I. « 0 soucis des humains 1 0 vanité des choses de la vie
magement, cent plaisirs chimériques. Mon ami, ne soufflons point sur ces fantômes, puisque notre souffle n'écarterait que ceux qui nous suivraient toujours, d'un peu plus près ou d'un peu plus loin.
0 le joli moment! comme la tôte allait s'exalter, si j'avais le temps de la laisser faire ! Mais il faut que je vous quitte pour aller à des ôlres qui ne vous valent pas, sans flatterie, et pour dire des choses dont la Postérité ne s'entretiendra pas.
lin vérité, celte Postérité serait une ingrate si elle m'oubliait tout à fait, moi qui me suis tant souvenu d'elle.
Mon ami, prenez garde que je ne fais nul cas de la Postérité pour les morts, mais que son éloge, légitimement présumé, garanti par le suffrage unanime des contemporains, est un plaisir actuel pour les vivants, un plaisir tout aussi réel pour vous que celui que vous savez vous être accorde par le contemporain qui n'est pas assis tout à côté de vous, mais qui parle devons quoiqu'il ne soit pas entendu de vous.
L'éloge payé comptant, c'est celui qu'on entend tout contre, et c'est celui des contemporains. L'éloge présumé, c'est celui qu'on entend dans l'éloignement, et c'est celui de la Postérité. Mon ami, pourquoi ne voulez-vous accepter que la moitié de ce qui vous est dû?
Ce n'est ni moi, ni Pierre, ni Paul, ni Jean qui vous loue; c'est le bon goût, et le bon goût est un être abstrait qui ne meurt point; sa voix se fait entendre sans discontinuer, par des organes successifs qui se succèdent les uns aux autres. Cette voix immortelle se taira sans doute pour vous, quand vous ne serez plus; mais c'est elle que vous entendez à présent, elle est immortelle malgré vous, elle s'en va et s'en ira disant toujours : « Falconel! FalconetI »
AU MÊME
MâUE SUJET.
Janvier 176#.
Eh ! mon ami, le tissu de nos maux et de nos peines est ourdi de chimères où l'on n'aperçoit de loin en loin que ''uelques
fils réels. La comparaison du concert n'est pas seulement
agréable, eWe esl juste*. Quel concert plus réel quo, celui que j'entends et dont je suis en état de chanter toute la mélodie et tous les accoiupagnements? Cela esl noté. Quand ce ne serait que la douceur d'un beau rêve! Et n'est-ce rien que la douceur d'un beau rêve? Et n'est-ce rien qu'un rôve doux qui dure autant que ma vie, et qui me lient dans l'ivresse?
L'éloge de nos contemporains n'est jamais pur. Il n'y a que celui (le la Postérité qui me parle à présent, et que j'entends aussi disliiiclement que vous, qui le soit. L'envie meurt avec l'homme, ou si elle existe encore après lui, c'est pour continuer son rôle. Elle t'objecte Phidias à toi qui vis ; quand tu ne seras plus, elle t'objectera à ceux qui te suivront.
Malgré que nous en ayons, nous proportionnons nos efforts au temps, à l'espace, à la durée, au nombre des témoins, à celui des juges ; ce qui échappe à nos contemporains néchappera pas à l'œil du temps et de la Postérité. Le temps voit tout; autre germe de perfection. Celte espèce dimmorlalité est la seule qui soit au pouvoir de quelques hommes, les autres périssent comme la brute. Pourquoi ne vouloir pas que je sois jaloux et que je prise celte distinction particulière à quelques individus distingués de mon espèce? Que suis-je? des rêves, des pensées, des idées, des sensations, des passions, des qualités, des défauts, des vices, des vertus, du plaisir, de la peine. Quand tu définis un être, peux-iu faire entrer dans la définition autre chose que des termes abstraits et métaphysiques? La pensée que j'écris c'est moi; le marbre que j'anime c'est toi. C'est la meilleure partie de toi, c'est loi dans les plus beaux moments de ton existence, c'est ce que tu fais, c'est ce qu'un autre ne peut pas faire. Quand le poète disait :
Non omnis moriar; multaque pars mei Vilabit Libitiuam î,
il disait une vérité presque rigoureuse