DEUX BONNES ACTIONS
19 août 1762.
J'ai été témoin, il n'y a pas longtemps, d'une bonne action, et bien faite. Une pauvre femme avait un procès contre un prêtre de Saint-Eustache; elle n'était pas en état de le poursuivre, un honnête homme indigné s'en est chargé. On a gagné; mais lorsqu'on a été chez le prêtre pour mettre la sentence à exécution, il n'y avait plus ni prêtre, ni meubles, ni quoi que ce soit. Cela n'a pas empêché la pauvre femme de sentir l'obligation qu'elle avait à son protecteur ; elle est venue l'en remercier, et lui témoigner le regret qu'elle avait
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de ne pouvoir lui rembourser les frais de la plaidoirie. En causant, elle a tiré une mauvaise tabatière de sa poclie, et elle ramassait avec le bout de son doigt le peu de tabac qui restait au fond; son bienfaiteur lui dit : « Ah, ah! vous n'avez point de tabac? donnez-moi votre tabatière, que je la remplisse. » Il a pris la tabatière, et il a mis deux louis au fond, qu'il a couverts de tabac. Voilà une action généreuse qui me convient, et à vous aussi, n'est-ce pas? Donnez; mais si vous pouvez, épargnez au pauvre la honte de tendre la main.
Puisque le récit de bonnes actions vous touche, je vous dirai toutes celles qui viendront à ma connaissance; et, pour vous tenir parole tout de suite : Madame d'Épinay avait donné dix-huit sous à un petit garçon pour une journée de travail Le soir il revient à la maison, n'ayant pas un liard. Sa mère lui demanda si on ne lui avait rien donné : il répondit que non, et mentit. Cependant la chose s'éclaircit: la mère, mieux instruite, voulut savoir ce que les dix-huit sous étaient devenus. Le pauvre petit, il les avait donnés à un cabaretier chez lequel son père avait passé la journée à s'enivrer, et épargné au bon homme une querelle que sa femme n'aurait pas manqué de lui faire. Sion tenait compte des bonnes actions, elles seraient plus fréquentes, n'en doutez pas. C'est ce qu'on fait aussi à la Chine; on les y publie à son de trompe : elles y ont des récompenses assurées. Nous ne savons que punir; nous arrêtons, tant que nous pouvons, les méchants, mais nous ne nous mêlons pas de faire germer les bons; peut-être ne faudrait-il guère de châtiments pour le crime, s'il y avait des prix pour la vertu. On commet le crime par intérêt ; on aimerait autant pratiquer la vertu par le môme motif, et il y aurait de l'honneur et de la sécurité de plus à gagner. Où l'on donne une bourse d'or à l'homme bienfaisant, on n'en doit guère voler.
A LA MÊME