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NOTICE ET PRÉFACE

Denis Diderot naquit à Langres au mois d'octobre 1713, et mourut à Paris, le 30 juillet 178i.

Fils d'un coutelier, et neveu d'un oncle chanoine, il fut d'abord destiné à l'état ecclésiastique et confié aux Jésuites de sa ville natale. Les succès qu'il remportait dans ses classes, les espérances qu'il faisait dès lors concevoir allumèrent-elles l'ambition de son père, et lui donnèrent-elles une de ces inspirations qui décident de la destinée d'un fils, ou fut-il déterminé par quelque autre motif, encore est-il que le brave homme le conduisit à Paris, et le mit au collège Louis-le-Grand, où l'enfant trouva l'enseignement des Jésuites dans toute sa plénitude et dans tout son éclat, où il eut môme le bonheur de retrouver quelques-uns des plus célèbres miîtres de Voltaire. A partir de ce jour, le philosophe, l'artiste, l'écrivain, Diderot naît, s'élève et grandit pour nous. Vainement au sortir du collège est-il placé chez un procureur; plus porté vers les Lettres qu'épris de procédure, avide surtout de liberté, Denis se livre, avec toute l'ardeur de la jeunesse et toute la fougue de son tempérament, aux études les plus diverses, complétant celles qu'il avait commencées ou en commençant de nouvelles ; langues anciennes et langues modernes, mathématiques, sciences physiques et naturelles, philosophie, musique, etc., il embrasse déjà tous les ordres de connaissances, poussé d'ailleurs par le besoin, car son indépendance lui a bientôt aliéné sa famille, et il est réduit à donner des leçons pour vivre, c'est-à-dire

à se mettre à enseigner le peu qu'il sait et à se hâter d'apprendre tout ce qu'il ignore, afin de trouver des élèves et du pain.

Cette entrée de Diderot dans la vie nous fait pressentir toutes les irrégularités de celle qu'il mènera plus tard; elle nous révèle surtout dès à présent les merveilleuses facultés dont il est doué, et elle nous explique l'universalité de ses connaissances et de son savoir.

La lecture la plus rapide de ses œuvres ne fait pas moins vite éclater à nos yeux ses rares qualités personnelles et morales, et nous montre en entier ''homme inséparable de l'écrivain.

Comme Horace, qui se montrait heureux d'avoir pour père un humble affranciii, pauvre possesseur d'un maigre champ,

« Macro pauper agello, »

et qui ne l'aurait pas changé pour un sénateur ou un consul,

« Si natura juberel

Atque alios légère ad fastum quos cumque parentes,

Mets tootentus, honestos

Fascibus et uellis noiira mihi sumere*... »

Denis met le coutelier de Langres au-dessus des plus grands personnages. Aussi, quand il a demandé le portrait de ce père, l'image de cette simple, honnête et bonne figure d'ouvrier,

« En habit de travail, avec son bonnet de forge, son tablier, une lancette à la main, »

et que le peintre et la famille radieuse lui apportent un beau matin son père,

,< Avec une belle perruque, un bel habit, une belle tabatière à la main, »

il s'écrie douloureusement :

« Vous n'avez rien fait qui vaille ; je vous avais demandé mon père de tous les jours, et vous ne m'avez envoyé que mon père des dimanches* l »

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