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CONNAISSANCES ESSENTIELLES ET CONNAISSANCES DE CONVENANCI

11 y a deux sortes de connaissances : les unes que j'appellerai essentielles et primitives, les autres que j'appellerai secondaires ou de convenance. Les primitives sont de tous les états; si on ne les acquiert pas dans la jeunesse, il faudra les acquérir dans un âge plus avancé, sous peine de se tromper ou d'appeler à tout moment un secours étranger.

Les secondaires ne sont propres qu'à l'état qu'on a choisi.

Il y a cela d'avantageux que les connaissances primitives ne doivent être qu'élémentaires, et que les connaissances secondaires veulent être approfondies.

Les connaissances primitives approfondies donnent des connaissances d'état.

Tous les états n'exigent pas la même portion des connaissances primitives ou élémentaires qui forment la longue chaîne du cours complet des études d'une université. Il en faut moins à l'homme de peine ou journalier qu'au manufacturier, moins au manufacturier qu'au commerçant, moins au commerçant qu'au militaire, moins au militaire qu'au magistrat ou à l'ecclésiastique, moins à ceux-ci qu'à l'homme public.

11 importe donc qu'un élève ait plus ou moins suivi ce cours d'études, selon la profession à laquelle il se destinera. Par exemple, si un magistrat avait acquis toutes les connaissances primitives ou accessoires à son état, en suivant le cours de l'éducation publique jusqu'à sa fin, il renverrait moins fréquemment les aflaires par devant des experts et jugerait plus sainement de la bonne ou mauvaise foi de ceux-ci.

Prenons un autre exemple moins important : le poète. Quel est l'objet dans l'art ou dans la nature qui ne soit pas de son ressort ? Peut-on être un grand poète et ignorer les langues

anciennes et quelques-unes des langues modernes? Peul-on être un grand poète sans une forle teinture d'histoire, de physique et de géographie? Peut-on être un grand poète sans la connaissance des devoirs de l'homme et du citoyen, de tout ce qui tient aux lois des sociétés entre elles, aux religions, aux différents gouvernements, aux mœurs, aux usages des nations, à la société dont on est membre, aux passions, aux vices, aux vertus, aux caractères et à toute la morale? Quelle érudition ne remarque-t-on pas dans Homère et Virgile? que n'avaient-ils pas étudié avant d'écrire? Nos poètes Corneille et Racine, moins instruits, n'auraient pas été ce qu'ils furent. Qu'est-ce qui distingue particulièrement Voltaire de nos jeunes littérateurs? l'instruction. Voltaire sait beaucoup, et nos jeunes poètes sont ignorants. L'ouvrage de/' Voltaire est plein de choses ; leurs ouvrages sont vides. Il»/ veulent clianter, ils ont du gosier ; mais faute de connai»/ sauces, ils ne chantent que des fadaises mélodieuses. \

La profession de poète exige donc de longues études. La variété des connaissances primitives qui lui sont nécessaires suppose donc qu'il s'est avancé fort loin dans la carrière des écoles publiques. Le nombre des élèves s'éclaircissantà mesure que celte carrière se prolonge, il se trouve donc dans la classe la plus voisine de la fin et la plus diminuée, et tant mieux. J'en dis autant des orateurs, des érudits et des autres professions qui ne soufTrent pas de médiocrité, et à qui l'instruction ne sert de rien sans le génie ; d'ailleurs peu nécessaires dans une société, môme quand on y excelle.

Lorsqu'on place à la tôte d'un cours d'études publiques la connaissance des langues anciennes, on annonce précisément le projet de peupler une nation de rhéteurs, de prêtres, de moines, de philosophes, de jurisconsultes et de médecins....

Plus de philosophes que de médecins, plus de médecins que d'hommes de loi, plus d'hommes de loi que d'orateurs, presque point de poètes.

{Plan d'une université.)

eO DIDEROT.

OBJET d'une KCOLE PUBLIQUE,

L'objet d'une école publique n'est point de faire un homme profond en quelque genre que ce soit, mais de l'initier à un grand nombre de connaissances dont l'ignorance lui serait nuisible dans tous les états de la vie, et plus ou moins honteuse dans quelques-uns. L'ignorance des lois serait pernicieuse dans un magistrat. Il serait honteux qu'il se connût mal en véritable éloquence.

On entre ignorant à l'école, on en sort écolier; on se fait maître soi-même en portant toute sa capacité naturelle et toute son application sur un objet particulier.

Que doit-on remporter d'une école publique? De bons éléments.

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