SUR UNE CAUSE UNIQUE, EXTÉRIEURE ET GÉNÉRALE DES MONSTRUOSITÉS
Jar posé quelques faits dans les mémoires qui composent cet ouvrage; Je vais présentement essayer d'en donner les conséquences.
Je me suis par ces recherches placé tout-à-fait sur le terrain de l’Anatomie humaine : simplenatu-raliste par mes précédens, ce n’est donc pas sans d'assez vives appréhensions que je m'y vois aussi avant engagé (1). Je n’ignore pas que la plupart des anatomistes, forcés de sacrifier les spéculations de
la science à la pratique laborieuse et pénible de leur art comme médecins, vivent sur un fonds d'idées toutes faites; et de plus qu'il en est bien
(1) Je ne puis cependant regretter d’être entré dans une autre voie; car, autrement, l’Anatomie des écoles m’eüût entraîné dans
ses orniéres, é
Ceres | quelques-uns qui portent la prévention jusqu’à repousser de nouvelles vérités, ayant à leurs yeux le tort de n'être pas nées avant ou durant leurs études. Toutefois ce ne peut être une raison de
taire ces vérités, si l’on s’est trouvé dans une posi-
tion à en avoir l'esprit frappé. Il y a mieux : ce n’est trés-probablement pas ce que véritablement on ji Que je me rassure donc; et Je le puisisurtout,
, fidèle à ma règle de conduite, je continue
ja agir dans cette circonstance avec la plus grande
circonspection.
Si c'était à des succès du moment que je préten-
disse, je sais, comme bien d’autres, ce qu'il y au-
Trait à faire pour cela, principalement vis-à-vis de |
la partie du public médical, susceptible le plus de pareilles préventions. Il suffirait sans doute de revenir continuellement sur le passé, d’amonceler
sur nouveaux frais les trésors d’une littérature «
usuelle, et de faire du nouveau, en réajustant une
die { . PA ; o ) opinion reçue, en la rajeunissant sous une forme
nouvelle. Avec cétte prudence ‘et sans peine, on
avance soi, mais non, mais nullement la science.“
Et en effet, la science pourrait-elle prendre, pour-w
raït-elle accepter pour des explications Satisfaisantes \
de l’érudition et des opinions qu’on ne discute M pas, des jugemens présomptueux qu'on ne craint
pas. de diriger contre des Hommes du plus éminent
SAVOIT : u É2
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Si J'ai rencontré ce vague et ce ton tranché dans quelques écrits sur les monstruosités, la cause en est sans doute dans la limite du possible, en ce moment, touchant cette importante question. Et dans le vrai, là où ne sont encore que des faits incohérens, où les routes n’ont point été tracées, où le but est à peine entrevu, on ne peut s’accorder les procédés des sciences qui ont perfectionné leurs moyens d'investigation; et surtout, on ne saurait marcher bien rapidement, par aphorismes, conclusions et hautes généralisations.
Mais cependant, en embrassant beaucoup moins, en bornant son sujet, c’est-à-dire en réservant son attention pour quelques faits, on peut être sur EUX plus clairvoyant et plus pénétrant. C’estalors-qu'on peut passer de ces faits à leurs conséquences. Que chaque déduction vous paraisse en être une bien sévère application; peu importe ce que vous ignorerez sur tous les autres points de la question, la science n’enregistrera pas moins et à toujours vos faits et leur philosophie. | … J’explique de cette manière comment j'ai la confiance de pouvoir donner dans un résumé quelques généralités sur les monstres, et je puis sans doute ajouter, comment j’espèremême arriver Jusqu'à une cause supérieure. Quatre genres seulement, l'Anencéphale, le Notencéphale, l'Hypérencéphale et le Podencéphale, ont fourni à mes observations ;
( 476 ) Ke mais si seuls ils y ont suffi, c’est que j'ai pu péné-. trer dans leur organisation plus avant, je crois, qu’occupé des mêmes recherches on ne l'avait fait, et, je ne crains pas de le dire, qu’on ne le PORTES faire avant moi. |
On n’a encore jusqu'ici considéré les organes qu'en eux-mêmes, qu’en leur totalité, pour en connaître, soit la forme, soit les usages. Et alors ce que dans l'esprit de ces recherches l'étude des monstruosités pouvait faire connaître, c’est que plusieurs parties de l'organisme animal étaient susceptibles d’altérations et de difformités. Et en effet, voulait-on revenir sur ces irrégularités et y porter une attention encore plus grande ; ces efforts multipliés devaient et ne POSE aboutir qu'à exprimer un seul sentiment, qu’à faire rendre par le langage ce qui était manifeste oculairement. Tout ce qu’on pouvait constater et décrire, c'était que tel organe existait plus long ou plus court, ou rejeté hors de sa position, ou bien qu’il manquait entièrement. Ainsi l’on tournait dans le même cercle d'idées; car c'était redire les mêmes choses, que de remarquer que les organes s’altérent et se modifient, ou que l'organisme animal ne s’en tient pas toujours dans la même espèce aux conditions de son type fondamental. |
Une position qui m'est propre m'a permis de . creuser ce sujet avec plus de profondeur. L'étude
ms
des animaux m'avait anciennement forcé de recourir à une nouvelle méthode de détermination des organes, et celle des faits de diversité, qui séparent les êtres des classes supérieures de ceux des classes inférieures, m'avait de plus forcé de remonter à l'essence des organes eux-mêmes, et de rechercher quels en pouvaient être les élémens constitutifs. De la même manière qu’à l'égard des êtres réguliers, il devenait possible de se porter sur l’origine de | l’organisation, de suivre celle-ci dans tous ses degrés, et de la décomposer dans tous ses détails; on pouvait, à l'égard des monstres, embrasser aussi leur conformation vicieuse sous un ‘point de vue plus général, et, en ne se laissant plus prévenir par ce qui aurait dü être, voir par delà les faits d’une association insolite, considérer isolément tous les matériaux organiques, c’est-à-dire examiner là aussi l’organisation décomposée en ses primitifs élémens. C’est ramenés de cette façon que les faits de monstruosité sont devenus le plus souvent pour moi des faits de l’ordre régulier ; et c’est dans cette position enfin que J'ai pu concevoir que c'était moins le nombre des observations que la maniere dont elles sont analisées, réfléchies et senties, qui en forme la valeur philosophique.
En traitant dans cet ouvrage de divers faits particuliers de monstruosité, nous avons donné, au fur et à mesure de leur exposition, les explications
AUS CORRE Re que nousavons pensé devoir s’y appliquér naturellement. Nous allons présentement reprendretoutes
ces causes et les montrer comme n'étant encore que des effets, qui eux-mêmes ressortissent à une cause supérieure; celle-ci agissant seule d’abord et étant d'une application universelle, pourvu toutefois, comme nous l'avons fait jusqu'ici, que nous nous renfermions dans les considérations des monstruosités par défaut. Mais, avant de produire la
théorie que nous devons exposer, nous jetterons |
un coup d'œil sur ce qui à été imaginé à cet égard, sur ce qui forme aujourd’ hui la croyance des physiologistes. |
$ [ DE LA MONSTRUOSITÉ CONSIDÉRÉE DANS SES RAPPORTS AVEC LA QUESTION DE LA PRÉEXMSTENCE