‹ Philosophie anatomique. Des monstruosités humaines. Ouvrage contenant une classification des monstres; la description et la comparaison des principaux genresChapitre 15 sur 62 · LT. CONSIDÉRATIONS PHYSIOLOGIQUES · texte numérisé non relu

LT. CONSIDÉRATIONS PHYSIOLOGIQUES

Du degré d'influence dans l'organisation accordé Jusqu'ici au système nerveux.

On a voulu tout récemment classer les systèmes organiques selon leur ordre de plus grande utlité, et l’on aurait donné dans cette combinaison le premier rang au système nerveux : ou plutôt on l'a jugé à une distance inappréciable des autres ; on l'a placé hors de ligne; on en fait l’être par excellence. C’est, dans cette haute généralisation , c’est tout l'animal; les autres systèmes ne sont là que pour le servir et pour l’entretenir.

Peut-être faudra-t:il revenir sur les faits qui ont motivé cette conclusion. Il se pourrait qu’elle ait

été donnée d’une manière trop générale, où du moins qu elle füt anticipée. Qui sait si l'influence des nerfs ne se borne pas à un rôle simplement passif? s'il n'y a pas pour seul'êtré d’une activité réelle, pour seul agent en circulation, un fluide (r)

impordéré; s6it le calorique (2), soit la lumière (peut-être l'un’ ét l’autre), soit un autre fluide de inéme caractère, et dont l1 nature résterait à déterminer ? si tout le mystère dé lessence des nerfs ne tiendrait pas à leur propriété conductrice, rendue profitable pour l'animation des corps organisés , efficaces enfin, par les qualités contraires des tissus cellulaires, aponévrotiques où fibreux dans lesquels les nerfs se répandent (3)? |

(1) Je répugne à prononcer le mot de fluide impondérable., parce que je répugne à déclarer qu’une incapacité est absolue quand je l’ignore. |

(2) J’avais annoncé, dans un grand travail dont je m'étais occupé en 1807, étant alors dans Alexandrie d'Égypte qu’assiégeaient les Anglais, que toute contraction musculaire s’opérait par un changement de composition chimique, par l’afflux d’abord, et puis par la retraite du calorique. J'ai écrit, communiqué , mais non publié ces vues par la voie de l'impression ; je suis flatté d'apprendre qu'elles ont été accueillies, ou ont été également conçues de propre inspiration par des savans placés au premier rang des physiologistes de l’époque actuelle. |

: (3) On s'occupe de nouveau des tissus primitifs, et l’on paraît

présentement disposé à n’en admettre qu’un seul, sénérateur P ;

Le système artériel puise ses matériaux parmi les produits de la nutrition, le système veineux les siens dans le sang artériel ; le système respiratoire est producteur du calorique. Ce sont de nouveaux matériaux pour le sang des artères, à l'extrémité desquelles le calorique trouve à se répandre dans la substance des nerfs. Le calorique, si tel est. le fluide employé dans cette circulation, le calorique en suit nécessairement les ramifications, étant contraint à le faire par les barrières qui en empêchent l'extravasion latérale, c’est-à-dire par un:tissu non conductenr. Tous ces systèmes versent les uns dans les autres, et tous ainsi me paraissent jouir d'une égale efficacité dans lerôle qui leur est propre. Le nerveux n'est pas plus animalisé que les autres; il ne constitue pas plus l'essentiel de l'être que les

de tous les autres. Cependant n’en existerait-il pas deux essentiellement distincts, deux dans ce sens que lun et l’autre s’assimilent des matériaux différens empruntés. ou à des corps combustibles ou aux corps comburans? De cette circonstance on conclurait la raison de leur propriété conductrice ou non conductrice. La manière d’être de la lumière en traversant les corps transparens répond à celle du calorique s’échappant des substances, métalliques , en ce point qu’il y a de même transmission, circulation. Cela posé, l’organisation serait-elle, dans l’essentiel de sa structure, constituée en tissus sur cette donnée , et formée de doubles routes particulières pour la circulation de chacun de ces deux fluides ?

appareils conducteurs d'une machine électrique n’en forment les parties prépondérantes.

Toutefois s’il me fallait opter et nécessairement accorder quelque supériorité à l’un de ces systèmes, je pencherais pour le tissu cellulaire ou aponévrotique, pour les enveloppes non conductrices, où les nerfs se répandent. C’est là proprement la chaine de toute étoffe organique. Et en effet il me semble que ce qui impose des barrières à la circulation du calorique, que ce qui en maitrise l'allure, et ce qui en empêche une répartition capricieuse, exerce un empire plus réel et plus décidé sur les puissances de l’organisation. Le tissu aponévrotique, considéré comme servant de tunique aux nerfs, règle l'emploi et la dissémination du calorique, tient l'être sous des conditions par conséquent tout-à-fait déterminées, et de cette maniere renfermerait plus particulièrement en lui l'essence de l'animal ainsi qu’on l'entend.

Du système osseux sous le rapport de son imporà lance. |

Comme imposant de semblables barrières, un autre système vient disputer le premier rang au tissu aponévrotique ; c'est le système osseux. Qui isole mieux chaque appareil nerveux? qui en sépare plus efficacement les principaux jeux? Le tissu

(8) osseux existe où commencent les nerfs, il en coiffe les matrices, il en protége toutes les souches à leur départ; le crane et chaque vertèbre en sont autant d'exemples.

Ainsi tout nerf, dans ses ramifications terminales, est engainé dans du tissu cellulaire; 1l l’est, à son origine, dans du tissu osseux. Ces deux tissus se rencontrent. donc sur la même ligne, remplissant de la même manière les plus hautes fonctions de lorganisation. Mais si cette rencontre n’était pas fortuite, si cette similitude d’usages avait sa source dans une grande parité d'organes, s’il n’y avait entre les uns et les autres qu’une différence de plus à moins, si l’un présentait un maximum de développement et l’autre un rnininum de composition, nous aurions enfin l'explication d'un fait qui m'avait toujours paru fort extraordinaire, dont j'ai long-temps voulu douter,;:et que j'avais décidément rapporté sans le comprendre; c’est l'importance et la prédominance du système osseux sur tous les autres.

Afin d’être mieux entendu relativement à la manière dont je conçois que les fluides impondérés se jouent chez tous les êtres organisés selon le mode et le degré d'organisation de chacun d’eux, et par conséquent dans un ordre constant et..toujours harmonique pour chacun, je me représente le volet d’une fenêtre où l’on aurait pratiqué un certain

nombre de petites ouvertures. Ce volet fermé, l’appartement qu’il prive de toute sa lumiere possible recoit ses nouvelles conditions de visibilité de ces issues ménagées. Tous les rayons lumineux qui y pénètrent sont projetés sur la muraille opposée. Là sont donc des ondes lumineuses coordonnées entre elles comme le sont les ouvertures ellesmêmes du volet. Que le soleil continue à parcourir son orbite, l’image déposée se déplace pareillement, et est ainsi successivement visible sur divers autres points du fond de l’appartement.

Supposons présentement qu’un observateur occupé à suivre ces transports d'images ne soit pas plus au courant de ce qui en est la cause que nous ne le sommes de la circulation des fluides impondérés dans les corps organisés. Que pensera-t-il de cette configuration, surtout s’il y aperçoit des lignes lumineuses’ en séries parallèles qui lui paraitront nécessairement avoir quelque chose de combiné? Mais bien plus, si cet ordre de phénomènes où il ne pourra méconnaître une action, où il remarquera des déplacemens réguliers, et ou il pourra prévoir d’un jour à l'autre le retour périodique des mêmes images arrivant sur les mêmes points ; si, dis-je, cet ordre de phénomènes lui donne l’idée d’une organisation très-compliquée, où seront pour lui les parties productrices de cette mystérieuse apparence, les élémens de cette sorte

(ro)

de machine? Où cherchera-t-il enfin les conditions spéciales de ces configurations particulières? Sera-ce dans l'essence du fluide lumineux? Mais celui-ci existe généralement et avec une destination fixe, celle de se répandre uniformément partout. Il faudra bien que ce soit dans les obstacles imposés à ce fluide, dans la disposition même de ces obstacles, qui laisse des mailles libres pour la transmission de quelques jets du fluide lumineux.

Vous aviez, je suppose, une image circulaire, et vous en voudriez une autre à parties distribuées, par exemple, comme les cases d’un échiquier ; c'est-à-dire que vous voudriez passer de la possession d’une espèce à celle d’une autre. Mais , qui, à cet effet, opérera les changemens nécessaires ? Qui vous donnera les différences spécifiques ? Ce ne sera sans doute pas le fluide lumineux. Vous n’y pourrez réussir qu’en changeant les volets de votre appartement, comme on change les tableaux d’une lanterne magique. Ainsi la spécialité de ces images tient moins à l'essence du fluide lumineux, qui cependant les rend visibles, qu’à l’ordre des empéchemens, qui, dans ce cas, règlent invariablement toute dissémination de lumière (x).

| (x) Il estune autre manière de concevoir la même explication. Parmi des pièces de cabinet dont on faisait il y a quelques

années un trèés-grand cas étaient des arbres dits de Diane, faits

Des considérations zoologiques comme ayant fourni de premières indications en faveur de la prédominance du système osseux.

C’est en étudiant les rapports naturels des êtres dans la seule vue des considérations zoologiques

à de métal coulé dans les bronches de divers systèmes pulmonaiîres. Je me rappelle en avoir vu sur une même tablette qu’on ayait coulés dans des poumons de plusieurs espèces, de bœuf, de brebis, de cheval, etc.; ils se ressemblaient dans l'essentiel des formes, et différaient d’ailleurs spécifiquement.

Toutes ces ramifications d’un travail admirable, toutes leurs diversités, irons-nous les attribuer aux propriétés du métal mis en œuvre, quand nous les savons dues aux configurations des cloisons aériénnes ? Les bronches recoivent, le plomb liquéfié est recu; le contenant impose sa forme au contenu. Ainsi la circulation du plomb liquide est réglée; rien de perdu, point de dissémination capricieuse, les parois des bronches formant autant de barrières qui préviennent ces écarts.

Présentement, que nous songions à comparer nos rameaux nerveux à ces TAmeaux métalliques, nous le pourrons non-seulement quant aux formes, mais de plus aussi quant aux fonctions. Et en effet les deux systèmes sont d’excellens conducteurs, et le sont de la même manière , dès qu'ils s’en tiennent également tous deux à un rôle passif.

Nous voyons enfin s'établir chez tous deux une même distribution par rameaux et ramuscules, quand les nerfs, à partir de la moelle épinière, se répandent dans les cellules, les alvéoles ; et en général dans les dernières mailles par lesquelles tous les

autres systèmes sont terminés.

(Cr) que je fus, pour la première fois, frappé de l’importance et de la prédominance du système osseux sur tous les autres. Dernièrement encore, traitant de l'existence d’un squelette chez les insectes (t}, j eus occasion de revenir sur cette remarque. Je ne pus me défendre de surprise en voyant que les rapports généraux des insectes m’étaient donnés par les combinaisons et par les relations de leurs parties osseuses, tout aussi invariablement que je l'avais observé daus les animaux vertébrés. Il y avait en effet long-temps que je croyais avoir apercu que chaque partie du squelette possède en propre un apanage de parties molles, muscles, nerfs et vaisseaux (2); mais je me défiais de cette observaton, contre laquelle me paraissait prévaloir une puissante argumentation. Toutefois j'ai fini par admettre cette proposition comme une donnée - d'observations, comme un fuit; et des ce moment

(1) Voyez mes trois WMémotres sur l’organisation des Insectes.

On leur a fait l'honneur de les réimprimer à Bruxelles et à Iéna. F'édition originale fait partie du Journal complémentaire du Dictionnaire des Sciences médicales, année 1820, numéros de février, mars et avril. Les deux réimpressions ont eu lieu à Bruxelles, dans les Annales générales des Sciences physiques, mêmes année et mois ; et à Jéna, dans l’1sis, 1820, numéros 5 et 6.

. (2) Philosophie anatomique (organes respiratoires, ou tom. I,

j'ai été vraiment pourvu d’une clef qui me donna la connaissance de beaucoup de rapports non encore pressentis. ;

. Des circonstances amènent-elles vers les extrémités nerveuses une déviation de l’ordre naturel, dont le caractère soit un accroissement extraordinaire de leurs enveloppes terminales? aussitôt le système osseux reparait. Il est reproduit sans le concours comme sans la moindre altération des autres parties du squelette intérieur.

Ce sont évidemment les dernières gaines des nerfs qui, abandonnant (1) la forme d’un tubercule, d’un filet, d’une lame ou même d’une bourse, s’épaississant et grandissant outre mesure, finissent par acquérir la consistance et tout-à-fait l’état osseux. Les tatous, les crocodiles, les lépisostées et:les polyptères (2) sont des exemples de ces curieuses

(1) Ce n’est point ici le lieu d'exposer sous quelle influence le tissu aponévrotique, qui forme gaîne autour des extrémités nerveuses, dépasse en certaines places la limite de son étendue ordinaire. Je n’en fais point un attribut spécial des nerfs, et je pense au contraire que tout s'accroît à la fois, nerfs, veines, artères, tissu fibreux, etc. : le développement de l’un de ces systèmes suppose toujours le développement de l’autre, ou mieux y provoque et l’y soumet nécessairement.

(2) Poissons du Nil, dont j'ai donné la description dans le grand ouvrage sur l'Égypte et dans le premier numéro des

Annales du Muséum d'Histoire naturelle.

( 944) anomalies. Les tatous les montrent dans leurs carapaces, qui sont le produit d’une agglutination de nodosités osseuses ayant chacune une origine distincte : les crocodiles, dans ce qu'on appelle chez eux les écailles du dos et du cou; enfin les lépisostées et Les polypteres, dans toutes les couches solides subjacentes à l’éprderme.

De l'importance des cas pathologiques pour la physiologie et l'anatomie philosophique.

Les vues que nous venons d'exposer nous sont fournies par des considérations anatomiques sur les animaux; mais de simples recherches sur l’homme les peuvent aussi faire naître : voilà ce que jai voulu établir dans ce Mémoire.

Les études de l'anatomie générale ne sont pas encore tres-répandues, et cette circonstance fait qu'elles ont pour juge de leur utilité ou de leurs progrès un public prévenu en faveur des formes et des usages de l'anatomie humaine. Montrons cependant les ressources de cette autre anatomie qu'il ne serait peut-être pas trop ambitieux de. qualifier du nom d'anatomie transcendante, et montrons-les en usant aujourd’hui de ses procédés, sans quitter le cercle des études de l'anatomie humaine. |

Sous le haut point de vue que je veux dire,

organisation devient un être abstrait, un être générique qui aperçoit ses espèces ou ses moyens de comparaison dans les nombreuses modifications dont eileest susceptible. Les diverses constitutions d'animaux deviennent en effet les ressources de l'anatomie générale, le fond où cette science puise ses élémens de comparaison. De même l’état normal de l’homme peut être considéré comme l'être abstrait, l’être générique, et ses différentes déviations pathologiques, comme les espèces de ce genre idéal. Il n'arrive Jamais à l’homme de quitter la ligne qui lui assigne des formes déterminées, que ce ne soit pour en prendre qui rentrent plus ou moins dans les formes de quelques animaux, parce qu'après le trouble qui a fait rompre en lui la marche naturelle des développemens et des formations, si ce premier trouble n’en occasionne pas un second, puis d’autres successivement de plus en plus aggravans, tout rentre dans l’ordre accoutumé, tout se réassied sous l'influence des agens extérieurs d’une nature fixe et persévérante ; agens qui cependant exigent un concours favorable de l'organisation, l'accord de plusieurs circonstances déterminées, plutôt les unes que les autres, cellesci à défaut de celles-là.

Ceci menerait à comprendre, si ce n'était déjà une opinion établie, l'opinion des maîtres de la science, que l'anatomie pathologique doit être pour

la physiologie la source des plus brillantes découvertes. Déjà M. Lallemand, l’un des professeurs de la faculté de Montpellier, disciple en cela de l'un de ses plus savans confrères(M. le docteur Lordat), a donné, dans sa thèse inaugurale, une heureuse idée des vices de conformation en les présentant comme des expériences faites à l'avance, qui n’exigeaient plus de nous que d'en déméler les circonstances pour en faire d'utiles applications et en tirer de rigoureuses conséquences. |

C’est dans l'esprit de ces recherches que je vais comparer les différentes conformations qu’affectent les pièces du crâne humain, tant dans l’état habituel que dans l’état extraordinaire ou pathologique. En les voyant sous ce dernier aspect, nous les tiendrons très-certainement pour irrégulières ; car nous ne pouvons méconnaitre que nous ne soyons là tombés sous l'empire des plus étranges anomalies ; et l’on en devient d'autant plus. certain, qu’on est plus familiarisé avec les caractères de l’état normal, et quon voit poindre de partout une tendance à reproduire un état meilleur des choses, à ramener les formes dominantes : et de plus, si, comparant aussi l’ensemble de la boîte cérébrale avec les viscères qu'elle renferme et ses autres enveloppes organiques toutes également susceptibles de déformations, nous pourrons, sinon connaitre avec précision, du moins pressentir avec beaucoup de vrai-

(17) semblance les causes d'aussi singulières modifications.

Des relations et des actions réciproques du cerveau et de la boîte osseuse.

Une question a été vivement débattue depuis la direction donnée aux recherches physiologiques par les importans travaux de M. le docteur Gall (x). Les masses encéphaliques exercent-elles ou non une action absolue sur leurs enveloppes osseuses ? On a soutenu, attaqué et défendu cette proposition par beaucoup de raisonnemens et par des observations isolées qui, faites après coup pour la plupart, ne venaient figurer là que comme des étais dans un édifice périclitant. Il eüt fallu peut-être entrer plus

(1) Auteur de l’œuvre physiologique la plus remarquable de cette époque, temps bien fertile cependant en découvertes de physiologie. Et c’est cet auteur si digne de nos égards qu’on a cherché à immoler à la risée publique! Des hommes de beaucoup d'esprit ont eu le malheur d'accepter cette odieuse commission.

C’étaient aussi des hommes de beaucoup d'esprit, à en juger par leur crédit, qui accusèrent Socrate d’irrévérence envers les dieux. Mais pendant qu’ils remplissaient leur coupe d’une ciguë mortelle, ce qu’il y avait parmi leurs concitoyens d’âmes fortes et pénétrantes faisait déjà pressentir, par leur empressement autour de l’auguste victime, quel serait sur ces iniquités le tardif mais indestructible jugement de la postérité. |

à fond dans ce sujet, et peut-être aussi l’envisager sous un point de vue moins déterminé. Y ayant donné attention, 1l m'a paru que, quoique advienne aux masses encéphaliques, le crâne restait invariablement constitué par lassemblage de tous ses matériaux; mais que, selon que les masses encéphaliques se tiennent plus pres ou s'éloignent davantage des conditions de leur état normal, les os qui les recouvrent s’en ressentent dans une raison directe et proportionnelle.

Voilà les faits que je désire établir par une démonstration rigoureuse, c’est à-dire par un examen très-attentif des moindres parties dont se compose le crane de Fhomme dans ses diverses déformations.

Je me suis attaché à trois exemples, que j'ai fait figurer, et dont j'ai fait choix, parce qu’assez bien échelonnés dans l’ordre de leurs différences, ces trois considérations renferment à peu près l’essentiel de tous les cas publiés jusqu’à ce jour (1).

(x) Il n’entre pas dans mon sujet de rappeler tous ces travaux dont se sont occupés un grand nombre de savans, Fincélius, Wolfus, Ruisch, Kerkring, Littre, Fauvel, Wepfer, Morgagni, Hubert, Sue, Busch, Tiedemann, Gall, etc. Toute cette littérature a été donnée d’une manière très-satisfaisante par M: le professeur Béclard, dans un long article imprimé dans les Bulletins de la Faculté et de La Société de médecine de Parts ,

181, IX® Bulletin. Je me borne à y renvoyer le lecteur.

Je dois la communication du premier de ces exemples aux soins dont m'honore mon célèbre ami M. le docteur Serres. Ce crâne, pl. IT, fig. 1 et 2, se distingue par un caractère observé déjà sur un autre sujet, par une épaisseur et une dureté si grandes, que, pour l'entamer et le diviser, il fallut recourir à une scie. On a douté de cette observation rapportée par Vanhorne, et cependant il n'est rien de plus exact.

* Le second de ces crânes, pl. IT, fig. 3 et ik fait partie de la riche collection de l'École de Médecine. Par la manière dont il est déprimé, écrasé et prolongé sur les flancs, il rappelle le crène d’une loutre.

Mais la troisième monstruosité, pl. I, fig. 1, 2 et 3, est l'exemple sur lequel j'insisterai plus particulièrement dans ce Mémoire. M. le docteur Lallemand l’a décrite et figurée dans sa thèse inaugUurale que nous avons citée plus haut. J'ai vu cette monstruosité dans le cabinet de l'École de Médecine, où elle était rapprochée de quatre pareilles anencéphalies. Libre, grâces à la bienveillance des savans professeurs de cette École , taux généreux encouragemens qu'ils ont accordés à mes recherches, de faire un choix parmi ces préparations, je me suis fixé sur celle de M. Lallemand, dont le crâne me paraît avoir les plus grands rapports avec celui de la dissertation dé Sandifort, intitulée Æ/natome

infantis cerebro destituti, et avec un autre crâne à l'état pathologique figuré dans le bel atlas de l’ouvrage de M. Gall; j'ai, dis-je, préféré cette préparation, non-seulement pour profiter des observations publiées par ces anatomistes, mais pour m'autoriser au besoin de leur travail de détermination. Une circonstance ajoute à l'intérêt de la préparation du jeune et habile professeur de Montpellier; c'est que le crâne de ce squelette(r) repose sur une colonne épinière tranchée nettement à son milieu par un spina-bifida, lequel atteint toutes les vertèbres du cou et les sept premières de la région dorsale. |

La tête de ce dernier sujet ne contenait ni cerveau , ni cervelet, n1 moelle épinière. Les deux autres cranes avaient leur cerveau, mais logé au dehors. Dans le premier exemple il était situé en dessus, et couvrait le haut de la boîte cérébrale; et dans le second 1il se voyait en arrière, étant sorti tout à travers les os occipitaux.

(x) Nombre des vertèbres de ce squelette, dans lesquelles je

distingue comme dorsales les vertèbres pourvues de côtes :

cervicales,

dorsales, 1

VErRTÈBRES { lombaires, 6 \ 30.

sacrées, 3 k

coccygiennes,

Far)

Malgré la diversité de ces trois combinaisons, chaque tête osseuse se trouve néanmoins composée par autant de pièces qu'on en trouve dans un crane à l’état normal. Mais d’ailleurs on remarque cette circonstance; les os de la face paraissent s'être fort peu ressentis de l'influence pathologique, quand celle-ci atteint outre mesure les os de la boîte cérébrale. C'était sans doute le moindre résultat à prévoir : le contenant, dans l’état normal, s’applique si exactement sur le contenu , qu’on dirait l’un moulé sur l'autre. L'absence totale ou partielle des masses encéphaliques ne pouvait donc manquer d'introduire, et elle introduit et cause en effet la confusion fa plus grande parmi tous les os qui sont étendus sur ces masses, et qui sont ou devraient être employés à les coiffer.

Cependant cette confusion a des limites : un certain ordre règne encore dans ce désordre. Les irrégularités n’atteignent guère que la forme, et, quoique extrêmes, elles ne vont jamais jusqu à changer les relations des parties. Mais la boîte s’enrouvre à l’une de ses sutures; ses deux portions se désassemblent. Abandonnées aux puissances du dehors, savoir, les contractions des muscles et du derme qui leur correspondent, elles s'écartent à droite et à gauche d'autant plus qu'il est moins de substance cérébrale en dedans pour contre-balancer l'action des tirages extérieurs.

Ainsi, en définitive, 1l n’y a d’événemens produits que des disjonctions opérées sur la ligne médiane, et qu'un changement de forme pour toutes les parties qui eussent ensemble composé la boîte cérébrale.

Mais si les formes et l’écartement des. OS Cérébraux varient d’un crâne à l’autre, c’est, je ne dois pas craindre de reproduire cette pensée, c’est toujours sans caprices, sans aucun arbitraire. Le développement de ces os est constamment proportionnel au volume des masses encéphaliques, jusque-là cependant que tout se passe sans que la disparition de ces masses entraine l'anéantissement total des os qui leur correspondent,

N'oublions pas que toute pièce osseuse a comme deux destinations, puisqu'il n'est aucune de ces pièces qui ne soit utile par ses deux faces. Un os venant à perdre l’un de ses deux emplois n’en est que plus dévoué à l’autre.

Ainsi s’explique comment l'influence patholologique, bien qu’elle s’exerce dans toute sa force, ne s'étend que partiellement sur les os qui en sUpportent l'effet, et comment ceux-ci, tout en perdant de leur volume et de leur importance, ne souffrent jamais de ces atteintes au point de rétrograder jusqu'à zéro d'existence.

Tels sont les faits généraux, les principales conséquences de ce Mémoire. On s’y intéressera d’au-

tant plus sans doute, qu'on ne manquera pas de remarquer que toutes ces vues physiologiques se rattachent à de très-belles et de principales questions de philosophie; elles pourront éclairer quelques points de la célèbre doctrine de M. Gall, si, comme je le pense, elles portent rationnellement sur ce qu'un émpirisme aussi ingénieux qu'admirable à fait découvrir à ce grand physiologiste.

Mais pour que ces vues nouvelles aient ce degré d'utilité, il faut qu'elles naissent de faits spéciaux acquis Sans équivoque ; qu’elles soient effectivement une déduction rigoureuse de ceux-ci : ce sont ces faits dont lexposition va suivre, Je les ai fat précéder. des conséquences où ils m'ont conduit, pour qu'averti de leur intérêt on ne füt pas trop effrayé de l’aridité de quelques détails , et qu'on y donnât au contraire l'attention que tout esprit réfléchi accorderzaux vérités fondamentales.

SIL. ExAMEN- DES-PIÈGES DONT SE: COMPOSE LE CRANE. D'UN ANENCÉPHALE.

Des Observations surice sujet déjà publiées.

M. le professeur Lallemand, avons-nous dit plus haut, a déja donné une description de lespèce d’anencéphale dont je vais plus spécialement m'occuper dans.ce paragraphe. il en a fait représenter

(24) le crâne de deux manières, de profil et par-derrière dans un dessin lithographié. Au moyen de lettres dont il donne la valeur dans l'explication de son dessin, il distingue plusieurs pièces de ce crâne. Il les cite et nomme comme il suit :

Os du nez, coronal, os planum, débris du pa:

riétal, maxillaire supérieur, maxillaire inférieur, portion pierreuse du temporal, portion supérieure de l’occipital, sa portion condyloidienne, os zygomatique, cadre du tympan, grande aile du sphénoïde. Et sur la ligne médiane en arrière, il distingue de plus {e corps du sphénoïde, sa portion basilaire, et la portion-basilaire de l’occipital.

Il n’entrait pas dans le plan de l’auteur de s’oc: cuper plus en détail de ces déterminations!; mais pour n'être indiquées qu’en passant, si je!puis m'exprimer ainsi, elles n’en sont pas moins données avec une justesse admirable::M: Lallemand a vu deux occipitaux supérieurs (1) qui ne sont pas seulement remarquables par la circonstance de leur pluralité, mais qui de plus ont perdu leur situation habituelle, qui se trouvent descendus au lieu le plus bas, et qui paraissent s'être comme laissés entrainer de côté et en arrière du crâne. Aucune théorie, aucun précédent en anatomie humaine,

(1) Sandifort, dans la dissertation que j'ai citée plus haüt,

ré

avait le premier, dès 1784, donné cette détermination.

(135) ne portaient sur cette détermination , et ne donnaient lieu de soupçonner que l'occipital supérieur füt à l’origine formé de deux os primitifs. Ce qu’en avait dit fort anciëennement Kerkring avait été négligé, et n’a guere été repris et revu de nos jours que par M. Serrés. |

Avec ‘plus de‘motifs pour prendre une opinion sur cette question, sachant que les animaux inférieurs ont constamment le trou occipital fermé en haut par ‘deux occipitaux supérieurs, conduit , comme avec un fil d'Ariadne, par la loi des connexions, et de plus déterminé par plusieurs autres considérations que j'aurai plus bas sujet d'exposer dans le plus grand détail, j'adopte entièrement sur ce point le travail de M. Lallemand.

Je dis sur ce point, et fais cette distinction à cause d'une légère dissidence. Ce que M. Lallemand appelle un débris du pariétal m’a paru d’un trèsgrand intérêt : y ayant regardé de près, je l'ai vu formé non d’une seule pièce, mais de deux (r). Je nomme aussi autrement que lui ses portions basilaires du sphénoïde.et de l’occipital (2).

On conçoit, d’après ce qui précède, que j'ai dù voir tout ce crâne avec plus d'attention. On m'a permis d’en Séparer les pièces; je les aperçois pré-

(x) Voyez pl. T, les lettres S, T.

(2) Voyez même pl., les fig. numérotées X', X".

nt (26) sentement comme autant de matériaux distincts £ aucune ne m’échappe, j'en trouve un plus grand nombre, ou plutôt 1l n'en manque aucune de celles qui entrent dans la formation d’un fœtus ordinaire de cet âge. Pour qu'on n’en puisse douter, je les aï fait figurer, et Je vais toutes les décrire à part. Il sera facile de me suivre en prenant la peine de consulter la planche I, azencéphale, cü toutes sont rassemblées. Je me sers pour chaque pièce de lettres consacrées dans mes anciens travaux sure crâne des oiseaux et des crocodiles.

Des os de la. face.

La lettre C représente le maxillaire supérieur; on n'y peut distinguer de suture qui en sépare l'os incisif : c’est la même forme que dans un sujet. naturel au huitième mois de la vie fœtale, c’est le même degré d'ossification, toutefois une taille. audessous de l'ordinaire. va 4

Les mêmes observations sont applicables aux pièces suivantes : au vomer G, au palatin D, au nasal H, au lacrymal L, au jugal M, au cornet antérieur J, au cornet postérieur ie le corps ethmoidal n'existant de même qu’à l'état cartilagineux, enfin à l'hérisséal (1) E (apophyse ptérigoïde in-

(1) Dans le Mémoire que j'ai lu à l'Académie des Sciences le

dk terne). Aucun de ces os nest en contact avec les masses encéphaliques, et tous sont restés sous les formes propres à l’état normal : nous allons voir qu'il n'en sera plus ainsi des os de la boîte cérébrale.

Du temporal.

pére le défaut d'absence du cerveau se fait ressentir à l'os temporal.R (et sous le nom de temporal, dont en anatomie comparée nous avons restreint l’acception, nous entendons seulement la portion dite autrefois écailleuse du temporal ). La tranche 72 de cet os, qui d'ordinaire donne lieu à plusieurs anfractuosités, mélant leurs cellules à celles du rocher, s’inchine davantage en dedans et au point de se confondre avec la face intérieure, laquelle est d’ailleurs réduite à presque rien. Cette tranche fait la moitié de toute cette surface développée du côté.intérieur; elle est contournée en

21 août dernier. (1820), j'ai traité de tous.les matériaux primitifs des deux sphénoïdes, et j{ai donné à ces divers matériaux les noms qui suivent, savoir : les noms d’érgrassial à l'aile d'Ingrassias, de berténal au cornet sphénoïdal, de ptéréal à la grande aile, de ptérigoidal à l'apopliyse ptérigoïde externe, d'Aérisséal à l'apophyse ptérigoïde interne, d’entosphénal au corps sphénoïdal antérieur, et d’Aipposphénal au corps postérieur, Ce Mémoire s'explique sur la nécessité et les procédés de: cette réforme.

demi-cercle et profondément excavée. Le surplus n de cette même surface forme toujours paroi intérieure, et ne se fait guère remarquer que par son exiguité et son inutilité. Une autre facette P; angle droit, est d’une singulière largeur: c’est celle qui remplace tout le bord chantourné et articulaire du côté des grandes ailes, ou plutôt c’est cette facette articulaire; car elle reste employée au même usage. Là l’os est dans sa plus grande épaisseur. Cependant il présente extérieurement moins de différence, et il n'en montre surtout aucune dans son apophyse dirigée sur le jugal. En définitive, c'est le même os qu'à l'état normal , mais a aurait perdu sa forme d’une large écaille, et qui se serait ramassé sur lui-même à peu près comme feraient des fibres rayonnantes qui viendraient s’acculer sur leur point de centre. Il faut bien au surplus quil ait ainsi conservé toutes les molécules devant entrer dans sa structure, et qu’en effet il n’ait rien perdu de sa masse, puisqu'il a acquis une épaisseur, qui n'est au fond qu’une sorte de contraction de ses dimensions superficielles.

Du ptéréal, ou de la grande aile.

Le ptéréal, fig. 23, présente de point en point le

genre de développement du temporal. Sa base 7, comme étrangère à la composition de la boite cé-

rébrale, n’a pas subi de changement; mais sa partie étendue en aile, dont la face intérieure aurait dû au contraire revêtir une portion de l’encéphale, est toute contractée. L'épaisse tubérosité qui en est le résultat, est néanmoins disposée de façon qu'il reste toujours une facette z pour servir de muraille à la chambre de l'œil. Adossée à cette facette est une aussi grande surface » : celle-ci est toute employée en bord articulaire du côté du temporal ; restée fidèle sous ce rapport à l’analogie, malgré ce travestissement des formes, 1l en est de même quant aux fonctions. Il est donc là pour les deux os contigus, en remplacement de lames et de biseaux très-minces, une épaisseur et une largeur qui montrent ces os également asservis à la même cause perturbatrice, et qui les laissent dans une convenance réciproque: on ne trouve d'ailleurs aucune différence relativement aux canaux que traversent les nerfs, 2° et 3° branches de la cinquième paire. Le trou ovale n’est pas moins grand que de coutume, et le trou rond ne s'annonce de même encore que par une gorge et par l'apophyse dont la saillie s’'apprète à fermer ce demi-canal.

Du rocher.

Nous passons à un sujet d’un autre intérêt en nous portant sur le rocher, fig. 12. Les os de la

face nous Ont paru trop petits; c’est le contraire pour le rocher, dont les dimensions sont portées presque au double (1). À cela près et à un peu plus de saillie et de rondeur en dedans, les formes sont les mêmes. L'ossification, quant à sa consistance ét à Sa porosité, est plutôt restée en decà qu'elle n'a gagné, de façon que l'augmentation de volume a plutôt profité aux espaces cellulaires qu’à l'épaississement des lames osseuses. Remarquez que toutes ces différences se réunissent pour donner à croiré que plus de facilité laissée [à au développement osseux les a produites. Le rocher est à lui seul un système complet : c'est toute l'oreille interne. Si nous le voyons, comparé à ce qu'il est ordinairement, se surpasser ici en grandeur, c'est donc évidemment aux dépens de sa densité et de sa solidité : rien à la face cérébrale n’en contraignant le développement, 1l a crû davantage. |

Aurions-nous dans ce fait l'explication de la formation du rocher à l’état normal ? On lui a donné le nom de portion pierreuse du temporal, de ce qu'il l'emporte sur toutes les autres parties du

(x) Cette observation n’a point échappé à M. Lallemand. « Les pièces de la base du crâne ont conservé leurs rapports ; « celles de la voûte ont été plus ou moins déplacées : ainsi la «portion pierreuse du temporal est très-grosse, la portion « écailleuse comme atrophiée. » Théseinaugurale, 1818, n° 165,

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