‹ Philosophie anatomique. Des monstruosités humaines. Ouvrage contenant une classification des monstres; la description et la comparaison des principaux genresChapitre 41 sur 62 · LIT, DES ANOMALIES DU SYSTÈME SANGUIN CÉRÉPRAT · texte numérisé non relu

LIT, DES ANOMALIES DU SYSTÈME SANGUIN CÉRÉPRAT

L’extrême réduction du cerveau quant à son volume, et l’état plus avancé d’ossification du crâne,

sont le produit d’une seule’ et même cause, et dépendent réellement de la même anomalie, étant, lub à l'égard de Fautre, l’occasion et le motif d’une éompensation. C'est cette théorie que M. Serres vient d'exposer dans un article sur le système sanguin des imonstruosités animales (1). L’hypertrophie, dit-1}, d’une partie organique, et l'atrophie d’une autre en correspondance, tiennent à l’artaponisme de leurs artères nourricières, quand 1l arrive à ces arteres d'avoir le diametre de leur ca- Kbre établi différemment qu’à l’ordinaire. M. Serres cite ue incomplet (2) (notre podencéphale) à l’'Hôtel-Dieu , dans la division de M. Petit,

comme lui offrant une disposition de ce genre. Pour rechercher en quoi consiste exactement

(x) Essai sur une Théorie anatomique des Monstrüosités animales , par M. A. Serres, chef des travaux anatomiques des hôpitaux, etc. Voyez Bulletins de la Société médicale d’émulation, recueillis par la Revue médicale, octobre 1821.

(2) M. Serres recourt à cette périphrase pour éviter l’emploi du môt impropre d’arencéphale, donné par les anatomistes occupés de pathologie à une classe entière d’acéphales, à ceux qui ont un cerveau rudimentaire. Il n’est en effet aucun de ces prétendus anencéphales où ne soient, dans une proportion plus ou moins grande, quelques parties encéphaliques. Jai plus haut déjà regretté d’avoir conservé et adopté ce nom pour un genre d’acéphalie chez qui un liquide précurseur du cerveau

tiént lieu dé cet organe : kydrencéphale eût été préférable,

(Rae ) cette disposition, nous aurons à rapprocher, des vaisseaux artériels cérébraux de notre monstruosité ; les vaisseaux analogues de l’état normal, et à comparer leurs diamètres respectifs ; et, quoi qu'advienne , Je ne me côntenterai pas de donner ces résultats en me servant uniquement de termes numériques qui ne portent point à une assez vive impression. J’observe que les moindres changemens dans la grandeur relative des artères forment ici un point fondamental; et, pour appeler sur cette circonstance l'attention que réclame l’importance que j'y trouve, je lai fait tracer sur la planche VI, ayant représenté l’état monstrueux fig. 2, et l’état normal fig. 3.

Des carotides.

Tout ceci repose sur le rapport interverti qu'a remarqué M. Serres entre la grandeur respective des deux carotides. Chez l'adulte, où le crâne et la face présentent une étendue proportionnellement égale, les deux carotides ont à peu près le même calibre : mais 1l nous convient, pour la rendre comparative, d’avoir cette proportion dans les premiers âges; et chez l'enfant, où le crâne prédomine sur la face, la carotide interne est la plus considérable (x). a —————]——————————————————…————— "<<"

(1) J'ai fait dessiner, fig. 3, ces artères sur un enfant nouveau

Des proportions inverses sont chez le | podencéphale. La carotide externe (voyez :, fig. 2) a gagné en volume ; et l’autre branche, lettre y, est au contraire réduite à la moitié de son diametre. Cette dernière est donc tout-à-fait restreinte et comme descendue à un état rudimentaire. De plus, tous les rameaux quien dérivent partagent son sort, tout comme ceux de la carotide externe participent, chez le podencéphale, aux conditions .de plus grand calibre de cette artère. Voyez aussi que la thyroïdienne inférieure s est beaucoup plus forte chez le podencéphale, fig. 2, que l’est cette artère (S, fig. 3) dans l’état normal.

Deux principales artères se distribuent dans l’encéphale : la carotide interne et l’artère vertébrale. Elles sont d’abord étrangères l’une à l’autre; leur

né, pour en donner l’état normal : on peut ainsi juger de leurs différences respectives. La carotide interne, lettre J, l'emporte d’un septième à peu près en volume sur la carotide externe I. J'ai fait aussi placer tout à côté, sur la même planche, fig. 4, un trait qui donne le rapport de ces mêmes parties chez un enfant de cinq ans. Les mêmes lettres b, cet 7 indiquent les mêmes artères carotides primitive, interne et externe. La différence entre ces deux dernières est très-considérable ; mais il est évident qu’un développement extraordinaire l’aura causée. J’ai supposé que cet. enfant était mort d’une inflammation du cerveau : cependant des notes à son sujet, qui m’ont été remises, assignent

une autre cause, la maladie du carreau.

origine et leur trajet ne sauroient différer davantage : mais enfin elles aboutissent au même point, et, à partir de leur entrée dans le cerveau, ce sont deux sœurs, y prenant le rang et y remplissant également les fonctions d’artères cérébrales. Si l'anomalie que présente le podencéphale consiste à créer et à opposer un obstacle à la libre circulation de leurs fluides, l’anomalie attendra au même degré l’une et l’autre de ces artères ; et c’est en effet ce que prouve notre monstruosité. Voyez (fig. 2, lettre À) à quel degré de petitesse se trouve réduite l’artère vertébrale.

Passons de la considération de ces vaisseaux à celle des organes dans lesquels 1ls se répandent, et nous observerons les mêmes rapports. Où se fait sentir chez notre monstre l’action ultrà-nourricière d’une plus forte artère, l’organe est agrandi; où tout au contraire cette influence par le fait d’une plus petite artère devient moindre, l’organisation ne peut parcourir la série des. développemens normaux. |

Qu'on veuille bien y donner attention : ce qui est ici un cas d’anomalie, c’est-à-dire Le développement inverse des deux carotides, est au contraire l’état normal des animaux, et principalement celui des mammifères à long museau; et, pour nous porter de suite sur un exemple qui, sous le rapport du cerveau et. de l'étendue des os crâaniens, em-

(284) brasse, dans toute leur exagération, les faits du podencéphale, nous citerons le erocodile.

Noûs nié poüvons donner à tous ces faits leur valeur scientifique qu’en renonçant à les voir isolés, qu’en cessant d’ên apprécier l'influence d'après les idées particulières et incomplètes que lé système de nomenclature qui leur est consacré en portée à l'esprit. Oublier ce qui semble acquis ét cé qui parait si formellement décidé en anatomie humaine, est le seul moyen de nous éléver à ce qu'il y à de plus général en organisation, eu égard à la division des carotides, comme de rechercher à quoi peut temr le principe dé léur distribution.

La carotide primitive ( consultez son tracé que nous donnons exactement fig. 2 } est Comparable at tronc d’un arbre ascendant, et les subdivisions de cette artère, à ses branches. Si l’arbre est ascendant, sa diréction lui vient dé Fa bonne tenue de sa tige centrale ; qui, tout en diminuant par le détachément des rameaux latéraux, resté toujours la plus volumineuse, et mérité ainst d’être toujours distinguée comme la mère-branche. Revenons à l'artère : le tronc servant dé point de départ est la carotide primitive b: Comme la plupart dés corps organisés qui se ramifient ; elle fournit déux branches : lune à gauche’ét l'autre à droite (dans l’ordre conventionnel des descriptions anatomiques ; 1l faudrait dire, l'une antérieure et

l’autre postérieure : mais qu'on me permette, pour plus de clartés, de lire ce qui est dessiné ) : au nœud suivant, ce sont deux autres branches, et au troisième nœud , toujours en montant , ce sont. encore deux branches, également l’une à droite ct l’autre à gauche. Chacune de ces subdivisions à recu des noms. Le premier partage, après la caroide primitive, a été nommé, savoir; la prolonsation du tronc ?, carotide externe ; la branche de droite 7, carotide interne; et la branche de gauche s, thyroïdienne supérieure. L’embranchement suivant se compose d’un rameau à gauche, quise bifurque en artère linguale Zet en artère maxillaire inférieure rm, ét d’un rameau à droite g, l’occipitale postérieure ; enfin au troisième nœud la mère-branche, se prolongeant dans la téemporale », développe à droite l'auriculaire postérieure o et à gauche, mais plus profondément, la maxillaire interne. Le dessimateur a dû omettre cette dernière, que la préparation des parties ne lui a pas permis de voir.

Telles sont les ramifications naturelles de la carotde primitive, telle elle se propage chez tous les animaux, à l'exception de l’homme normal; telle en ordonne la force d’impulsion émanée du cœur. Ainsi là carotide primitive forme un tronc commun et central qui se poursuit, sous sa condition première d’une mère-branche, jusque dans Partere temporale, mais qui, à ses nœuds ascendans, prend

successivement les noms de carotide. primitive,

carotide externe, et artère temporale.

Pour que le sang dévie de sa ligne d’ascension: et. qu'il vienne affluer en plus grande quantité sur un rameau latéral, 1l faut que ce résultat dépende d’un événement étranger, à quelques égards, à l’organisation : et Jajoute, sans la moindre hésitation, que, dans le cas qui nous occupe, il n'y a point à douter que ce ne dépende des travaux de l’intellect. 1/activité de l'esprit, croissant chez les hommes au fur et à mesure de leurs progrès dans la civilisation, rend-le cerveau de plus en plus consommateur. Le sang abonde en plus grande quantité là où il nourrit, et s’épuise davantage C’est dans un plus faible degré le phénomène dit rflammation. Le calibre de lartère augmente où cette cause agit, et toujours en raison du flot sanguin qui s’y engage. Qui sait si l’hypertrophie de la carotide interne, et par conséquent celle du cerveau, ne sont point, chez l’homme d'aujourd'hui, comme les acquisitions de son domaine intellectuel, un des produits du temps, une acquisition elle-même rendue transmissible par voie de génération ?

La carotide interne, ainsi gouvernée par un ressort étranger, par une plus grande activité des fonctions cérébrales, prend plus de volume que sa mère - branche, de la même manière qu’une branche latérale d’un arbre gouverné pour pro-

duire du fruit, devient la plus forte par l’applicaüon du jardinier à détruire les tiges ascendantes, ou ce qu'il appelle les branches gourmandes. Le fluide nourricier, étant privé de serépandre en ligne droite, se fait jour sur les côtés.

Ces explications données, nous concevrons, sans la moindre difficulté, tout ce que notre podencéphale présente de si merveilleux en apparence. Un obstacle, et je n'en pourrai dire la nature qu’en ferminant ce Mémoire, un obstacle s’oppose invinciblement au développement du cerveau.

L'action de cette cause perturbatrice consiste à ne laisser arriver dans les méninges qu’un nombre ort restreint de molécules cérébrales. Or nous ivons vu, relativement au système sanguin, que le producteur s'accroît en raison des objets livrés à la consommation, et qu’il diminue dans le cas contraire. Le podencéphale est dans ce dernier cas. L'est donc de toute nécessité que le vaisseau producteur, que l'artère cérébrale soit d’un moindre volume. Cette conséquence se déduit rigoureusement; mais, d’un autre côté, l'observation donne tussi ce fait. Ainsi, ce qui devait être se trouve tre ce qui est.

Ce n'est là qu'un prémier effet de la cause berturbatrice ; d’autres s’ensuivént, comme on va e voir. L'action de monstruosité qui pèse sur la carotide interne $e réduit, au fond, à l'impossibilité

où elle. est de recueillir, à ses branches terminales tout le sang qui'y arrive dans l’état normal. Ainsi il n’y à rien de changé à l’origine des vaisseaux : li cœur jouit de la même force d’impulsion : le calibre des vaisseaux aortiques reste le même. Mais voye: ce qui résulte cependant de tout ceci. La mêm somme de fluides nourriciers qu'à l'ordinaire entr. et s'engage dans la carotide primitive, quand, : raison de la perturbation dont nous avons parl plus haut, 1l ne s'en écoule qu'une bien. faibl partie par un de ses rameaux, la carotide interne

Faudra -t-1l admettre un reflux jusque dans 1 tronc aortique? Ce n’est pas plus à supposer que celui des eaux d’une rivière vers leur source. 14 cœur ne manquerait pas d’ailleurs d’en être affect pathologiquement, et nous savons qu'il ne l'es pas. Une autre condition est donc seule possible. c'est qu'à l’'embranchement d’où sort l'artère res treinte , l’autre branche accroisse son calibre d’unt quantité qui compense la perte de l’artère réduite Dés que tout le sang du vaisseau primitif doi s'écouler sans obstacle par toutes ses dérivations. il devient nécessaire en effet qu’un des rameaux. au plus prochain embranchement, prenne une ex: tension supérieure au volume de l’état normal. l'autre rameau restant en deçà de sa capacité première.

C'est ce qui arrive à une rivière, quand, préci-

pitant ses flots sur le cap d’une île, elle est, par cet obstacle, partagée en deux bras : les eaux, qui ne trouvent point à s'engager dans le petit bras, refluent dans l’autre, et deviennent pour les eaux de celui-ci une cause d'augmentation. Or, voilà en toutes choses ce que montre le podencéphale : la carotide interne étant plus petite, il n'est point uniquement arrivé que le canal de la carotide externe se soit maintenu dans ses proportions ordinaires ; le calibre de cette artère s’est en outre accru précisément de tout le volume dont lautre branche avait éprouvé la perte. Ces rapports mutuels des artères méritent d’être vérifiés, et la comparaison des figures n° 2 et 3, rendues très-exactement, donne lieu de s’en assurer,

Cependant tout ceci ne devient possible que sous la condition d’effets subséquens, c’est-à-dire qu’en donnant lieu à de nouyelles anomalies. On sait que les artères font l'office de vaisseaux nourriciers ' ce qui doit s'entendre de ce qu’une partie de leur fluide s’assimile à Ja substance des organes ; et j'ajoute que les observations qui suivent ne s’appliquent qu'à. cette même partie élaborée et prochainement convertible en organes.

Le sang, venant à se distribuer inégalement entre les deux carotides, et à se porter avec un afflux plus considérable dans la carotide externe, ne parvient point aux extrémités de cette artère, que cet

(240) excès de principes nutritifs n’y exerce une grandé influence, et n’amène en effet à chaque issue ur plus grand développement des organes qui s’er alimentent.

Le derme et le système osseux sont les partie: de la tête où se rendent les subdivisions de cette principale artère : par conséquent tout cet en: semble est nécessairement porté à un développe: ment surpassant de beaucoup celui que présentent les dimensions normales. Eten effet cela saute telle ment à la vue, qu’on ne peut fixer le podencéphale sans être frappé des traits dé bestialité répandu: dans toute sa figure. Je ne cite à dessein que celle: ci, parce qu’il semble, à un premier aperçu, que la face du moins s’est maintenue dans l’état nor. mal. En y regardant attentivement, on voit at contraire qu'il n’en est rien, et l’on trouve en effet que tout y est exagéré en force, et s'y prononce par plus de saillie et par plus de largeur à la fois.

Cet être, né de parens de la race caucasique, 2 sa face prolongée comme celle des singes, même comme celle des singes des degrés inférieurs, puis que son angle facial tout au plus’ ne comporte qu'une ouverture de 45°. Le’ nez est épaté, les lèvres épaisses et avancées, les joues larges, le menton court et rentré; l'œil est fort gros en ap parence, parce qu'il est sorti pour les trois quarts de son orbite; ce qui est produit par l’affaissement

lu coronal et au renversement en arrière du ord orbitaire supérieur. Il en résulte pour la sse oculaire une entrée dont le plan se distingue le celui de la face par une inclinaison de 45 degrés, u , à l’égard du sujet, un axe de vision qui, au lieu le se prolonger en avant de lui horizontalement, e dirige plus haut sous ce même angle. Cette cironstance, remarquée par M. Serres, lui a rappelé ine semblable dépression du coroûal, qui constitue ‘état normal de plusieurs reptiles; celui, par exemle, des grenouilles et des caméléons. ( Théorie, etc., age 104.)

Mais ce n’est pas à donner à la face plus d’étendue superficielle que se borne l’action plus intense de a carotide externe : l’hypertrophie de cette artère xplique en outre l'hypérostose du crâne. Cette lureté des os, chez un fœtus, si grande que quelques os exigent l'emploi de la scie pour être die visés, avait, dès l’origine de ces recherches, fixé mon attention; et sans penser alors que l’explicaion en serait acquise si prochainement, j'en avais parlé ( pages 19 et 90), en annonçant seulement que je confirmais en ce point une observation déjà donnée par Van - Horne. Si nous trouvons en résultat que les os crâniens du podencéphale acquièrent rapidement une densité qu'ils n'eussent acquise que plus tard par l’action progressive des années, nous savons également que l'artère qui s’y

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