XIII
LE MARQUIS, puis MARIANNE.
En vérité, je suis bête à faire peur. — Allons, allons, mon cœur, apaisez-vous, votre temps est passé , le mariage a soufflé sur vous. — La plus belle fille du monde ! Ah! si seulement j'avais pris un baiser profane à côté de sa petite croix d'or! — N'en parlons plus, je suis un sot. Mais à quoi bon l'esprit aujourd'hui? On ne dit plus rien, on pense! — Je suis venu cinquante ans trop tard ; voilà
le siècle qui se fait vieux et raisonneur; il a beau se poudrer, il laisse voir ses cheveux blancs. — Mais, ù ce que j'entends, la marquise touche du clavecin on dépit de toutes les oreilles. (U va vers le pavillon.) Zulmé, pour qui donc cette musique du diable?
MARIANIN'E, coiitrofaisaiU la voix de la marquise.
Pour vous, monsieur.
LE W.\RQniS, à part.
A propos, il faut que je l'envoie sous la charmille. Ce sera piquant. Elle y verra son chevalier, son cher chevalier, papillonnant autour de Marianne. Tout cela tourne à merveille pour moi. (ii appelle.) Zulmé ! — Zulmé, va donc au bord de l'étang; quelqu'un t'attend sous la charmille.
MARIANNE, iiii pou indignée, J» part.
Je n'y comprends plus rien. C'est comme cela qu'il va au rendez-vous que je lui accorde?
Marquise, savez-vous où est le chevalier?
MARIANNE , se détournant dans l'ombre.
Il ne viendra pas ce soir.
Où voltigez-vous donc, ma tourterelle? (ii poursuit Marianne
sans l'atteindre.)
MARIANNE , à part.
Tout cela tourne si bien que me voilà prise au rendezvous. Pauvre Nicolas!
C'est étonnant comme je vous aime aujourd'hui, marquise !
MARIANNE
J'en suis fâchée; puisque vous avez bien attendu jusqu'aujourd'hui, vous attendrez bien jusqu'à demain.
Je ne t'ai jamais tant aimée, ma colombe. — Mais tu
t'envoles. (Marianne enue dans le pavillon; le marquis croil la suivre dans le parc.)