BSERVÉS SUR UN ANENCÉPHALE HUMAIN NÉ A PARIS EN MARS
La fréquence de ces monstruosités est remarquable et tient peut-être à quelque chose de plus imple qu’on ne l’a cru genéralement. Les ouvrages les médecins nous en font connaître plusieurs, et en sais de tres-bien conservées dans toutes nos ollections de Paris. À ne citer que les faits les plus écens et répandus dans un très-court rayon, voilà rois anencéphales. Le premier est un individu né | Dreux le 21 juillet 1808, et qui a été publié avec igures par M. André, chirurgien, dans l'Annuaire le da société de médecine du département de l'Eure, nnée 1810; un second est le sujet né à l’'Hôtel- Jeu de Paris en février 1816, dont M. le professeur
(x) J'ai lu ce Mémoire à l’Académie des Sciences le 19 mars 821, sous le titre d’'Observations d’Anatomie pathologique ur ur anencéphale humain, éclaircissant quelques points de ‘histoire des nerfs. J'en ai retouché depuis quelques parties.
F. Lallemand, de Metz, a donné une description si satisfaisante ; et le troisième est un sujet né aussi à Paris (le 2 mars 1821 ), dont il na pas encore été fait mention, et que je vais, dans cet article, essayer de faire connaître (r). k
Mais c'est moins peut-être la fréquente apparition de ces anencéphales que leur caractère physiologique qui mérite de fixer notre attention. Ce genre de monstruosités affecte celui de nos organes qu’un certain entrainement vers des vues nouvelles nous porte à placer au premier rang. Comme nous est donnée l'observation, il nous faut admettre l’absence absolue de toute substance cérébélleuse et médullaire en dedans du crâne et du canal vertébral ; et il faut bien qu’il en soit ainsi, dira-t-on, puisque ces récipiens n'existent ni l’un ni l'autre,
(x) Je lis dans les Variétés historiques un fait d’anencéphalie qui n’a point été recueilli dans Les annales de la littérature médicale. « On a vu naître en 1722, à la ville de la Flèche, un enfant sans aucune trace de cerveau, de cervelet, ni de moelle épinière. La boîte cérébrale et les vertèbres étaient ouvertes et revêtues d’une simple membrane. C'était un garcon. La mère l’a porté jusqu'à terme, et le sentit. remuer douze heures avant l’accouchement, qui fut heureux, quoique l'enfant arrivât mort. Cette femme, àgée de vingt-sept à vingt-huit ans , était hydropique pendant cette dernière grossesse, et l’est demeurée encore après. » Extrait des Variétés historiques , physiques. et ittéraires, in-12,t.2, part. 1, p. 463. Paris, chez Nyon, 1962.
(pet) n tant que les partes du squelette dont ils sont rdinairement composés ne comportent ni boîte, ii étui, n1 cavités quelconques.
Voila ce que les faits d'observations nous lonnent : mais est-ce bien là un résultat possible ? it quoi! aucune trace de cerveau, aucune indice le moëlle épinière constitueraient le caractère d’a- 1omalie de sujets à tous autres égards doués d’une rganisation parfaitement régulière ? Ce serait l’orane que nous nous accoutumons à considérer 5omme le régulateur de la machine qui manqueait, alors que celle-ci n’en éprouverait, sous tous es autres rapports, aucune altération fâcheuse ?
Est-ce bien cela qu'on a voulu dire, cela qu’on entendu par lexpression très-significative d’'anen- ‘éphale? J'interroge la littérature médicale, et rien que de vague m'est répondu. Ou ces difficultés ne e sont pas présentées, ou l’on a imaginé de les surnonter, en admettant une maladie survenue après es premières élaborations organiques. Ainsi.on à upposé ce qu'il eüt fallu d'abord établir en fait, et on à de cétte manière appliqué au commencenent de la vie, aux opérations d’un monde 1inonnu et à la formation des organes, des phénomènes et des actes observés dans le décours de la ie, produits dans un autre milieu, et qui ne se léveloppent que pour et par la destruction des or- >anes.
Ces réflexions me suggérèrent l’idée que les observations d’où on était parti étaient, sinon toutes fausses , du moins fort incomplètes. J'explique ainsi ce qui m'a engagé dans une sorte de révision des faits.
J'ai dit plus haut, page 11, d'ou me venait ma confiance dans le système osseux ; etje m’employai à examiner en détail ce que, des parties de ce système ordinairement en contact avec la substance médullaire , il restait encore chez les anencéphales.
Mon premier résultat fut de constater qu'il n’y avait rien de changé quant au nombre et aux connexions de ces parties. Mais ce qui dut augmenter ma surprise, ce fut d’apercevoir un tout autre système aussi invariablement reproduit, et justement le système nerveux; persistance sans doute bien remarquable dans un sujet réputé pour étreentièrement dépourvu de substance cérébrale et médullaire. | Il était en effet certain que la répétition des matériaux osseux s'étendait à celle des élémens nerveux : Je le savais, et par la description de M. Lallemand, qui avait donné une énumération complète des nerfs qui se répandent tant dans le canal médullaire, que dans la boîte osseuse, et par mes propres observations qui me faisaient lire ces faits sur le tissu osseux; et dans Le vrai, il ne man-
( 129 ) quait aucun des trous qui servent de passage à tous les nerfs spinaux et cérébraux.
Je vis davantage; car, ces trous paraissant avec un plus grand diamètre, j'en dus conclure que les nerfs des fœtus anencéphales avaient plus de grosseur que ceux des fœtus de l’état normal. Mais plus de volume à leur sortie des organes des sens, comment concevoir cette circonstance? à quelle fin ? Sortis si gros, ce serait pour se perdre subitement ? ils n’arriveraient dans le crâne que pour s’y aller propager dans le vide?
Je faisais ces réflexions, l'esprit prévenu par Les théories admises jusqu'à ce jour. Tout nerf, provient, dit-on, de matière médullaire, naissant ou du cerveau, ou de la protubérance annulaire, ou de la moëlle vertébrale. Or dans le cas de notre anencéphale, il fallait admettre des nerfs qui nonseulement étaient privés de leur gangue originelle, mais qui de plus acquéraient par cette privation même une plus forte consttution. C'était suivant tout à la fois les indications de la théorie et les données de l'observation, c'était admettre des parties qui n'avaient pas d’origine, qui n’avaient pas de point de départ : et dans ce cas, le simple bon sens disait que c'était faire quelque chose avec rien, une existencé avec des non-existences. En pressant ces conséquences , j'arrivais à l'absurde. Mais où étaient mes causes d’erreur?
C'était dans les vacances de 1820, et dans une campagne isolée, que j'étais livré à ces perplexités. Je n'avais emporté avec moi que les trois crânes d’acéphales décrits et figurés dans ma première dissertation. Me contentant d’abord d'examiner ces trois préparations, Je pensais que ce serait déjà faire quelque chose d'utile dans l’état présent de la science, que de commencer par donner la détermination et la philosophie de cet ensemble de pièces.
Ces nerfs sans origine procuraient donc à mon esprit une importune préoccupation. Car 1l ne me restait, après l'observation du tissu osseux, que de revenir à la these de M. Lallemand, et celle-ci me ramenait à cet énoncé dont je ne pouvais demeurer satisfait : « Tous les nerfs qui naissent du cerveau «sont libres et flottans à la base du crâne. » (Thèse, etc. 1818, n° 165, p. 28.)
De retour à Paris, je voulus voir par moi-même ces nerfs flottans dans la cavité du crâne ; et un heureux hasard , après bien des soins d’abord inutiles, me procura enfin le sujet de cet article, l’anencéphale que j'a fait figurer pl. IV.
Tous Les anencéphales reproduisent invariablementune circonstance, à laquelle je donnai d’abord toute mon attention; c’est l'absence du derme en de certaines places. Ce fait tire un nouvel intérêt de sa position; tout ce nu est visible à la région occupée par l'épine du dos et sur toute l'étendue
de la boite cérébrale. Je me rappelai les observations de Santorini et de Romberg citées par Morgagni, et celles de Fontanus conservées par Wepfer. Comme ces physiologistes ne voulaient qu’expliquer la prétendue disparition du cerveau, illeur est échappé de s’accorder sur un fait d'observation, sur l'existence d’une vessie pleine d’un liquide à dos de leurs fœtus. Je ne doutai pas que l’anencéphale de la Seine{x) n'ait eu à porter une pareille bourse, en lui voyant le dos pelé en grande partie, etje ne tardai pas en être informé par la sage-femme (2) qui reçut l'enfant.
On jugera de la grandeur de cette poche sur le volume du liquide qui y était contenu, volume que la sage-femme m'a dit avoir estimé à la quantité de deux à trois htres d’eau. Cétte poche était indépendante du placenta ( celui-ci a été trouvé dans l’état normal ), et son liquide parut différent de celui des eaux de l'amnios.
Je note cette circonstance négligée dans le ré-
(1) Quelques renseignemens qui m’ont été communiqués touchant la naissance de ce fœtus m’autorisent à l’appeler de ce nom. Je traiterai de l’anencéphiale de M. Lallemand sous celui de l’enencéphale de L'Hétel-Dieu ; et du sujet déerit par M. André sous la dénomination de l’anencéphale de Drewx. Dans les vues zoologiques que J'applique à l'étude des monstres, ce sont R trois différentes espèces d’un même genre.
(2) Madame Riguct, à Paris, quai du port aux'Fuules,
cit de M. Lallemand, ou ne s’y trouvant qu'implicitement ; comme, par exemple, dans la remarque que la mère de son anencéphale avait étonné par une grossesse surnaturelle et par l'abondance des liquides épanchés avant l’enfantement.
On sait que Marcot, Haller, Morgagni et beaucoup d’autres physiologistes, se sont fixés sur ce fait, pour l’attribuer à un cas d'hydropisie, pour n'y voir qu'un événement à rapporter à ces développemens déréglés d’un genre déterminé, par lesquels se terminent tant de maladies organiques. J’ai donc cherché à me bien pénétrer du caractèrede l'observation suivante. Je ne sache pas qu’on aitaussi nettement distingué que dans cetteoccasion les deux poches des deux liquides, ces eaux différentes et les deux temps marqués par leur écoulement (1).
Dans le travail utérin du 2 mars, il y avait déjà deux heures que les eaux ‘de l’amnios, claires et limpides à l'ordinaire, s'étaient répandues ( circonstance à prendre en considération ), quand eut lieu la rupture de la poche dorsale. Le toucher de
(x) Santorini et l’un de ses confrères, Alexandre Boni, au- . raient apercu, au rapport de Morgagni, dans leur fœtus anencéphale, non pas la voüte du crâne ni un cerveau qui n’existaient nulle part, mais une espèce de vessie qui ne contenait que de l’eau jaune. Morc. De morborum sedibus et causis, epist. 12.
la sage-femme et une incision de l’ongle en décidèrent et produisirent un second écoulement : mais cette fois, Le liquide était opaque, roussâtre, sanguinolent et cependant inodore. L’expulsion du fœtus s’ensuivit : ce fut trois quarts d'heure après. |
Il fut trés-facile de détacher les vestiges de la poche sur la ligne de ses bords (1) contigus au derme ; et c’est à quoi s’appliqua tout d’abord la sage-femme, dans la vue de nettoyer l'être qu’elle venait de recevoir, et bien persuadée qu’en débarrassant ce sujet de lambeaux vraiment hideux, elle le rendrait plus accessible à l'observation. Ce fut comme une peau morte qui se sépara sans difficulté de la peau vive. On conçoit que l’interposition du fluide avait rendu impossible de l’une à l’autre de 'ces peaux l'existence d'aucune bride, et que les feuillets supérieurs de la poche n’adhéraient en rien aux lames aponévrotiques subjacentes. Je fus fixé sur cette considération comme sur une dissection toute faite d'avance.
* J'étais aidé dans ces recherches par M. le docteur Flourens , habile physiologiste sorti de mon école ; circonstance dont l’idée que j'ai de sa valeur et des services qu'il rendra! aux sciences me porte à m'honorer. Nous soulevames, mon jeune ami et
{1) Voyez pl. IV, les deux lignes marquées eccc.
moi, cette dernière membrane et nous netardames pas à nous apercevoir que la nature nous avait Jà comme ménagé une autre dissection, sinon faite avec plus d'industrie que la première , du moins remarquable par un caractère de plus grande utilité. En effet ces nouvelles combinaisons organiques se rapportaient à ce qui m'avait précédemment occupé, d’une manière trop directe ; pour que je ne m'y intéressasse pas vivement, Et dans le vrai, ce que, pour étudier la terminaison des nerfs spinaux et cérébraux, il nous eût fallu faire, c’està-dire ouvrir le crâne , fendre le canal vertébralæt détruire peu à peu la pulpe médullaire ; nous le : trouvions tout pratiqué chez notre anencéphale, et cela l'était par la nature elle-même; en sorte que nous ne nous voyions exposés ni auxinconvéniens d’un emploi peu judicieux du scalpel, mi!à aucun autre sujet de fâcheuse méprise.
Tout bon esprit préférera sans doute-ces bonnes fortunes de l'anatomie pathologique, dont avec un peu de sagacité 1l devient facile de déméler les circonstances, à ces vivisections si vantées de nos jours, qu'on décore du nom imposant de physiologie expérimentale, où 1l se mêle tant d'incertitudes, où le fer produisant la douleur ne laisse prise à aucune autre sorte d’excitation, et où tant de causes réunies ne sauraient être distinguées dans leurs influences respectives,
Nous: vimes sur notre anencéphale , comme l'avait remarqué M. Lallemand sur le sien , et tous les nerfs des sens et tous ceux de la moëlle épinière rangés dans l’ordre de leurs relations habituelles ; considération que notre principe des connexions nous eût donné & priori :mais, ce qui forme le haut intérêt de l'observation, nous aperçumes ces nerfs écartés, isolés, entièrement libres, les uns à l'égard des autres. "
C'est, comme on l’a vu plus haut, la condition de ce genre d’acéphalie, que le manque des masses encéphaliques et médullaires. Aucun empâtement n'embarrasse donc les extrémités nerveuses ; d’où, faute d'etre empaquettés dans une bouillie cérébrale,tous les nerfs du cerveau et de ’épine restent
facilement observables, et l'étaienten effet dans notre sujet pour la vue, pour Le toucher, de toutes les manières possibles.
Attentif à ce qu'était la préparation sous ce rapport, je n’aperçus :n1 franges m1 extrémités flottantes ; maïs je vis des nerfs qui se plongeaient et qui allaientise perdre dansiles tégumens employés ordinatrement à les recouvrir. C'est, à bienile dire, c'est là tout mon mémoire. Je ne me contentai pas d'examiner ce fait pour mon propre compte : je désirai en propager l'observation et la rendre en quelque sorte praticable pour tous mes lecteurs. Ayant'tenu à ceque cette préparation fût dessinée
( 136 } avec le plus grand soin, je la donne en la première figure de ma quatrième planche.
La dissection a placé la préparation sous deux aspects différens. Une coupe longitudinale, sur la ligne médiane en a b, a partagé le dos en deux moitiés égales. On à continué d’agir à gauche; de soulever une membrane tres-fine et de la rejeter en dehors. Cette opération à mis à nu tous les nerfs spinaux yvuu. Rien au contraire a été dérangé à droite; ce qui n'empêche pas qu’on n'y aperçoive aussi de ce côté les indices des mêmes nerfs, indices qui se manifestent en // par un relief assez sensible à travers la membrane qui les recouvre. Les nerfs uu proviennent deux à deux des trous de conjugaison : les antérieurs ve, bien qu'ayant une mème origine, paraissent directement sortir d'une cavité profonde existant là à raison de la courbure d’une portion de la colonne épinière, et: tous, les antérieurs comme les postérieurs, viennent se perdre dans la membrane qui leur sert d’enveloppe. Devenus à leur terminaison une partie même du tissu de cette membrane, ils sont comme elle et avec elle rejétés à gauche; ensorte que ceux-là seuls, dont les traces restent visibles en {/, doivent être consultés, si l’on veut prendre une idée de la réelle situation de toutes ces parties.
Au dessous de cet appareil nerveux se voyait une autre membrane semblable à quelques égards
à l’externe, cependant plus épaisse, plus dense et plus résistante : posant à cru sur les os vertébraux, c'en est, à tout prendre, le périoste. Ainsi les nerfs spinaux , à leur sortie des trous intervertébraux, s'ouvrent un passage à travers ce périoste pour aller se répandre et finir sur la dernière membrane : ces nerfs sont donc, un moment, contenus entre ces deux lames ou membranes.
Nous avons rétu notre anencéphale, quant à sa cavité cranienne , dans l’état où le montre la figure. Les nerfs qui se voient là sont, en s les trijumeaux, en o les nerfs acoustiques ou les portions dure et molle de la 7° paire, et en pp les faisceaux des | nerfs grand-hypoglosse et glosso-pharyngien. Heureusement que notre sujet n’était nullement endommagé sur les côtés, et que nous avons pu voir distinctement toutes ces branches nerveuses se porter chez lui et s’y épanouir dans des membranes d’une détermination facile à donner. Ces membranes étaient manifestement les enveloppes ordinaires du cerveau, pie-mêére, arachnoïde et dure-mère : or C'était sur la première des trois que ces nerfs venaient aboutir et se confondre.
M. Lallemand a donné les mêmes démonstrations. Après avoir décrit la dure - mère, il ajoute : « Les débris de l’arachnoïde et de la pie-mèere for- « maient derrière la base du crâne une espèce de « capuchon qui descendait jusqu’au bas du dos. Au
« dessous de ces membranes , les artères carotides «et vertébrales, entourées d’une foule de veines, «formaient une sorte de chevelure, un'réseau «<inextricable , au milieu duquel nous avons cepen- «dant reconnu la faux du cerveau, à cause de sa «forme en croissant et des veines qui s'y ren- « daient.» (7'hèse, etc. p. 28.)
Notte figure montre aussi tres-distinctement des extrémités osseuses qui font saillie, et repoussent les tégumens en dehors; savoir, iii à gauche, et 77} à droite. Ce sont les extrémités des lames des vertebres que l'ouverture et le renversement du canal vertébral ont écartées l’une de autre, et rejetées ainsi latéralement. On concevra cet arrangement, en prenant la peine de consulter la portion de colonne épimière que J'ai fait représenter pl. I, fig. 1. ;
Tout le flambeau #7, terminé par des déchirures faites irrégulièrement, se composedes membranes du cerveau (mn) et du cuir chevelu (#7). Notre anencéphale était aussi.pourvude cheveux assez longs. Voyez les figures 1 et s:de la pl:ÆW, aux lettres rrr.
Si l’on compare la précédente description àicelle que M. Lallemand. a donné dans sa thèse, on les trouvera semblables au fond , mais différentes'toutefois dans leur exposition. M. Lallemand, dans sa préoccupation qu'une maladie étaitvenue déranger
Je cours d’une formation primitive et régulière , n’a pas fait de difficulté d'admettre des nerfs floitans à la base du cräne, des racines à l'origine de ces nerfs; ou peut-être ce ne fut point chez lui un effet de prévention, mais le résultat d’un empêchement d'observation causé par le mauvais état de sa préparation.
Jai donné plus haut la détermination des me:nbranes de la région épicranienne : cela n’offrait aucune difficulté. Mais 11 n’en est pas ainsi de celles qui recouvrent la région dorsale. Y ayant donné attention, J'ai diverses fois hésité. L’anomalie est ‘là en effet si grande qu'il faut d’abord s’accoutumer à elle avant de s’engager dans son explication; cependant voici ce que j'y ai défimtivement aperçu.
Reprenons de plus haut : tout le canal vertébral du dos et des lombes est ouvert à sa partie médiane et postérieure : au lieu de faire étui, les lames des vertebres sont rejetées partie à droite et partie à gauche : l’étui fendu et renversé est: devenu une table. Ainsi une surface plane tient lieu des parois intérieures du tube.
Mais, dans l’état ordinaire, les couches membraneuses appliquées à tapisser l’intérieur du canal vertébral se composent : la premiere, de la duremère; la seconde, de l’arachnoïde ; et la troisième, inscrite en dedans des deux autres, de la pie-mere. Conservons en souvenir que ce sont là les trois
(io) feuillets de l’étui membraneux, garnissant les parois du canal vertébral osseux , et que dans ce contenant est la moëlle épinière, l'objet contenu.
Or j'ai toujours vu que les os n'éprouvent point de modification, qu'ils ne la fassent ressentir aux parties molles qu'ils étayent. A la liaison intime de toutes ces parties du canal vertébral, on ne doit donc pas douter que cette vue ne leur soit à toutes applicable. ”
Par conséquent la seule manière que nous ayons de concevoir l’anomalie du cas actuel, c’est d’admettre que tous les élémens du canal vertébral se sont, avec ce système osseux, renversés en ailes à droite et à gauche, c’est-à-dire que tous se sont étendus en table pour former la large surface dorsale limitée à gauche par l’arête ccc, et à droite par la ligne des lettres ddd. 3
Cela posé, tout se réduit à une question bien simple, et dont la solution nous est donnée sans difficulté par Les connexions. Car si le feuillet posé profondément et à cru sur les os vertébraux , est composé chez les anencéphales par la dure-mère, le dernier feuillet ou l'externe l’est par la pie-mère : quant à l’arachnoïde, ou elle est employée à la manière du tissu cellulaire pour unir ces deux membranes, ou, confondue avec l’une d’elles, elle en rend le tissu plus solide.
Nous voilà donc informés de ce qu'est l'espèce
d'aponévrose, apparente comme une large plaie à la région dorsale ; et nous savons même à son sujet un peu davantage. C’est que nous voyons, en dehors, celle des deux surfaces de la pie-mère, qui, chez les fœtus de l’état normal, devient paroi intérieure, celle enfin qui est dans un contact immédiat avec la substance médullaire,
Mais si le tuyau contenant en est réduit à devenir table rase, êt si ce sont ses parois intérieures qui interviennent en dehors, nous sommes conduits à chercher l’objet contenu à la surface de cette table rase. C’est du moins à cette même place que la théorie des connexions en indiquerait la position. |
Dans le vrai, serait-il quelque chose au-delà ? Oui, puis-je répondre, oui, sans doute ; car d’abord on n'a point probablement oublié ce que j'ai rapporté plus haut de la vessie observée par Santorini et de ses eaux, et ce que j'ai dit moi-même de la poche dorsale de notre sujet.
Au delà est donc une bourse contenant un liquide opaque, roussâtre et inodore (page 133). Comme cette bourse se présente à l'observateur, en la voyant couchée tout le long du dos, j'y distingue deux plans: l’inférieur, répondant à notre table rase, comprend toute la partie représentée dans notre dessin et circonscrite par les lettres
ccdd, et le supérieur se compose des membranes
( 142) malheureusement supprimées par l1 sage-femme. Si pour le moment nous sommes privés de nous faire une opinion sur ces membranes, nous avons du moins une idée arrêtée sur ceiles du plan inférieur : nous venons en effet de prouver qu’elles sont formées par les méninges.
Ce quelque chose qui est en dedans de la piemère, cet objet contenu à chercher, serait donc connu. Nous l'apercevons manifestement au delà de ces méninges, dans le liquide que renferme la poche à dos des anencéphales,
Mais , dira-t-on ,ce n’est pas là du moins cet oë- Jet contenu précédemment annoncé; Car ce n'est ni de la substance cérébrale, ni de la substance médullaire. Qu'importe? je ne crains point de répondre; qu'importe ? si c’est ce que le flux sanguin vient déposer à son lieu et place ; ce que les filières ordinaires apportent et répandent sur là pie-mere,
ce que la loi des connexions nous donne comme
l’objet cherché.
C'est là déjà un premier et très-important résultat. Voyez; ce liquide existe où la moëlle épinière eut dù exister : il en tient donc heu; 1l en est donc l'équivalent , et en: effet , vous ne pouvez reculer devant cette conséquence, quand vous: en avez apprécié l'intérêt, comme vous: offrant, un objet de sécrétion, un produit nécessaire des vaisseaux san-
guins, une dette qui est acquittée. Apprécions
( 143 ) bien plutôt notre position; et cessant de nous inquiéter de l’opinion qui place les anencéphales sous la supposition que, chez eux, il n’est nul indice de substance médullaire, restons fermement attachés à nos premiers pressentimens , et continuons à nous refuser de croire qu'une Organisation régulière à tant d’autres égards, se puisse concilier avec l’absence absolue de tout appareil cérébral et spinal
Cette eau à la place du prolongement rachidien; il est presque inutile d'ajouter qu'elle était retenue extérieurement par le restant de la poche, par cette prétendue peau morte dont le fœtus à été débarrassé par la sage-femme.
D'où cette partie de la poche tirait-elle son origine? Nous sommes privés de le savoir par une ‘observation directe. Cependant deux seules hypothèses sont admissibles. Car, ou cette tunique avait été formée par le derme, qui aurait été soulevé et successivement distendu, au fur et à mesure de la livraison du fluide par le système artériel ; ou elle était une continuation des méninges, lesquelles fussent restées sous la condition d’un étui membraneux , etn’auraient participé à lécartement des os vertébraux qu’à leurs points de contact avec la charpente osseuse.
Nous bornant à exposer des faits dans ce Mémoire, cette discussion nous est pour le moment
( 144) interdite. Nous aurons plus tard occasion d'y revenir; ce sera quand nous aurons donné dans le Mémoire suivant quelques faits analogues.
Reste une haute question à traiter. Cette eau
de la poche dorsale qui tient lieu de cerveau, qui
remplace ainsi le cordon rachidien, serait-elle primitive ? ou n'est-elle qu’un effet de maladie qui s’en vient tardivement porter le trouble dans un travail d'organisation d’abord régulier ? Beaucoup de physiologistes n’y ont vu qu'un effet d’hydropisie, qu'un cas d'hydrencéphalie; je vais discuter l'opinion contraire.
Je me serais gardé d’une pareille discussion , si je devais n'y apporter qu'une toute autre manière de sentir ou de juger les faits: j’aurais trop à souffrir en effet de renoncer aux habitudes de modération qui font le charme de ma vie, et, pour si peu de motifs, d'essayer de poursuivre un succès; mais fixé sur de nouvelles considérations, j'ai dü en accepter les conséquences. On pourra juger, si je ne men suis pas trop exagéré la valeur ; je vais exposer ces nouveaux aperçus dans l’ordre suivant.
1° Du système osseux. Avant que Jen eusse fait Le sujet particulier de ma précédente dissertation, on n avait qne des idées vagues sur ce qui en restait conservé chez les anencéphales. On supposait que, passibles tout autant que le cerveau de
l'action pathologique, les os craniens tombaient |
( 145 ) dans la même dégradation. Mäis on a vü que nous avons-au contraire observé qu'aucun de leurs élémèns ne disparait, que séulement les conditions de monstruosités en affectent les: formes ; et ‘que chaque pièce, comme si toutes les molécules à lui fournir deväient être livrées à des époques et dans une quantité réglées pour tous Îles cas, acquérait en épaisseur ce qu'elle perdait en superficie. Les formes elles:mêmes ne m'ont paru soumises qu’à une domination indirecte et accidentelle; car ou ces os.se relèvent en bosse sur un cerveau d’un relief considérable, ou, si l’encéphale diminue et même disparait, ils s’affaissent et retombent sur
eux-mêmes; étant dispos pour ces variations, comme
s'ils faisaient effectivement partie d’une bourse àcompartimens mobiles: Mais d’ailleurs hors ces causes ;;qui influent sur leurs formes, et qui en font::la: variation de état normal à l’état monstrueux, ces os nesont pointautrement affectés. Leur tissu, dans l’un et l’autre cas, paraît dépendre toutà-faitr: des mêmes causes de formation; c’est la même Structure , la mêmé physionomie, j'allais direola même apparence de bonne et parfaite santé: L'observation nesaurait donc s’accommoder de l'idée d’un désordre récent : tout porte au Coritraire l'empreinte d’un travail ancien et pérsévérant:1bme parait donc parfaitement établi que les os: Cranièns ét vertébraux des anencéphales res-