SOLIDITÉ DES PREUVES DE LA RELIGION CHRÉTIENNE
Je ne connais rien de si indécent et de si injurieux à la religion, que ces déclamations vagues de quelques théologiens
contre la raison. On dirait, à les entendre, que les hommes ne puissent entrer dans le sein du christianisme que comme un troupeau de botes dans une élable, et qu'il faille renoncer au sens commun, soit pour embrasser noire religion, soitpoui y persister. Établir de pareils principes, je le répète, c'est rabaisser l'homme au niveau de la brute, et placer le mensonge et la vérité sur une môme ligne. La religion chrétienne est fondée sur un si grand nombre de preuves, et ces preuves sont si solides, que s'il y a quelque chose à redouter pour elles, ce n'est pas qu'elles soient discutées, c'est qu'on les ignore. Il me semble donc que quelqu'un qui se proposerait une instruction solide sur cette matière, distinguerait bien les vérités qui forment l'objet de notre foi, des démonstrations qui servent de base à notre culte. Les démonstrations évangéliques ne peuvent être examinées avec trop de rigueur; et ce serait un blasphème que de les supposer incapables de soutenir la critique des hommes. Mais cet examen et cette critique appartiennent également au théologien et au philosophe. Ce n'est, à parler exactement, qu'une application de la dialectique aux preuves de la religion, des règles d'Aristote à la divinité de Jésus-Christ; et cette application ne peut être trop sévère, l'objet en est trop important. C'est être chrétien comme on eût été musulman, que de ne pas consacrer à cette étude une partie considérable de sa vie.
{Apologie de l'abbé de Prades.)