LES DEUX BOHÉMIENNES
Ma mère, jeune fille encore, allaita l'église ou en revenait, sa servante la conduisant par le bras. Deux bohémiennes Taccoslent, lui prennent la main, lui prédisent des enfants, et charmants, comme vous le pensez bien, un jeune mari qui l'aimera à la folie et qui n'aimera qu'elle, comme il arrive toujours, de la fortune (il y avait une certaine ligne qui le disait et ne mentait jamais), une vie longue et heureuse, comme l'indiquait une autre ligne aussi véridique que la première. Ma mère écoutait ces belles choses avec un plaisir infini et les croyait peut-être, lorsque la pjihonisse lui dit : « Mademoiselle, approchez vos yeux : voyez-vous bien ce
petit trait? là, celui qui coupe cet autre? — Je le vois. — Et bien! ce trait annonce... — Quoi? — Que, si vous n'y prenez garde, un jour on vous volera. » Oh! pour celte prédiction, elle fut accomplie. Ma bonne mère, de retour à la maison, trouva qu'on lui avait coupé ses poches. [Salon de 1767.)