‹ Philosophie anatomique. Des monstruosités humaines. Ouvrage contenant une classification des monstres; la description et la comparaison des principaux genresChapitre 58 sur 62 · RES · texte numérisé non relu

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actions réciproques, ces mouvemens intestins, que j'ai voulu contrarier.

Pour cet effet, j'ai placé sous des poules couveuses des œufs dont j'avais changé la condition : les uns, pour les avoir renfermés, soit en totalité, soit seulement en partie, dans de la baudruche; d’autres, pour les avoir vernissés en plusieurs places, et quelques autres, pour en avoir élargi les pores, entamant leur coquille par sciage, ou par usure, ‘ou seulement par des piqüres. Les déviations de l'ordre commun, obtenues par ces moyens, ont été très-variées, mais peuvent toutefois être comprises sous les trois chefs suivans. Ou les:liquides albumineux s'arrangealent, et, Je puis dire, s’organisaient sans donner de fœtus; ou bien un embryon, provenant d’un premier travail d'organisation, s’arrêtait au tiers du volume d’un poulet naissant ; ou, tout au contraire, les fœtus grandissaient outre mesure, principalement vers les extrémités postérieures, et de manière, au moment d'entamer leur coquille, à gèner les mouvemens de la tête et la rétraction des membranes renfermant lamatière du jaune. Je dois revoir ces faits avant d'en pubher les détails et les définitives conséquences. |

Enfin, dans l'espoir de me procurer des résultats encore plus décisifs, j'ai de plus agi sur les méres ellesmêmes. J'ai déjà fait connaître mes observations à cet égard; ce travail, inséré dans les Aé-

(Ta) moires du Muséum d’Histoire naturelle, tome 9, page 1, y porte pour titre : Sur les organes sexuels et sur les produits de génération des poules, dont on a suspendu la ponte en fermant leur oviductus.

Ainsi se trouve démonstrativement établi que l’on peut agir sur le développement des germes. Il suffit en effet de quelques tàätonnemens pour connaître que telle sorte de causes perturbatrices engendre telle espèce de monstruosité.

Cependant, n'ayant jusqu’à présent procédé que par des moyens généraux, mes résultats ont été des monstruosités s'appliquant à toute l’organisation, et non des monstres dans l’acception particulière de ce mot. J'avais pesé à la fois et à peu près également sur toutes les parties organiques, et non séparément sur un seul organe. Ces essais, appliqués à des mammifères, eussent produit des môles (voyez la note de la page 206), c’est-à-dire une monstruosité qui eût affecté les premières membranes du fœtus, qui eüt eu pour sujet le placenta lui-même.

Ce ne fut donc qu'après ces premières tentatives que je compris que, pour obtenir des monstres de la nature de ceux qui avaient jusqu’à ce jour occupé les anatomistes, c’est-à-dire des êtres dont la difformité füt restreinte à un seul organe, il fallait procéder sur des formations régulières dans le début, parvenir à l’improviste sur ces noyaux orga-

( na )

niques, les blesser et sans doute dilacérer ou percer quelques enveloppes.

Ces vues devinrent pour moi un nouveau programme pour de nouvelles recherches, et je n’hésitai pas en effet à recommencer une autre série d'expériences. Il me parut qu’en secouant vivement, frappant d’une certaine façon, ou même perforant des œufs couvés depuis six, huit et dix jours, j'arriverais à procurer à leurs embryons un degré de lésion assez bien calculé pour que des êtres aussi fragiles fussent assez et point trop cependant atteints. C’est en variant de toutes les façons ces procédés que je pouvais espérer de me procurer des monstres, dans la rigoureuse acception de ce terme. J'ai commencé ces expériences trop tard, et je n’ai aucun résultat satisfaisant à citer. J’ \ reviendrai ; car que n’obtient-on point par une persévérance ardente et éclairée?

Cependant ce que je venais de chercher péniblement et par voie d'expériences, je l'avais acquis déjà sans le moindreeffortet par voie d’obser$ations directes ; car ce que je souhaitais découvrir n'était autre chose que les brides placentaires que m'avait présentées l’hypérencéphale ; observation qui fut un trait de lumière pour mon esprit, et qui m'éclaira instantanément sur les conséquences d’un fait aussi important.

Le placenta est une portion vivante interposée

JI. ie QU

entre deux êtres encore liés l’un à lautre, mais cependant déjà distincts. Le sang que ce toutpuissant organe reçoit de l’utérus, il le distribuera, après une certaine élaboration, en dedans de ses vaisseaux, et l’appliquera au noyau qu’il renferme dans son sein. Il suit de là, par conséquent, que tous ces effets sont diversifiés et successifs comme leurs causes d'action, c’est-à-dire que les conditions de l'utérus, que nous font connaitre sa capacité, ses parois etses ramifications sanguines, deviennent une ordonnée pour ce placenta, de même que les conditions du placenta, manifestes dans ses orifices où suçoirs, dans son plus ou moins d'épaisseur, dans l’inégale capacité de son parenchyme, dans l’ordre de distribution de ses vaisseaux et dans le plus ou le moins de longueur de son pédicule ou du cordon ombilical, deviennent à leur tour une ordonnée pour le fœtus.

Ce qu’en effet on ne doit pas perdre de vue, c’est qu’autant de placentas différens règlent les conditions d’existence et les formes de l'être parfait appartenant aux différens groupes de mammifères. Ainsi les carnassiers ont leur placenta annulaire et répandu tout autour du corps comme une large ceinture; les taupes en ont le dos couvert comme d’un manteau ; 1l est au contraire rassemblé en un bouton ou en une sorte de gâteau arrondi au-devant de l'abdomen chez les rongeurs: ou bien il est

épanout chez les ruminans, et terminé par une multitude de boulettes charnues ou de forts cotylédons. Gette position persévérante des placentas à l'égard des fœtus à sa cause dans la brièveté du cordon ombilical ét dans la pénurie des eaux de l’amnios, mais seulement chez lés animaux qui vivent en liberté. Serait-ce que la domesticité porte tout autre animal à absorber plus de nourriture que n'en réclament les fonctions assimilatrices, et que cette circonstance influe sur la production plus grande des eaux qui baignent le fœtus? Ce n’est pas ici le lieu dé développer davantage ces idées; je me bornerai à remarquer que l'histoire comparative des placentas par âge et par espèce est toute à faire, et qu'elle est appelée à répandre un grand jour sur la composition primitive des animaux.

Les placentas se greffent vers l’un des points de lutérus, et s’y attachent par des brides que leur fournit le tissu cellulaire. Il n’en est pas de même à leurs surfaces intérieures, où de semblables adhérences ne manqueraient pas non plus d’avoir lieu, sans un suintement et comme un versement continuel d’une partie des fluides dont sont nourris les fœtus, sans une interposition toujours subsistante des eaux de l’amnios, qui isolent l'embryon de ses enveloppes repoussées vers la circonférence. Même dans l'hypothèse que le fœtus se nourrit des eaux de Pamnios, cette interposition n’en serait

( 516 à pas moins d’une durée constante, puisque le sang de la mère viendrait remplacer ce qui de ces eaux disparaïitrait par la consommation.

Le sang de la mère venant approvisionner les vaisseaux du fœtus, et ceux-ci chariant ce fluide et le transportant à leurs ramuscules, c’est en effet une circulation qui favorise invariablement et dans des quantités toujours égales la production des eaux de l’amnios. Or de l'harmonie qui subsiste entre les quantités qui arrivent et celles qui se consomment résulte l’état de santé des fœtus, état tres-difficilement altérable. On arrive ainsi à reconnaître que la marche habituelle de l’organisation prive nécessairement le placenta d’adhérer au fœtus.

C’est où nous conduit une théorie aussi certaine dans son principe qu'inattaquable dans ses conséquences; et cependant nous avons vu que le fœtus n’est pas toujours efficacement protégé par les eaux de l’amnios : ce qui résulte effectivement des faits d’adhérences que nous avons remarqués, des brides placentaires que nous avons décrites en traitant de l'hypérencéphale, du podencéphale et du monstre bec de lièvre mentionné en la note de la page 487,

Le placenta est donc un organe susceptible aussi pour son propre compte de lésions, de maladies temporaires. Quelques-unes de ses altérations ont déjà fixé l'attention des médecins. Ainsi il varie

quelquefois de volume, de texture et de couleur ;: et on en distingue de deux espèces, & parasol où en raguetle, suivant que le cordon ombilical naît du centre ou de la circonférence de l'organe. «Ce fut, dit Morgagni, sur son placenta que se porta la vive affection d’une femme, grosse de cinq mois, à la nouvelle de la mort de son mari : les vaisseaux du placenta cessèrent de transmettre le sang de l'utérus ; atrophie qui occasiona plus tard la mort du fœtus.» (MorGaenr, lett. 48,$ 18) On a vu des placentas squirreux, cartilagineux, osseux même. Hufeland et Schreger ont traité de ces derniers. Il n'y avait d’ossifiée que la face utérine au placenta de l'observation du docteur Garin (Journal de Médecine, etc, publié par MM. Corvisart et Boyer, t. 3, p. 232 }, quand l’une et l’autre superficie létaient en partie chez le sujet du professeur Carestia; observation rapportée et figurée au mot PLAGCENTA, dans le Dictionnaire des Sciences médicales. Cette susceptibilité des placentas, établie par ces faits de pathologie et par nos propres observations au sujet des monstres, n’est donc en aucune manière dou-. teuse. rer 4

Poursuivons cette discussion, et jugeons-en les: conséquences dans leur application aux faits et aux renseignemens dont nous n'avons voulu devoir Finformation qu’à nous-mêmes.

La femme qui a mis au monde l’anencéphale-

décrit pages 1 25 et suivantes, avait son mari employé aux travaux du port de Bercy, village situé audessus de Paris, sur la rive droite de la Seine. Un incendie, le 31 juillet 1820, détruisit ce lieu d’une très-grande importance commerciale. On vint à Paris annoncer cet événement à la mere de notre anencéphale : Votre mari, ajouta-t-on... A ce mot, elle est saisie et tombe évanomie. Elle s'était faussement alarmée ; et cependant, le 2 mars suivant, c’est-à-dire sept mois et:trois jours CPR elle accoucha d’un monstre.

À juger sur le rapport de la sage- -femme et d’après le volume de l’enfant qui est représenté, pl. IV, de grandeur naturelle , l'accouchement aurait été prématuré; l'enfant serait venu à sept mois et demi ou huit mois d’âge fœtal. Je rapporte cette conclusion, quoique j'admette qu'il se pourrait qu’elle ne füt pas fondée : car, si les fonctions d'assimilation s'étendent chez le fœtus jusqu'aux eaux de l’amnios, on sent, à la quantité de ces eaux, qu’on trouve ordinairement déposées dans la poche dorsale, ou, ce qui revient au même, dans: les méninges chez les anencéphales, que ceux-ci ne font pas tourner entièrement à leur profit tous les élémens alibiles qu’ils puisent à l'utérus: Cela posé, cet âge cherché reste donc un fait problématique; mais, si l’on est privé de précision à cet égard, on peut, en s’accordant une certaine lati-

tudé, rénfermer cet âge cherché dans des limites non équivoques, comme eritre deux et six semaines. Or tout 1c1 concorde admirablement avec cette supputation: L’œuf à cette époque aura obtenu assez decohsistance pour partager les excitations du sac utérim, et 1} sera cependant assez nouvellèment formé pour devenir le sujet d’une aussi grande et aussi profonde lésion : car nous ne devons pas oublier qu’afin que des désordres organiques puissenténgendrer l’anencéphalie, il faut qu'ils viennent saisir Pembryon au moment où le système cérébrospinal rassemble ses :élémens formateurs, et où il sedispose à en opérer la dernière métamorphose.

-1:Me fondant sur ces observations; je ne puis douter qu'il n’y eût, à la grossesse: 1nisolite qui se termina par l'accouchement du + mars, d'autre cause que le récit fait sans ménagement de l'incendie de Bercy. Ce récit aura placé de suite la victime de cette imprudente communication dans la situation de ‘litalienne observée par Morgagni.: L'action nerveuse, troublée ou plutôt mstantanément suspendue ; aura fait de proche en proche refluer le sang vers sa SOUrCe, OU, CE QUI suffit déjà, enr aura paralysé li marche et tout au moins suspendu la distribution (Théorie de M. le docteur Flourens). Des lors plus de correspondance entre les pressions de. la matrice et les réactions du noyau interieur. de l'œuf, et dès lors aussi refoulement avec violence

(po .) du dedans en dehors des toiles recouvrant-et hant les vaisseaux du placenta, membranes bienfrêles à ces premières époques de formation. :

Il n’en faut sans doute pas davantage alors pour que ces membranes (1) s’entr'ouvrent;se déchirent et se laissent traverser parles eaux de l’amnios. Or

voyez : combien d’autres conséquences découlent de ces premières données ! La matrice ne cesse de peser de tout l'ascendant de ses contractions sur le noyau occupé à se développer en son sein. Mais, d’après ce qui vient d’être dit, les enveloppes fætales ne sont plus ni écartées ni maintenues par les fluides dans lesquels le fœtus se trouve: d’abord plongé : les contractions de l'utérus les ont contraintes à se replier, à s’affaisser et à retomber sur le fœtus. Enveloppant, touchant et pressant celui-ci de toutes parts, des adhérences d'elles à lui sont inévitables ; et cela marche d'autant plus vite et se répand sur d'autant plus de surface, qu'il est plus de perforations:aux enveloppes fœtales, plus de points rompus et sanguinolens. | | Mais cependant ces effets de vive excitation, ces

(1) Si frèles, pourraient-elles résister, quand nous voyons l’organe le plus solidement constitué se briser sous le choc de causes morales ? « Qu'on sache, dit Corvisart dans le discours « préliminaire de son ouvrage sur les maladies du cœur, qu'on «sache qu’il suffit d’un accès de colère pour déchirer le cœur «et pour causer une mort subite. »

( Bar )

obstacles à l’harmonie des fonctions de l’organisation, sont temporaires. L'action nerveuse reprend comme auparavant; la circulation des fluides se rétablit, et cette circulation reproduit les eaux de l’amnios. Si le retour de ces eaux, en dedans des membranes foœtales reconstituées et refermées par les adhérences qu’elles ont contractées avec l’embryon, n’amène pas l'entière rupture de ces adhérences (1), ce qui est alors devient de plus en plus pérsévérant. BE FRL9e

Dans ce cas, et dès ce moment, la monstruosité commence : car tous les développemens successifs continuant à avoir lieu conformément à deux 6rdonnées forcées de se faire de mutuelles concessions, savoir, la tendance à la formation normale et les exigences des brides placentaires, l'organe qui est le produit de ces mutuelles actions et concessions,

(x) Je présume que beaucoup de malaises des premiers temps de la grossesse tiennent à de légères fissures des membranes fœtales, et, ce qui m'en paraît être la conséquente, à l’extravation des eaux de l’amnios et à l’existence de quelques brides placentaires : mais je suppose aussi que le retour à la santé chez la mère, ou l'harmonie reproduite de ses fonctionswitales, trouvant ces brides sans un grand degré de consistance, en opère facilement la rupture. Si tout au contraire une très-vive excitation nerveuse de l'œuf le blesse profondément, j'entends, occasione de larges dilacérations dans ses membranes, cet événément tue

le fœtus et en détermine la naissance bien avant terme.

{ 5pà ) cet organe mixte est cela même précisément. dont nous exprimons la condition nouvelle ou l’anoma: lie sous le nom dé: nonstruosité.

Aucune surprise, aucun événement Éséipiti aucune émotion subite, n’ont troublé la mère-dü podencéphale dans les premiers mois de sa grossessé : aussi ce sont d’autres faits de monstrüosités dont J'a1 eu précédemment à rendre compte. Ce: pendant Joséphine m’aurait-elle procuré des renseignemens suffisamment exacts, pour.que je me hasardasse à soulever le voile qui couvre d'aussi mystérieux phénomènes? Je le crois : d'après Les précautions que j'ai prises pour obtenir ce résultat, j'ailieu de penser qu’elle m'a fait un récit. véridique. Toutefois ce doute que j'ai provoqué moi-même établit que je ne m’abuse point sur la position difficile dans laquelle je me trouve. Effectivement il me faut choisir entre paraître agir avec témérité, si je donne une pareille base à des explications phy siologiques ; ou montrer trop de pusillanimité, sije prive cet ouvrage de ses dernières et nécessaires déductions. Mais ma perplexité cesse, et je me rassure en peñsant, 1° que j'ai été très-soigneux de séparer mes faits dé mes raisonnemens ; le lecteur réste, par-là, lé maître de philosépher lés obsérvations à sa manière et de rejeter les idées théoriques; et.2° qu’en me plaçant sous la responsabilité des opinions que je vais émettre je donne. de

cette manière au public une preuve de plus de mon dévouement pour lui.

L'enfant de Joséphine réunissait plus de conditions normales que l’anencéphale de la Seine (x).

(x) Cet anencéphale, comme nous l'avons vu précédemment, est né le 2 mars 1821. On m’en annonce un autre né dans la même année, le 27 septembre, au village de Cornieville, près de Commercy, département de la Meuse. Ainsi se trouvent par-là justifiées mes réflexions (voyez page 125) sur la fréquente apparition de ces monstres et sur la similitude de formes aussi singulières, Un médecin de Commercy, M. le docteur Dumont, a adressé à M. Lemaire de Lisancourt, membre correspondant de la Société philomatique, un récit très-circonstancié de cet événement de monstruosité, J’ai sous les yeux la lettre de M. Dumont, et j'en vais extraire quelques traits principaux, que je donnérai textuellement et sans réflexions.

« L’anencéphale de Cornieville était du sexe féminin. W était

en tout semblable à lanencéphale de l'Hôtel-Dieu décrit par

M. le professeur Lallemand. De petites différences de Fun à l’autre, qui auraient servi à la distinction de ces deux espèces, n’ont.pu étre indiquées par M. Dumont, privé des moyens de faire un travail de comparaison. Ce monstre a vécu quelques instans; il a même poussé quelques cris; il eüt peut-être respiré un peu plus long-temps, sans la négligence de la sage-femme , qui, toute à sa frayeur, oublia de nouer et de couper le cordon ombilical., Cet enfant difforme fut mis au monde par une femme veuve qui avait eu autrefois plusieurs enfans très-bien conformés cette femme, d’une taille moyenne et d’un tempérament bilieux sanguin, fut effrayée de.se voir grosse hors le mariage, et surtout de l'être devenue par les soins d’un /xf; lequel, au

surplus, était un homme grand, fort et bien constitué. Elle ne

(524) Sa colonne épinière était construite comme à l’ordmaire; Pune des extrémités du système médul- Ilaire, celle qui se divise en lobes et s’épanouit dans le crâne, était seule restée privée de développement. Tel est le fait d’après lequel je crois pouvoir con-

cessa , durant sa grossesse, d’être tourmentée par des visions de: fantômes, de bêtes et de diables bien pourvus de cornes. Le jour, son esprit très-agité préparait par decontinuelles préoccupations. les rèveries fantastiques qui lobsédaient la nuit durant son! sommeil. Elle sentit l’enfant remuer dans son sein vers l’époque: ordinaire, mais bien plus: faiblement : il lui semblait que c'était une bête qui gravissait dans son corps ; du moins ce n’étaient ni les mêmes sauts ni les culbutes comme ordinairement. L’accouchement a été précédé par lépanchement d’une énorme quantité: d’eau {les eaux de la poche dorsale}, à tel point que le feu en: a éte éteint. Cet accouchement fut naturel : enfant présentant la tête, le travail n’a duré que trois heures. Mais, à là vüe du monstre, la sage-femme et les femmes présentes prirent la fuite ; elles avaient cru voir le diable avec ses cornes : les oreilles leur parurent être celles d’un chien, et le dos, comme s'il était couvert de poils rouges. » |

La circonstance des deux cornes est un fait, mais un fait arrangé par la prévention et la frayeur. La poche dorsale se fend’ naturellement à la ligne médiane, et ses débris se renversent en deux paquets vers l’occiput, où la poche est rendue plus épaisse et plus résistante par le cuir chevelu et par les cheveux. Les deux paquets, rejetés sur les yeux, figurent assez bien deux prolongemens frontaux, surtout vis-à-vis d’observateurs, dont la disposition d'esprit les porte à plutôt voir ce qui les occupe que ce qui est.

( ba 1)

clure que c’est plus tard, du second au troisième mois de grossesse, que la monstruosité est venue envahir le fruit que Joséphine portait dans son sein.

Mais c'est moins par des supputations sur la quantité d'organisation du podencéphale à ce moment, que par des considérations propres à sa mère, que nous envisageons la présente question. Il nous faut en effet rechercher, en scrutant les récits de Joséphine, quels orages, lui étant devenus funestes, auront contrarié en elle le cours naturel et progressif des formations organiqnes. Or voici ce que nous savons des circonstances de sa grossesse; elles : se divisent en époques, comme il suit.

Avantageusement placée comme cuisinière, Joséphine s’estimait heureuse, quand elle devint enceinte : ce quiest ordinaire en pareil cas, elle ignora d’abord sa nouvelle situation, et, l'ayant connue plus tard, elle n’en prit aucun souci. Cependant, les cinq premières semaines de sa grossesse étant écoulées, on lui signifia que les fréquentations de Tilman avaient déplu, et qu’elle était remerciée. Joséphine se retira alors dans sa cellule, rue de la Savonnerie, où, pendant trois semaines, elle ne dut arriver plusieurs fois le jour que par escalade. L'entrée de cette demeure était fermée par. une trappe, à laquelle conduisait une échelle située entière au-dessous et placée presque droite. Jai par moi-même éprouvé qu'on ne parvenait à s'in-

( b26 ) troduire dans la cellule de Joséphine qu’en manœuvrant et sautant avec dextérité. Grosse de deux mois, Joséphine trouva enfin à se replacer; et ce fut alors (durant trois semaines) qu’on la surchargea de travaux à un degré tel, que chaque jour la plante des pieds lui paraissait brülante.

Les circonstances de la grossesse de Joséphine que nous venons de rappeler se rapportent donc à trois principales époques.

Dans la première, qui embrasse une durée de cinq semaines, Joséphine est demeurée dans la situation habituelle aux femmes de sa condition ; et tout porte à croire que le germe qui se développait dans son sein s’y est paisiblement organisé sans entraves ni obstacles extraordinaires, qu'il fut pleinement abandonné à l’action du risus formativus.

Mais, dans la seconde époque (de Noël 1820 au 5 janvier 1821), elle fut au contraire obligée à des manœuvres difficiles, dont tous ses organes, et particulièrement l’utérus, ont dû ressentir Peffet. Je ne puis douter que l’œuf nait eu, de cette manière , à souffrir des lésions légères, et qu'il ne s’en füt suivi de fréquentes adhérences. Sans doute que, dans le cas d’une ou seulement de deux secousses, du repos, ramenant le cours naturel des fonctions de l'utérus, aurait rappelé l’embryon et les membranes fœtales aux conditions normales : mais c’est ce qui ne sera sans doute pas ici arrivé.

Joséphine, en remontant durant trois semaines plusieurs fois le jour dans sa cellule, aura été contimuellement exposée aux mêmes troubles; et, de cette mamiere, des lésions d’abord légères seront devenues des lésions invétérées et profondes. Ainsi les brides placentaires auront pris avec le temps assez de consistance pour devenir de puissantes ordonnées, pour entrainer la plupart des organes dans les plus grandes aberrations.

La troisième époque se compose du temps où Joséphine, ayant trouvé à se placer, a été surchargée de travaux. Ces fatigues occasionèrent un état maladif, un gonflement du ventre qui dura de quinze à vingt jours. Quelle a pu être l’influence de cette crise ? Je l'ignore, et je ne me permettrai aucune supposition, si ce n’est celle pourtant de lui attribuer d’être pour quelque chose dans la pénurie des eaux de l’amnios. Il est constant que cette pénurie fut continuelle pendant toute la grossesse de Joséphine; mais il suffirait peut-être de l'existence des brides placentaires pour lavoir occasionée.

D'où vient cette toute-puissance des brides placentaires, que de leur seuleintervention dépendent tant de monstruosités diverses?

Serait-ce que les eaux de l’amnios font partie des fluides assimilables comme ayant été suffisamment élaborés, et par conséquent comme se trouvant

( 528 ) | ainsi corvertibles de suite en organes ? Des brides placentaires, dans ce système, étendues au-dessus de l'organe monstrueux et lui formant une sorte de coiffe, auraient donc cette influence, qu’elles s’opposeraient avec efficacité au retour, à l'existence d’une nouvelle accumulation des eaux de l’amnios?

Ou bien serait-ce, parce que, émanées du placenta (organe déjà achevé quand l'embryon commence, organe plus exigeant et dominateur en raison de sa plus grande vitalité), elles dirigent et font arriver sur son principal foyer les bénéfices du système vasculaire, qui, dans la règle, eussent appartenu à l'organe monstrueux ? Il n’est point de bride ou de membrane étendue du placenta à l’embryon, point de ces liens de l’un à l’autre, que cette fusion n’opère l’anastomose de quelques parties de leur système sanguin. Qu'en raison de cette, circonstance, il arrive à un rameau artériel émané de l'embryon de prolonger ses branches terminales sur le placenta, il est évident que la partie de celuilà, où auraient dû aboutir les extrémités de l'artère, ne croitra pas. Ainsi cet organe deviendra monstrueux par retardement de développement.

Ou bien encore (car les brides placentaires ne sont pas toujours rangées circulairement, comme le sont les bords de la coiffe dont nous avons vu le cerveau de l'hypérencéphale recouvert : il en est. d’étendues en ligne droite, comme la bride qui fut

répandue, chez le mème monstre, tout le long et sur le milieu du tronc); ou bien, dis-je, ce dernier cas arrivant, serait-ce que le poids du fœtus, donnant lieu à une action de tirage, effets dont noûs avons suffisamment exposé la théorie, page 21r, aurait, sur les vaisseaux qui viennent former et nourrir le derme, une influence capable d’en opérer l'oblitération? Cette cause agissant, nous ferons R même remarque que tout à l’heure : cette cause donne effectivement naissance à un organe monstrueux, qui devient ou qui est devenu tel par retarderment de développement.

Quoi qu'il en soit, 4 n'existe pas d’autres empéchemens au développement normal d’un fœtus que les adhérences qu’il contracte avecses membranes ambiantes; et dans ce moment de ma discussion, je puis donner à cette pensée une autre forme et la reproduire, en disant : Il n'existe de maladies capables d’altérer la santé du fœtus que celles que ses adhérences avec ses enveloppes rendent possibles. Le fœtus est, dans celles-ci, comme Île poumon dans la plèvre. Sa peau sécréte-t-elle comme à l'ordinaire, ou, ce qui exprime la même idée, les vaisseaux qui s'épanouissent dans le derme continuent-ils à donner les eaux de l’'amnios? aucune adhérence n’est possible. N’est-il aucune sécrétion? le contraire a lieu.

Il en est tout-à-fait de même à l'égard du poumon. 11, 34

Les sécrétions de la peau ne sont-elles point interrompues? il reste libre au milieu du sac ambiant; mais, si les sécrétions cessent, le poumon s’unit à la plèvre. En cas de lésions légères, il y a une maladie aigtie, laquelle se termine par le retour des choses à l’ancien état; et dans le cas de lésions persévérantes, maladie plus grave, chronique, etc.

Il est tout: simple que le fœtus soit susceptible de toutes les vicissitudes auxquelles se trouve nécessairement soumis le moindredes corps organisés, des mêmes phénomènes morbides temporaires ou durables. S'il ne contracte d’adhérences que pour un temps, sa mére ressent ce travail intra-utérin comme un malaise, dont il lui arrive plus tard d’être soulagée : et en effet, les incommodités de la grossesse tiennent principalement à cette cause. Tous ces événemens s’enchainent : c’est un tirage qui est ressenti de proche en proche. Le fœtus tire à lui le placenta, le placenta l’utérus, et celui-ci, à son tour, agit de la même manière sur les nerfs qui s'y distribuent. L’adhérence est-elle au contraire persévérante ? nous l’avons dit plus haut; cette perpétuité d'actions occasione et produit la monstruosité sur le point et dans l'organe où elle s'exerce.

Cependant n'y aurait-il que ces cas d’adhérence pour constituer la monstruosité ? et, de plus, cet engagement prendrait 1l constamment son point d'appui à l'extérieur du fœtus? est-ce bien le résultat

que nous donnent plusieurs considérations sur les monstres ? Mais le podencéphale a plusieurs viscères renfermés atteints par des anomalies; ce qui est vrai du nombre et de la forme de ses urétères ; de son avant-dernière poche intestinale et de son rectum, privé d’issue particulière ou d’anus.

Nonobstant cet exemple et bien d’autres dont je pourrais le fortifier, je crois qu'il n’est qu'une cause unique, générale et extérieure de monstruosités, qu'il n'existe qu’un seul mode pour faire dévier les formations organiques de l’ordre commun; c'est quand le fœtus contracte des adhérences avec ses membranes ambiantes. À.

Il est un âge où chaque viscère n’est point encore renfermé dans les tégumens généraux, et où par conséquent il peut pathologiquement prolon- * ger les ramifications de son système vasculaire jusque sur le placenta : mais, de plus, il est aussi une époque de réaction et de lutte, un moment où les viscères, obéissant à d’autres tractions, essaient de se soustraire à ces primitives adhérences. Est-ce toujours que les brides placentaires retiennent les viscères hors de leurs cavités ordinaires? cela donne une monstruosité pareille à celle de l’hypérencéphale, dans laquelle nous avons vu figurer en dehors le cœur, le foie et les intestins. La lutte profite-t-elle au contraire aux tractions intérieures et n6rmales? les brides pathologiques cèdent d’au-

(5831) tant plus facilement, que les rapports du placenta et du fœtus changent dans les derniers mois de la grossesse. Ce n’est plus le placenta qui est une ordonnée toute-puissante à l'égard du fœtus; le contraire a lieu ; le fœtus reçoit et croît davantage, et le placenta moins à proportion.

Il est encore une autre cause de la rupture des brides placentaires : le fœtus devient très-lourd, et sa plus grande vitalité l’expose à des sursauts brusques et violens.

Il doit fréquemment arriver à des brides placentaires de se détacher par ces causes et dans ces momens d’agitation. Dès lors le fœtus est rendu à ses conditions normales ; il ne tarde pas à être entouré partout des eaux de l’amnios; ses liens étant rompus à jamais, les tégumens communs se répandent sur les places qui en étaient dépourvues.

Mais cependant ce retour aux conditions normales ne produit son effet que pour les nouvelles couches dont les développemens progressifs viendront accroitre l'organe monstrueux : comme celuici était dans l’origine, ilse maintiendra, cependant avecplus ou moins de fixité. Ainsi serenfermentdans l'intérieur de l'être des organes viciés qui cessent d’avoir des relations au dehors, et qui n’en persévèrent pas moins dans leurs primitives conditions d'organes déformés; et ce qui nous prouve: que

c'est la seule explication naturelle de ce fait ,'c'est

(3537 que nous avons. très-nettement remarqué sur le corps du podencéphale des vestiges ( une longue cicatrice) annonçant que deux bords de la peau Sétaient rapprochés et étaient venus s'unir et se confondre.

Depuis que j'ai mon attention éveillée sur cette circonstance, je ne trouve plus de monstruosités, qu elles nemelaissentapercevoir à la peau quelques traces d'anciennes adhérences. Ainsile monstre bec de lièvre figuré par M. Nicati avait encore le derme tout entr'ouvert, de l'angle droit de ses narines à. Pœil du: même côté.

Sur la formation du derme..

Si nous n'avions à citer que des faits comme ceux que nous donnent à connaitre nos monstres anen- :.céphale et hypérencéphale, je veux dire, des cas où quelques viscères thoraciques quittent leur cavité pour se maintenir avec une sorte de régularité sur la ligne médiane, comme ont fait, savoir, la bourse dorsale à l'égard du premier, et les viscères abdominaux par rapportau second, nous pourrions supposer que les artères vertébrales, qui envoient des rameaux et en arrière et en devant, donnent ainsi lieu à la production de la peau d’une maniere: nécessairement symétrique. Dans ce cas, la peau, à la formation de laquelle s'appliqueraient de

(534) chaque côté les dernières branches des artères vertébrales, proviendrait des flancs; de façon que chaque côté arriverait à se réunir l’un à l'autre sur le milieu du thorax, soit en devant et soit en arrière.

Mais cette symétrie n’est pas ce qui existe chez tous les monstres. La longue cicatrice du bas de l'échine du podencéphale descendait des reins pour se porter sur les organes sexuels, un peu obliquement de gauche à droite.

Cette dernière considération force donc à us l'idée à laquelle les remarques précédentes auraient pu conduire, savoir, que la peau se forme par une extension superficielle de parties et par une justaposition de leurs bords. Ce qui est au contraire conforme aux idées qu’en donne linvestigation anatomique, c'est qu’elle s'établit tout à la fois, arrivant de dedans en dehors, pour enceindre et pour retenir sur tous les points, par un égal effort, tous les organes intérieurs.

Mais, cela posé, comment expliquer que la peau se trouve toujours et partout en mesure de laisser et comme de ménager une issue aux brides placenitaires, que nous avons vues le plus souvent irréguliérementrépandues ? Nous devons remonter plus haut, si nous voulons comprendre quelque chose à ces phénomènes. La production de la peau dépenden effet d’un conflit d'actions et de réactions,

(. 686:) de causes et d'effets réciproques. Esshyons d'en dé: mêler le principe.

Il ne se fait pas de développemens organiques sans un allongement de parties, sans qu'il ne soit puisé dans les réservoirs du systèmé nourricier, et par conséquent sans que cela ne se convertisse dans une action s’exerçant du centre à la circonférence.

N’admettez par hypothèse que cette unique action. Je m'explique : supposez un corps organisé quisoit appelé à se produire dans des espaces indéfinis; qu'il n’y ait aucun obstacle pour nuire: à sa source d'actions ou à la force d'impulsion de ses fluides nourriciers : une telle action, se propageant du centre à la circonférence, s’exercera nécessairement comme le voudra sa plus grande convenance, comme en ordonneront toutes les facilités qui lui seront laissées, c'est-à-dire qu'elle s'exercera en ligne droite. Puis, que cela soit répété plusieurs fois, à partir du centre : cette action, se renouvelant sans cesse, se propagera dans plusieurs sens: Le corps qui résultera de ce travail sera ce qu'est tout corps provenant de rayons émanés du centre et dirigés sur la circonférence; sa forme sera un sphénoïde évidé entre les rayons rendus fixes. C'est ainsi que les arbres se couvrent d’une cime dont les rameaux sortent les uns des. autres, et se prolongent en ligne droite.

Cet ordre est, en tous points, l’arrangement qui

( 536 } | est primitivement suivi dans la form ation d’un corps se développant au sein d’enveloppes fœtales. Le cœur se contracte pour lancer le sang au loin. Or, ce qui est évidemment à la convenance du cœur, : ce serait qu’il agitavec le moins d'efforts possibles, ce serait qu'il lançât le sang en ligne droite. Mais ces facilités ne sont acquises qu’à la sève du végétal, contre l’impulsion de laquelle aucun obstacle ne s'élève extérieurement. L'action du cœur, s’exercant au contraire dans un milieu fermé de toutes parts, se trouve, à petites distances, sinon paralysée, du moins modifiée par les membranes environnantes; et observez que ce n’est pas seulement un obstacle qu’opposent les enveloppes ambiantes; il est au delà une force qui vient réagir : telle est celle des contractions de la matrice.

Les vaisseaux émanés du cœur ressentent donc une contrainte à leur extrémité; 1l leur faut suivre les contours, les parois intérieures de la cellule dans laquelle ils se répandent : ils se recourbent par conséquent; mais, comme en se renversant ils s'épanouissent dans tous les sens, 1ls marchent les uns au devant des autres, jusqu’à ce qu’enfin ils se joignent, se touchent et s’anastomosent. |

Cependant ce n’est pas seulement d’une manière passive que les cloisons qui renferment le fœtus se contentent d'agir. S'il est nécessaire qu’à chaque systole elles soient forcées de pousser au large sur

tous les points de la circonférence, pour admettre en plus, dans la cavité qu’elles circonscrivent, la quantité de fluide nourricier qui y est apportée, ce n'est pas sans qu'il leur soit fait violence; ce qui amène durant la diastole une réaction des cloisons, tant sur le fœtus que sur le fluide porté au delà de l'extrémité de ses vaisseaux. Or, ce qui résulte de ces actions et réactions, c’ést que les contractions du cœur cherchent à porter plus loin le sang, et celles de l’utérus à le repousser tout autant en sens inverse, et par conséquent hors des espaces qu'il était d’abord parvenu à développer et à remplir. Ces succès balancés et'alternatifs donnent lieu à la formation d’aréoles ou petits espaces celluleux, qui finalement constituent le tissu cellulaire. Plusieurs couches de ce tissu cellulaire, rapprochées et rendues de plus en plus adhérentes par les pressions exterieures, sont ce qui, en derniere analise, constituent les tégumens du fœtus.

Ainsi chaque point du derme est un produit moléculaire arrivant du centre à la circonférence; et dont le caractère de spécialité se conserve à toujours, se perpétuant en effet par l'isolement des poils et des écailles, Or la peau, n'étant pas formée partiellementet par petitscontournemens,etn'ayant pas de bords dans la nécessité d’aller superfciellement gagner un autre bord à distance, peut indifféremment, s’il y a cause à cet effet, rester ouverte

(:538:} sur tous les points, en travers, en long ou obliquement. C’est ce que l’histoire des monstruosités et en particulier la cicatrice oblique du podencéphale nous avaient déjà révélé, et ce que j'ai voulu de plus faire comprendre sans sortir de la considé+ ration des formations normales.

Sur la respiration du fœtus.

Je viens de parler des contractions alternatives et du cœur du fœtus et de la matrice où il commence à être : c’est avoir montré celle-ci faisant durant l’âge fœtal, au profit de lembryon, les fonctions du ventricule droit, que chacun sait sans usage durant cetté époque. Mais si je n’avais point, dans ce cas, employé un langage de comparaisons et d'images; si la matrice de la mère et le ventricule gauche du fœtus étaient deux agens se correspondant nécessairement et s’entendant pour ouvrager celui-ci; si la matrice tenait, à tous égards, lieu du ventricule droit réservé pour agir plus tard; si elle était la force de compression nécessaire à tout phénomène de respiration ; si elle poussait les eaux de Pamnios sur tous les points tégumentaires du fœtus, comme l’opercule et les autres organes employés dans la déglutition poussent le liquide ambiantsurles branchies du poisson; si enfin le foetus, par tous ses pores comme par autant de trachées,

parvenait, comme les insectes aquatiques , à séparer l’air contenu dans ses eaux ambiantes, nous aurions la solution de cette grande question si long-temps cherchée et si souvent débattue, la respiration du fœtus. Celui-ci, en naissant, est privé d’un agent tout-puissant, ayant aidé à le former, l'utérus de la mère; mais il en retrouve un autre lui correspondant et s’employant au même usage; un autre, organe vierge et comme tenu en réserve pour ce moment. Je n’en puis dire aujourd'hui davantage sur ce point. Il faut d’aborä que j'aie établi ce que sont essentiellement des trachées : ce que je ferai incesssamment. Ces vues sont d’ailleurs à peu près étrangères à l’objet de cet ouvrage; puis, elles demandent à être purement réfléchies.

Conelusion dernière.

En terminant ce livre, j'en repasse dans ma mémoire les principales circonstances.

Quand à mon début je fus frappé du spectacle de monstruosités si nombreuses et bizarres jusqu’au degré de l’extravagance, il me sembla que je contemplais l'Organisation dans ses jours de saturnales, fatiguée à ce moment d’avoir trop longtemps industrieusement produit et cherchant des délassemens en s’abandonnant à des caprices.

Cependant c'était cet excès même dans le déré-

glement des formes, qui m'avait excité à y donner la plus grande attention. Je venais d'imaginer une nouvelle méthode de détermination tant des organes que de leurs matériaux constitutifs, et il me parut. que j'en connaitrais mieux toute la valeur comme moyen d'investigation, si je parvenais à en faire lessai sur ce qu'il ÿ avait dans la nature de plus. désordonné!! |

Mais mes idées m'ayant entrainé, sans que je restasse le maître de m'arrêter, je m'aperçois présentement (ce qui est surtout vrai des considérations de ce dernier mémoire) que je viens de donner une physiologie médicale, quant aux points traités dans cet ouvrage. Cependant qui m'aurait donné cette mission? Je l’ai fait remarquer moimême plus haut, simple naturaliste par mes précédens, que de raisons pour douter? que de voix pourront s'élever et prononcer : Un médecin n’eüt pas fait un pareil ouvrage!

Toutefois, si j'ai soulevé des questions dont l’art du médecin pourra un jour tirer parti; si j'ai planté quelques jalons sur une route qu’il ne faille plus qu'ouvrir sur de plus larges dimensions, ne devraije avoir qu'indiqué de fâcheux écueils à éviter, J'aurai obtenu la seule récompense que jambitionne. Je me flatte en effet qu'on voudra bien considérer et agréer ce travail comme wlile.

Quarid l'amiral Nelson vint détruire l’escadre

(541) française embossée dans la rade d’Aboukir, il envoya un de ses vaisseaux se poser sur les récifs de la côte, pour montrer à son escadre les écueils qu'elle aurait à éviter. Je contemplar moi-même, de la plage égyptienne, avec quelle héroïque résolution cet ordre fut exécuté.

Le charme d’un pareil dévouement, je le conçois. C’est ce sentiment qui m'a toujours soutenu dans mes entreprises. Les recherches les plus pénibles, le danger de m'y livrer, les avertissemens de mes amis pour m'y soustraire, rien ne m'a arrêté. Que je puisse croire que j'aurai en effet préparé les voies à la moindre utilité, ne düt-elle donner de fruits que dans un lointain avenir, c’est assez pour ma satisfaction. Je ne vois que cette fin ; je m'y dévoue tout entier; UTILITATTI.

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