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PASSIONS

Les passions ont toutes, sans en excepter celles qui nous inquiètent et nous tourmentent le plus, une sorte de douceur qui les justifie à elles-mêmes. L'expérience et le sentiment intérieur nous le disent sans cesse. Si l'on peut trouver douces la tristesse, la haine, la vengeance, quelle pasHon sera exempte de douceur? D'ailleurs, chacune emprunte pour se fortifier le secours de toutes les autres ; et cette ligue est réglée de la manière la plus propre à affermir leur empire. Le

simple désir d'un objet ne nous entraînerait pas avec tant de force dans tant de faux jugements ; il se dissiperait môme bientôt aux premièies lueurs de bon sens; mais quand ce désir est animé par l'amour, augmenté par l'espérance, renouvelé par la joie, fortifié par la crainte, excité par le courage, l'émulation, la colère, et par mille passions qui attaquent tour à tour et de tous côtés la raison, alors il la dompte, il la subjugue, il la rend esclave.

Disons encore que les passions excitent dans le corps, et surtout dans le cerveau, tous les mouvements utiles à leur conservation. Par là elles mettent les sens et l'imagination de leur parti; et cette dernière faculté corrompue fait des efforts continuels contre la raison en lui représentant les choses, non comme elles sont en elles-mêmes, afin que l'esprit porte un jugement vrai, mais selon ce qu'elles sont par rapport à la passion présente, afin qu'il juge en sa faveur.

En un mot, la passion nous fait abuser de tout. Les idées les plus disliiictes deviennent confuses, obscures; elles s'évanouissent entièreiiient pour faire place à d'autres purement accessoires, ou qui n'ont aucun rapport à l'objet que nous avons en vue ; elle nous fait réunir les idées les plus opposées, séparer celles qui sont le mieux liées entre elles, faire des comparaisons de sujets qui n'ont aucune affinité ; elle se joue de notre imagination, qui forme ainsi des chimères, des représentations d'êirts qui n'ont jamais existé, et auxquels elle donne des noms agréables ou odieux, comme il lui convient. Elle ose ensuite s'appuyer de principes aussi faux, les confirmer par des exemples qui n'ont aucun rapport, ou par les raisunnemeiits les moins justes; ou, si ces principes sont vrais, elle sait en tirer les conséquences les plus fausses, mais les plus favorables à notre sentiment, à notre goût, à ellemême. Ainsi elle tourne à son avantage jusqu'aux rèt;les de raisonnement les mieux établies, jusqu'aux maximes les mieux londées, jusqu'aux preuves les mieux constatées, jusqu'à l'examen le plus sévère. Et une fois induits en erreur, il n'y a rien que la passion ne fasse pour nous entretenir dans cet état fâcheux, et nous éloigner toujours plus de la vérité.

Les exemples pourraient se présenter ici en foule; le cours de notre vie en est une preuve continuelle. Triste tableau de l'état où l'homme est réduit par ses passions! Environné d'écneils, poussé par mille vents contraires, pourrait-il arriver au port? Oui, il le peut; il est pour lui une raison qui modère les passions, une lumière qui l'éclairé, des règles qui le conduisent, une vigilance qui le soutient, des efforts, une prudence dont il est capable...

« Est enim qiieedam medicina certe : nec tam fuit hominum generi infensa atque ininiica natura, ut corporibus tôt res saintares, animis nullam, iiivenerit. De quibus hoc etiam est mérita melius, quod corporum adjumenta adhibentur extrinsecus, animorum salus inclusa in his ipsis est ', »

{Encyclopédie.)

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