DIDEROT ET SEDAINE
Sedaine donne /e Fhilosoplie sans le savoir^, io. m'intéressais plus vivement que lui au succès de la pièce; la jalousie de talents est un vice qui m'est étranger, j'en iii assez d'autres sans celui-là; j'atteste tous mes confrères en littérature, lorsqu'ils ont daigné quelquefois me consuUir sur leurs ouvrages, si je n'ai pas fait tout ce qui dépendait de moi pour répondre dignement à cette marque distinguée de leur estime? Le Philosophe sans le savoir chancelle à la première, à la seconde représentation, et j'en suis bien alllige; à la troisième, il va aux nues et j'en suis transporté de joie. I,e lendemain matin, je me jette dans un fiacre, je cours après Sedaiiie; c'était en hiver, il faisait le froid le plus rigumeux; je vais partout où j'espère le trouver. J'apprends qu'il est au fond du faubourg Saint-Antoine, je m'y fais conduire. Je l'aborde; je jette mes bras autour de son cou; la voix nu- manque etles larmes me coulent le long des joues. Voili l lujrnme sensible et médiocre. Sedaine, immobile et froid, me regarde et me dit : « Ah! Monsieur Diderot, que vous êtes beau! » Voilà l!obgervateur et l'homme de génie.
{Paradoxe sur le comédien.)