‹ Philosophie, beaux arts et belles lettres, correspondance, mélanges. ExtraitsChapitre 147 sur 153 · DEVOIR DD RICHE · texte numérisé non relu

DEVOIR DD RICHE

Mon père. Il faut secourir le pauvre. J'appelle ainsi celui

qui, par quelque cause insurmontable, n'a pas de quoi satisfaire ses besoins absolus; car je ne veux pas pas qu'on encourage la débauche et la fainéantise. Quant à votre question, n'est-il pas vrai que si toute la somme de la misère publique était connue, ce serait exactement la dette de toute la richesse nationale?

Moi. J'entends.

Mon père. Si la somme de toute la richesse nationale était connue, chaque particulier saurait quelle portion de cette dette il aurait à acquitter. Il dirait: « Toute la richesse nationale que je possède doit tant k la misère publique que j'ai à soulaj^er. >i Me suivez-vous ?

Moi. Oui, mon père, à merveille.

Mon père. Vous convenez donc bien que ce qu'il donnerait de moins serait un vol fait aux pauvres ? Il ne commencerait à être humain, généreux, bienfaisant qu'en donnant au delà.

Moi. Eh bien ! oui, mon père ; mais la somme de la misère publique n'est pas connue.

Mon père. Ajoutez que chacun ignorant sa dette, on ne s'acquittepoint, ou l'on s'acquitte mal. Quand on a jeté un liard dans le chapeau d'un pauvre, on se tient quitte. Voil^ pourquoi, mon enlant, il vaut mieux faire trop que trop peu.

Moi. Mais ne doit-on pas plus à ses héritiers qu'à des inconnus?

Mon père. Sans doute ; mais les bornes de ce qu'on leur doit sont aisées à prescrire. Le nécessaire de leur état : voilà tout, et ils ne sont point en droit de se plaindre.

Moi. Vos principes me paraissent bien sévères. Combien vous condamnez de riches I

{Mon père et moi.)

Page 1