GENRE COMIQUE ET GENRE TRAGIQUE
Le genre comique et le genre tragique sont les bornes réelles de la composition dramatique. Mais, s'il est impossible au genre comique d'appeler à son aide le burlesque, sans se dégrader ; au genre tragique d'empiéter sur le genre merveilleux, sans perdre de sa vérité, il s'ensuit que, placés dans les extrémités, ces genres sont les plus frappants et les plus difficiles.
C'est dans le genre sérieux que doit s'exercer d'abord tout homme de lettres qui se sent du talent pour la scène. On apprend à un jeune élève qu'on destine à la peinture, à dessiner le nu. Quand celte partie fondamentale de l'art lui est familière, il peut choisir un sujet. Qu'il le prenne ou dans le> conditions communes, ou dans un rang élevé, qu'il drape ses figures à son gré, mais qu'on ressente toujours le nu sous la draperie : que celui qui aura fait une longue étude de l'homme dans l'exercice du genre sérieux, chausse, selon son génie, le cothurne ou le socque; qu'il jette sur les épaules de son personnage un manteau royal ou une robe de palais, mais que l'homme ne disparaisse jamais sous le vêtement.
Si le genre sérieux est le plus facile de tous, c'est eu
revanche le moins sujet aux vicissitudes des temps et des lieux. Portez le nu en quelque lieu de la terre qu'il vous plaira; il fixera l'atlention, s'il est bien dessiné. Si vous excellez dans le genre sérieux, vous plairez dans tous les temps et chez tous les peuples. Les petites nuances qu'il empruntera d'un genre collatéral seront trop faibles pour le déguiser; ce sont des bouts de draperies qui ne couvrent que quelques endroits, et qui laissent les grandes parties nues.
Vous voyez que la tragi-comédie ne peut être qu'un mauvais genre, parce qu'on y confond deux genres éloignés et séparés par une barrière naturelle. On n'y passe point par des nuances imperceptibles; on tombe à chaque pas dans les contrastes, et l'unité disparaît.
Vous voyez que celte espèce de drame, où les traits les plus plaisants du genre comique sont placés à côté des traits les plus touchants du genre sérieux, et où l'on saute alternativement d'un genre à un autre, ne sera pas sant défaut aux yeux d'une critique sévère.
Mais voulez-vous être convaincu du danger qu'il y a à franchir la barrière que la Nature a mise entre les genres? portez les choses à l'excès; rapprochez deux genres fort éloignés, tels que la tragédie et le burlesque; et vous verrez alternativement un grave sénateur jouer aux pieds d'une courtisane le rôle du débauché le plus vil, et des factieux méditer la ruine d'une république *.
La farce, la parade et la parodie ne sont pas des genres, mais des espèces de comique ou de burlesque, qui ont un objet particulier.
On a donné cent fois la poétique du genre comique et du genre tragique. Le genre sérieux a la sienne; (t cette poétique serait aussi fort étendue; mais je ne vous en dirai que ce qui s'est offert à mon esprit, tandis que je travaillais à ma pièce.
Puisque ce genre est privé de la vigueur de coloris des