‹ Philosophie, beaux arts et belles lettres, correspondance, mélanges. ExtraitsChapitre 143 sur 153 · A PONDICHÉRY LES POÈTES OU SOI-DISANT TELS · texte numérisé non relu

A PONDICHÉRY LES POÈTES OU SOI-DISANT TELS

Un jour, il me vint un jeune poète, comme il m'en vient tous les jours.... Après les compliments ordinaires sur mon esprit, mon génie, mon goût, ma bienfaisance, et autres propos dont je ne crois pas un mot, bien qu'il y ait plus de vingt ans qu'on me les répète, et peut-être de boime foi, le jeune poète tire un papier de sa poche : « Ce sont des vers, me dit-il. — Des vers ! — Oui, monsieur, et sur lesquels j'espère que vous aurez la bonté de me dire votre avis. — Aimez-vous la vérité? — Oui, monsieur; et je vous la demande. — Vous allez la savoir. »

* [Quoi! vous êtes assez bêle pour croire qu'un poète vient chercher la vérité chez vous? — Oui. — El pour la lui dire ? — Assurément. — Sans ménagement? — Sans doute; le ménagement le mieux apprêté ne serait qu'une offense grossière ; tidèlement interprété, il signifierait, « vous êtes un mauvais poète; et comme je ne vous crois pas assez robuste pour entendre la vérité, vous n'êtes encore qu'un plat homme. » — Et la franchise vous a toujours réussi ? — Presque toujours ».]

Je lis les vers de nion jeune poêle, et je lui dis : « Non seulement vos vers sont mauvais, mais il m'est démontré que vous n'en ferez jamais de bons. — Il faudra donc que j'en fasse de mauvais; car je ne saurais m'empêcher d'en faire. — Voilà une terrible malôdiction ! concevez-vous, monsieur, dans quel avilissement vous allez tomber? Ni les dieux, ni les hommes, ni les colonnes, n'ont pardonné la médiocrité aux poètes : c'est Horace qui l'a dit *. — Je le sais. — Êtes- vous riche? — Non. — Êles-vous pauvre? — Très pauvre. — Et vous allez joindre à la pau\relé le ridicule

1. laterruptioDS et questioDS faites par les personnes auxquelles Diderot fait ce' récit.

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