‹ Philosophie, beaux arts et belles lettres, correspondance, mélanges. ExtraitsChapitre 148 sur 153 · DD RIRE · texte numérisé non relu

DD RIRE

Derville. J'avoue que je n'ai jamais trop réfléchi sur le lifO ni sur ses causes. Il y en a tant...

CiNQUARS, souriant, ie m'en doutais bien. Pour moi, je crois bien qu'il n'y en a qu'une.

Dervii.le. Comment, il n'y en a qu'une?

CiNOMARs. C'est toujours l'idée de défaut qui excite en nous le rire ; défaut ou dans les idées, oudans l'expression, ou dans la personne qui agit, ou qui parle, ou qui fait l'objet de l'enfrelien.

Dkrvii.le. Mais il y a des choses plaisantes par elles-mêmes, et qui n'entraînent point l'idée de délaut. Lorsque le Médecin maigri' lui dit qu'il y a « fagots et fagots », je vous défie de n'en point rire, et cependant je n'y trouve point l'idée de défaut.

CiNQMARs. Ne voyez-vous pas que c'est l'importance qu'il met à sfs fagots qui fait rire? mais indépendamment de cela, vous riez de la simplicité de deux paysans qui parlent avec respecta un bûcheron à moitié ivre, qu'ils prennent pour un célèbre médecin. Celui-ci, inquiet de ce qu'ils lui veulent, cache sa peur autant qu'il peut, et croit leur en imposer par son bavardage. C'est le défaut de jugement des uns, et le manque do fcrmelé de l'autre qui vous ont préparé au ridicule de son importance; et le malentendu qui règne entre eux achève de rendre la scène plaisante.

Derville. Mais, si cela est ainsi, tout défaut physique et moral devrait faire rire ?

Cinqmars. Oui, toutes les fois que l'idée de nuisible ne s'y trouve pas jointe; car alors elle arrête le rire de tous ceux qui ont atteint l'âge de raison. Vous n'en verrez point rire à l'aspect d'un homme contrefait... Je gage pourtant qu'un bossu vous fait rire.

Lerville. Ma foi, il y a des moments où je n'en répondrais pas.

Cinqmars. Eh bien, mon ami, il faut n'avoir pour cela aucune idée des inconvénients et des maux attachés à cette disgrâce. Ce ne sera pas celui qui a un bossu dans sa famille qui rira de ceux qu'il rencontre.

Deuvillk. Tenez, Cinqmars, je ne crois pas à l'impression de votre nuisible. Je me rappelle vingt exemples où on lo

réduit à rien. N'avez-vous jamais vu des jouteurs combattre sur la rivière?

Ci.NQMAKs. Pardonnez-moi.

Derville. Eli bien, si après avoir bien combattu, l'un d'eux vient à tomber, les huées, les éclats de rire se (ont de tous côtés; et l'on ne songe plus que le pauvre diable bafoué peu se noyer.

CiNOMARs. Ils savent nager, tout le monde le sait et y compte. Cela est si vrai que vous n'avez qu'à mettre à la place du jouteur une femme, un enfant, et vous verrez tous ceux qui riaient consternés et remplis d'effroi. C'est une vérité constante. L'idée de nuisible arrête le rire. Et voilà pourquoi le conte de vos convulsionnaires n'a excité en moi que de l'horreur, malgré toutesles gentillesses et les bouffonneries dont le chevalier le décorait.

Derville. Vous direz tout ce qu'il vous plaira, j'en ai ri de tout mon cœur; et si le nuisible du conte ne m'a pas frappé, vous ne me persuaderez jamais que je manque pour cela d'humanité.

CiNQMARs. Mon ami, j'en ai eu peur pour vous ; mais je suis rassuré par l'impression que vous a laite votre propre récit. C'est faute de réQexion si le nuisible vous a échappé d'abord, cela est clair.

Derville. Si bien qu'à votre avis, les gens accoutumés à réfléchir doivent moins rire que d'autres.

Cinqmars. N'en doutez pas. Un philosophe, un juge, un magistrat rient rarement.

Derville. Ah ! quant à ces derniers, la dignité de leur état l'exige.

Cinqmars. Oui. Mais un homme très gai ne parvient pas à dompter son caractère par la seule considération que son état l'exige. Il se contraint d'abord par décence, j'en conviens ; mais peu à peu la réflexion opère ce que faisait la bienséance, et l'homme léger et enjoué devient vraiment grave. Son état lui montre sans cesse le spectacle de la misère humaine, et les tourments que les hommes envieux, avares ou méchants font éprouver aux honnêtes gens; il

aperçoit d'un coup d'ceil une foule de conséquences graves dans des choses qui paraissent très indifférentes au commun des hommes. Le philosophe est dans le môme cas.

Dervii.le. Et par la raison contraire, les enfants rient de tout.

CiNQMARS. Gela est vrai.

Deuville. Mais une chute fait rire tout le monde. 11 n'y a pas de cas où le nuisible se présente plus vite ni plus généralement. Vous en concluez donc que tous ceux qui en rient manquent de goût, de justice, ou de bonté ?

CiNQMARS. Non. Car lorsque le nuisible ne l'emporte pas sur le défaut, il fait rire; et c'est le cas d'une chute ordinaire; mais si elle est forte ou dangereuse, elle ne fera rire personne. Si vous prenez un intérêt très vif à la personne tombée; si c'est une femme, si cette femme est grosse, son premier vacillement vous aura fait frissonner; quelque plaisante ou ridicule que soit sa chute, le nuisible sera la seule idée qui vous occupera, et le défaut n'excitera en vous le rire qu'autant que le nuisible sera entièrement effacé. J'étais dernièrement avec des femmes, dans une loge de la salle des comédiens italiens, sur le boulevard. Cette salle a été construite à la hâte, et manque de solidité. Au milieu du spectacle, la loge au dessus de la nôtre craqua à deux fois, d'une telle force qu'elle épouvanta tous ceux des environs que sa chute pouvait mettre en danger. Chacun marqua son effroi d'une manière différente. Une femme de notre loge fit un mouvement comme pour se jeter dans l'orchestre. Il se fft un silence général, mais lorsque tout fut calme, et que l'idée du danger fut totalement détruite, le parterre ne vit plus que la peur outrée de cette femme. 11 fut un quart d'heure à rire, à battre des mains, et à se dédommager ainsi du trouble qu'elle lui avait causé. {Cinqmars et Derville.)

SOCIÉTÉ [le jeu en].

Il y a plusieurs petites observations, que j'ai presque toujours faites : c'est que les spectateurs au jeu ne manquent

guère de prendre parti pour In plus fort, de se liguer avec la fortune, et de quitter des joweurs excellents qui n'intéressaient pas leur jeu, pour s'attrouper autour de pitoy;il)les joueurs qui risquaient des masses d'or. Je ne néglige point ces petits phénomènes lorsqu'ils sont constants, parce qu'alors ils éclairent sur la nature humaine, que le môme ressort meut dans les grandes occasions et dans les frivoles. Rien ne ressemble tant à un homme qu'un enfant. Combien le silence est nécessaire, et combien il est rarement gardé autour d'une table de jeu! Combien la plaisanterie qui trouble et centriste le perdant y est déplacée, et combien je ne sais quelle sorte de plate commisération est plus insupportable encore! S'il est rare de trouver un homme qui sache perdre, coml)ien il est plus rare d'en trouver un qui sache gagner! Pour des femmes, il n'y en a point. Je n'en ai jamais vu une qui contint ni sa bonne humeur dans la prospérité, ni sa mauvaise humeur dans l'adversité. La bizarrerie de certains hommes sérieusement irrités de la prédilection aveugle du sort, joueurs infidèles ou fâcheux par cette unique raison! Un certain abbé de Maginville, qui dépensait fort bien vingt louis à nous donner un excellent dîner, nous volait au jeu un petit écu, qu'il abandonnait le soir à ses gens! L'homme ambitionne la supériorité, même dans les plus petites choses. Jean-Jacques Rousseau, qui me gagnait toujours aux échecs, me refusait un avantage qui rendît la partie plus égale. « Souffrez-vous à perdre? me disait-il. — Non, lui répondais-je; mais je me défendrais mieuN, et vous en auriez plus de plaisir. — Cela se peut, répliquait-il; laissons pourtant les choses comme elles sont. » Je ne doute point que le premier président ne voulflt savoir tenir un fleuret et tirer des armes mieux que iViotet; etl'abbesse de Chelles, mieux danser que la Guimard. On sauve sa médiocrité ou son ignorance par du mépris.

{Salon de 1767.)

TKMI'LIC A LA NATURE [PROJET d'dn].

Me sera-t-il permis de finir cet article par l'exposition d'un

projet qui ne serait guère moins avantageux qu'honorable à la nation? Ce serait d'élever à la Nature un teniple qui fût digne d'elle. Je l'imngine composé de plusieurs corps de bâtiments proportionnés à la grandeur des êtres qu'ils devraient renfermer ; celui du milieu serait spacieux, immense, et destiné pour les monstres de la terre et de la mer ; de quel étonnement ne serait-on pas frappé à l'entrée de ce lieu habité par les crocodiles, les éléphants et les baleines? On passerait de là dans d'autres salles conliguës les unes aux autres, où l'on verrait la Nature dans toutes ses dégradations. On entreprend tous les jours des voyages dans les différents pays pour en admirer les raretés; croit-on qu'un pareil édifice n'attirerait pas les hommes curieux de toutes les parties du monde, et qu'un étranger un peu lettré pût se résoudre à mourir sans avoir vu une fois la Nature dans son palais? Quel spectacle que celui de tout ce que la main du Tout- Puissant a répandu sur la surface de la terre exposé dans un seul endroit! Si je pouvais juger du goût des autres hommes parle mien, il me semble que pour jouir de ce spectacle personne ne regretterait un voyage de cinq ou six cents lieues; et tous les Jours ne fait-on pas la moitié de ce chemin pour voir des morceaux de Raphaël et de Michel-Ange? Les millions qu'il en coûterait à l'État pour un pareil établissement seraient payés plus d'une fois par la multitude des étrangers qu'il attirerait en tout temps. Si j'en crois l'histoire, le grand Colbert leur fît autrefois acquitter la magnificence d'une fête pompeuse, mais passagère. Quelle comparaison entre un carrousel et le projet dont il s'agit ? Et quel tribut ne pourrionsnous pas en espérer de la curiosité de toutes les nations? {Encyclopédie, Cabinet d'hist. naturelle.)

THÉÂTRE [le JEU ÂU].

Celui qui se promène dans une galerie de peinture

fait, sans y penser, le rôle d'un sourd qui s'amuserait à exa-

miner des muets qui s'entretiennent sur des sujets qui lui sont connus. Ce point de vue est un de ceux sous lesquels j'ai trouv(^ que c'était un moyen sûr d'en connaître les actions amphibologiques et les mouvements équivoques; d'ôtre promptement affecté de la froideur ou du tumulte d'un fait mal ordonné, ou d'une conversation mal instituée, et de saisir, dans une scène mise en couleurs, tous les vices d'un jeu languissant ou forcé.

Le terme de jeu, qui est propre au théâtre et que je viens d'employer ici, parce qu'il rend bien mon idée, me rappelle une expérience que j'ai faite quelquefois, et dont j'ai tiré plus de lumières sur les mouvements et les gestes que de toutes les lectures du monde. Je fréquentais les spectacles, et je savais par cœur la plupart de nos bonnes pièces. Les jours que je me proposais un examen des mouvements et du geste, j'allais aux troisièmes loges; car plus j'étais éloigné des acteurs, mieux j'étais placé. Aussitôt que la toile était levée, et le moment venu où tous les autres spectateurs se disposaient à écouter, moi, je mettais mes doigts dans mes oreilles, non sans quelque étonnement de la part de ceux qui m'environnaient, el qui, ne me comprenant pas, me regardaient presque comme un insensé, qui ne venait à la comédie que pour ne la pas entendre. Je m'embarrassais fort peu des jugements, et je me tenais opiniâtrement les oreilles bouchées, tant que l'action et le jeu de l'acteur me paraissaient d'accord avec le discours que je me rappelais. Je n'écoutais que que quand j'étais dérouté par les gestes, ou que je croyais l'être. Ah! qu'il y a peu de comédiens en état de soutenir une pareille épreuve; et que les détails dans lesquels je pourrai? entrer seraient humiliants pour la plupart d'entre euxl Mais j'aime mieux parler de la nouvelles surprime où l'on ne manquait pas de tomber autour de moi, lorsqu'on me voyait répandre des larmes dans les endroits pathétiques, et toujours les oreilles bouchées. Alors on n'y tenait plus ; et les moins curieux hasardaient des questions auxquelles je répondais froidement « que chacun avait sa façon d'écouter, et que la mienne était de me boucher les oreilles pour mieux

entendre; )i riant en moi-môme des propos que ma bizarrerie, apparente ou réelle, occasionnait, et bien plus encore de la simplicité de quelques jeunes gens qui se mettaient aussi les doigts dans les oreilles pour entendre à ma façon, et qui étaient tout étonnés que cela ne leur réussit pas.

Quoi que vous pensiez de mon expédient, je vous prie de considérer que si, pour juger sainement de l'intonation, il faut écouter le discours sans voir l'acteur, il est tout naturei de croire que pour juger sainement du geste et des mouvements, il faut considérer l'acleur sans entendre le discours. {Lettre sur les sourds et muets.)

VOYAGES [efficacité DES EAUX ET DES].

Je n'ai garde de disputer l'efficacité constatée des eaux de Bourbonne; mais, en général, les eaux sont le dernier conseil de la médecine, poussée à bout. On compte plus sur le voyage que sur le remède. A celte occasion, je vous dirai qu'un Anglais hypocondriaque s'adressa au docteur Mead, homme d'esprit et célèbre médecin de son pays. Le docteur lui dit : « Je ne puis rien pour vous, et le seul homme capable de vous soulager est bien loin . — Oîi est-il? — A Moscou. >) Le malade pari pour Moscou ; mais il était précédé d'une lettre du docteur Mead. Arrivé à Moscou, on lui apprend que l'homme qu'il cherchait s'en était allé à Rome. Le malade part pour Rome, d'où ou l'envoie à Paris, d'où on l'envoie à Vienne, d'où on l'envoie je ne sais où, d où on l'envoie à Londres, où il arrive guéri. Les eaux les plus éloignées sont les plus salutaires, et le meilleur des médecins est celui après lequel on court et qu'on ne trouve point.

{Voyage à Bourbonne.)

DES VOYAGES [sUR LA PASSIOn].

C'est une belle chose que les voyages ; mais il faut avoir perdu son père, sa mère, ses enfants, ses amis, ou n'en avoir jamais eu, pour errer, par élat, sur la surface du globe. Que diriez-vous du propriétaire d'un palais immense, qui emploierait toute sa vie à monter et à descendre des caves aux greniers, des greniers aux caves, au lieu de s'asseoir tranquillement au centre de sa famille? C'est l'image du voyageur. Cet homme est sans morale, ou il est tourmenté par une espèce d'inquiétude naturelle qui le promène malgré lui. Avec un fond d'inertie plus ou moins considérable, Nature, qui veille à notre conservation, nous a donné une portion d'énergie qui nous sollicite sans cesse au mouvement et à l'action. Il est rare que ces deux forces se tempèrent si également, qu'on ne prenne pas trop de repos et qu'on ne se donne pas trop de fatigue. L'homme périt engourdi de mollesse ou exténué de lassitude. Au milieu des forêts l'animal s'éveille, poursuit sa proie, l'atteint, la dévore, et s'endort. Dans les villes, où une partie des hommes sont sacrifiés à pourvoir aux besoins des autres, l'énergie qui reste à ceuxci se jette sur différents objets. Je cours après une idée, parce qu'un misérable court après un lièvre pour moi. Si dans un individu il y a disette d'inertie et surabondance d'énergie, l'être est saisi de violence comme par le milieu du corps, et jeté par une force innée sous la ligne ou sous l'un des pôles; c'est Anquetil, qui s'en va jusqu'au fond de l'Hindoustan étudier la langue sacrée du brame. Voilà le cerf qu'il eût poursuivi jusqu'à extinction de chaleur, s'il fût resté dans l'état de Nature. Nous ignorons la cause secrète de nos efforts les plus héroïques. Celui-ci vous dira qu'il est consumé du désir de connaître ; qu'il s'éloigne de sa patrie par zèle pour elle; et que, s'il s'est arraché des bras d'un père et d'une mère, et s'en va parcourir, à travers mille périls, des contrées loin-

tailles, c'est pour en revenir chargé de leurs utiles dépouilles. N'en croyez rien. Surabondance d'énergie qui le tourmente. Le sauvage Moncacht-Apé répondra au chef d'une nation étrangère qui lui demande : « Qui es-tu? d'où viens-tu? que olierches-lu avec tes cheveux courts? — Je viens de, la nation des Loutres. Je cherche de la raison ; et je te visite afin que tu m'en donnes. Mes cheveux sont courts, pour n'en être pas embarrassé; mais mon cœur est bon. Je ne te demande pas des vivres, j'en ai pour aller plus loin; et quand j'en manquerais, mon arc et mes flèches m'en fourniraient plus qu'il ne m'en faut. Pendant le froid, je fais comme l'ours qui se met à couvert; et, l'été, j'imite l'aigle qui se promène pour satisfaire sa curiosité. Est-ce qu'un homme qui est seul, et qui marche le jour doit te faire peur? » Mon cher Apé, tout ce que tu dis là est fort beau ; mais crois que tu vas, parce que tu ne peux pas rester. Tu surabondes en énergie ; et tu décores celte force secrète qui te meut, tandis que tes camarades dorment étendus sur la terre, du nom le plus noble que tu peux imaginer.

Eh ! oui, grand Choiseul, vous veillez pour le bonheur de la patrie l Bercez -vous bien de celte idée-là. Vous veillez, parce que vous ne sauriez dormir.

Quelquefois celle cruelle énergie bout au fond du cœur de l'homme, et l'homme s'ennuie jusqu'à ce qu'il ait aperçu l'objet de sa passion ou de son goût. Quelquefois il erre soucieux, inquiet, promenant ses regards autour de lui, saisissant tout, renonçant à tout, prenant, quittant toutes sortes d'instruments et de vêtements, jusqu'à ce qu'il ait rencontré celui qu'il cherche, et que l'énergie naturelle et secrète ne lui désigne pas, car elle est aveugle. Il y en a, et malheureusement c'est le grand nombre, qu'elle élance sur tout, et qui n'ont d'ailleurs aucune aptitude à rien. Ces derniers sont condamnés à se mouvoir sans cesse, sans avancer d'un pas. Il arrive aussiqu'un malheur, la perte d'un ami,la mort d'une maîtresse, coupe le fil qui tenait le ressort tendu. Alors l'être part, et va tant que ses pieds peuvent le porter. Tout coin de la terre lui est égal. S'il reste, il périt à la place. Quand l'énergie de Nature

se roplie sur elle-même, l'ôtre malheureux, mélancolique, pleure, gémit, sanglote, pousse des cris par intervalles, se dévore et se consume. Si, distraite par des motifs également puissants, elle tire l'homme en sens contraire, l'homme suit une ligne moyenne, sur hiquelle il s'arme d'un pistolet ou d'un poi^cnard; une direction intermédiaire qui le conduit, latôte la première, au fond d'une rivière ou d'un précipice. Ainsi finit la lutte d'un ( œur indomptable et d'un esprit in- Qexible. 0 bienheureux mortels, inertes, imbéciles, engourdis ! vous buvez, vous mangez, vous dormez, vous vieillissez, et vous mourez sans avoir joui, sans avoir soullert, sans qu'aucune secousse ait fait osciller le poids qui vous pressait sur le sol où vous êtes nés. On ne sait où est la sépulture de l'ôtre énergique: la vôtre est toujours sous vos pieds.

{Salon de llQl, Robert.)

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