DE LA MÉTHODE
J'exige seulement de la méthode quelle qu'elle soit. Je ne voudrais pas qu'il y eût un seul article capital sans divi-
sion et sans sous-division ; c'est l'ordre qui soulage la mémoire. Mais il est difficile que l'auteur prenne cette attention pour le lecteur, qu'elle ne tourne à son propre avantage. Ce n'est qu'en méditant profondément sa matière qu'on trouve une distribution générale. C'est presque toujours la dernière idée importante qu'on rencontre; c'est une pensée unique qui se développe, qui s'étend et qui se ramifie, en se nourrissant de toutes les autres qui s'en rapprochent comme d'elles-mêmes. Celles qui se refusent à cette espèce d'attraction, ou sont trop éloignées de sa sphère, ou elles ont quelque autre défaut plus considéraljle; el dans l'un et l'autre cas, il est à propos de les rejeter. D'ailleurs, un dictionnaire est fait pour être consulté; et le point essentiel, c'est que le lecteur remporte nettement dans sa mémoire le résultat de sa lecture. Une marche à laquelle il faudrait s'assujettir quelquefois, parce qu'elle représente assez bien la méthode d'invention, c'est de partir des phénomènes individuels et particuliers, pour s'élever à des connaissances plus étendues et moins spécifiques; de celles-ci à de plus générales encore, jusqu'à ce qu'on arrivât à la science des axiomes, ou de ces propositions que leur simplicité, leur universalité, leur évidence, rendent indémontrables. Car, en quelque matière que ce soit, on n'a parcouru tout l'espace qu'on avait à parcourir que quand on est arrivé à un principe qu'on ne peut ni prouver, ni définir, ni éclaircir, ni obscurcir, ni nier, sans perdre une partie du jour dont on était éclairé, et faire un pas vers des ténèbres qui finiraient par devenir très profondes, si on ne mettait aucune borne à l'argumentation. {Encyclopédie.)